• En attendant Bojangles  de Olivier Bourdeaut  (Éditions Finitude) ; 160 pages

    magnifique roman d'amour et de folie

    C’est avec un mélange de curiosité et de recul que j’ai emprunté et débuté la lecture de ce petit roman dont tout le monde parle depuis sa sortie. Curiosité car la plupart des avis de lecteurs et critiques professionnelles sont excellents, recul car je me méfie toujours de cet emballement, n’ayant pas forcément les mêmes gouts que la majorité.

    Là j’ai très vite été embarquée dans cette histoire complètement folle d’amour complètement fou, vécue et racontée par un enfant. Une histoire faite de fêtes, de danses, d’alcool, de recherche d’absolue liberté, y compris celle de choisir son prénom et d’en changer aussi souvent (voire plus !) que de chemise…Une histoire qui tourne parfois à l’orage aussi avec des démons qui se réveillent et transforment une mère d’habitude lumineuse, la malmènent, l’enferment -au propre comme au figuré- dans une chambre ou une camisole chimique.

    Surtout j’ai été totalement emballée par le style et la plume de l’auteur, qui manie les mots, les phrases, les tournures comme je l’ai rarement vu. Le vocabulaire et les expressions sont à la fois enfantines et terriblement adultes, poétiques et recherchées, innovantes et désuètes, drôles et profondément tristes. On sait et on sent bien que c’est un enfant qui s’exprime, avec ce mélange si particulier de naïveté et de sérieux que seul un enfant possède. Un vrai tour de force donc que cette écriture d’adulte qui se met au service de son personnage principal si peu adulte encore, même s’il parait parfois bien plus mature que ses parents.

    Vous l’avez compris je suis littéralement tombée sous le charme, non pas tant de l’histoire que nous a proposé Olivier Bourdeaut, somme toute assez basique, mais de sa maitrise incroyable des mots et de la langue français. Sous le charme aussi du parti pris de la raconter telle que vécue par ce 3eme personnage, cet enfant qui semble parfois bien solitaire, bien perdu, comme un élément en trop pour ce couple fusionnel et centré uniquement sur elle, si solaire, si présente, si envahissante parfois. Un enfant qui un jour aussi,  va découvrir les cahiers laissés par son père et qui comprendra un peu mieux ce que celui-ci a fait pour préserver le bonheur de celle qu’il aimait par-dessus tout et par-dessus tout le monde.

     Je vous recommande donc vivement ce Bojangles tourbillonnant, romantique et réellement magique.

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  • Voici venir les rêveurs de Imbolo Mbue (Éditions Belfond) ; 300 pages

    Voici venir un très beau roman !

    Lecture numérique !

    Merci à Netgalley et aux éditions Belfond de m’avoir offert l’opportunité de découvrir ce magnifique roman.

    Ici il est question de Jende et de Neni, 2 Camerounais venus à New York, portés par leur rêve d’Amérique. Jende est arrivé le premier, et après 3 années passées à économiser , il est enfin rejoint par sa femme et leur fils. Il tient par-dessus tout à sortir celui-ci d’un Cameroun qu’il estime sans avenir, pour lui offrir une nouvelle vie dans le pays où tout serait possible. Tous deux vont nous faire vivre leur tentative d’adaptation à une culture et un mode de vie qui leur est totalement étranger.

    Leur cheminement va notamment se nourrir de leurs rencontres, et surtout celle de la famille Edwards,   dont le père Clark est l’un des riches cadres dirigeants de Lehman Brothers. En les côtoyant,  Jende et Neni vont être amenés à découvrir peu à peu certaines des   lézardes et des fêlures de « l’american way of life » : Clarke est rongé par les doutes, Cindy sa femme (l’archétype de la « desperate housewife «) par l’ennui, Mighty leur fils cadet par le manque d’affection, le fils ainé par l’envie de fuir.  

    Tellement de thèmes se croisent et s’entrechoquent dans ce roman qu’il est impossible de parler de tous sans y passer des heures ni dévoiler certains aspects de l’histoire : choc de cultures, émancipation des femmes, éducation des enfants, business de  l’immigration et de la green card, …

    Tous ces sujets sont traités avec beaucoup d’intelligence, sans jamais apporter de réponse ni de solution toute faite, mais en cachant leur complexité derrière un récit maitrisé de bout en bout  et dans lequel ils s’intègrent parfaitement. Un récit  qui nous permet de suivre avec  énormément de plaisir le cheminement des 2 personnages centraux, leurs questionnements, leurs surprises, leurs incompréhensions, leur transformation aussi. Leurs relations de couple par exemple vont être fortement impactées, Jende et Neni n’évoluant pas de façon synchrone sur les mêmes sujets (la place et le rôle de la femme au sein de la famille et de la société par exemple).

    Les portraits brossés (des personnages, de l’Amérique, du Cameroun) le sont systématiquement en demi teinte, jamais manichéens.  Jamais l’auteure ne dit qui a raison et qui a tort dans les choix que chacun sera amené à faire. Elle nous apporte simplement sa vision de 2 mondes qui se percutent, de rêves et d’illusions qui affrontent une réalité moins belle que prévue mais peut-être aussi plus riche.

    L’écriture  est particulièrement agréable, les mots ciselés et précis pour mieux nous faire partager des moments difficiles, d’autres drôles,  mais toujours avec beaucoup de pudeur et de sensibilité.  J’ai particulièrement apprécié à la fois la richesse et la fluidité du style de Imbloo Mbue, dont c’est le premier livre.

    Ce roman,  qui la base ne rentre pas forcément dans ce que j’ai l’habitude de lire régulièrement,  m’a embarquée de la première à la dernière ligne, il m’a faite sourire, rire, imaginer (la cuisine camerounaise notamment !) , réfléchir, et je vous le recommande vivement ! Un vrai coup de cœur !

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  • Ahlam  de Marc Trevidic (Éditions JC Lattès) ; 324 pages

    Monstrueux et Magnifique ….

    En nous contant l’histoire de Paul, de Farhat, d’Ahlam et d’Issam, Marc Trevidic nous plonge dans un sujet que l’ancien juge anti terroriste connait très bien : comment une personne peut en arriver à se transformer en un assassin froid et détaché au nom d’une religion qu’elle maitrise à peine. Mais il nous parle aussi d’art, d’amour, et d’amitié profonde, ce qui fait de son roman à la fois une source d’ombre et de lumière, de peur absolue et de grand espoir.

    L’histoire est belle, riche, puissante, et on sent parfaitement la maitrise du sujet de fond, cette glissade lente, progressive mais inéluctable d’Issam vers la noirceur et le pire. On le voit petit à petit s’enfoncer, se perdre, sans que personne ne puisse y faire quoi que ce soit. On comprend mieux qu’avec un reportage comment quelqu’un de plutôt intelligent, élevé dans une famille aimante et douce, peut malgré tout finir enrôlé dans un groupe qui prêche la violence et le fanatisme : les recruteurs salafistes savent parfaitement détecter les failles (même minimes) et besoins de chacun, et appuyer dessus, en apportant des solutions qui semblent simples et cohérentes. Le phénomène de motivation de groupe est bien présent aussi, utilisé par touche ou comme un argument fort (pour ceux qui se sentent isolés).

    Marc Trevidic laisse en même temps   la place à l’espoir, avec le personnage d’Ahlam, lumineuse, énergique,  moderne, qui croit en un futur pour son pays et pour les femmes. Farhat aussi représente une forme d’optimisme : à la fois respectueux de certaines traditions et curieux de nouveautés et d’ouverture, il est quelque part le personnage fort et le plus attachant du livre. Il va offrir son amitié et son soutien à Paul, essayer de comprendre leurs différences, les accepter,  sans jamais juger, sans presque jamais critiquer.

    L’écriture elle, est très plaisante, riche, le vocabulaire pédagogique et relevé sans être pédant. Le style est fluide et vraiment très agréable.

    Vous l’avez compris, ce livre m’a plu, énormément. Le seul petit bémol que j’apporterai  concerne l’histoire d’amour, trop attendue, qui peut par moment venir gâcher le récit. Mais malgré cela, je vous conseiller vivement sa lecture, pour comprendre, pour réfléchir, et pour voyager aussi, dans cette Tunisie tellement fragile et courageuse

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  • Où la lumière s’effondre  de Guillame Sire  (Éditions Plon) ; 240 pages

    Comme un manque …

    Lecture numérique !

    Merci aux éditions Plon et à Netgalley qui m’ont offert l’opportunité de lire ce roman en avant première.

    Ici il est question d’amitié et d’internet, et des questionnements d’un homme, Robin, qui, lorsque son ami Paul est victime devant lui d’une tentative d’assassinat, doit reprendre le but que celui-ci s’est fixé : détruire internet.

    Internet représente toute un pan de  la vie de Robin: codeur génial, il est l’un de ces geeks au comportement souvent étrange devenus des ultra riches en quelques années. Tout un pan car l’autre pan, c’est Paul qui l’occupe, Paul le meilleur (le seul ?)  ami depuis l’enfance et Paul le collègue de travail. Voilà donc  Robin dans une situation impossible : choisir entre son amitié et sa raison de vivre. Durant les 200 pages du roman, nous allons suivre les doutes, les atermoiements, les aller-retour de Robin, avec toujours ce choix quasi impossible en tête.

    Un choix d’autant plus difficile que  la compréhension des relations humaines n’est pas son point fort, bien au contraire ! Car  en dehors de Paul, dans le fond Robin n’aime pas grand monde ; et sans la technologie d’internet, Robin n’est dans le fond personne, lui qui ne se caractérise lui-même que par sa capacité à coder !

    Avec lui nous allons aussi soulever légèrement le voile sur le microcosme très particulier de ces californiens milliardaires du net, qui se vendent et se revendent à coup de millions de dollars des applis et sites qui n’ont parfois aucune existence réelle. Des milliardaires qui font semblant de s’aimer devant leurs « followers » mais qui se détestent cordialement la plupart du temps.

    Le roman nous aide à nous interroger quant à la réelle importance d’Internet aujourd’hui : une vie sans le net est-elle dorénavant possible ? Que se passerait-il  si du jour au lendemain nous en étions privés ? D’ailleurs, peut-on  réussir à totalement détruire le réseau ?  Et c’est là que le bât blesse d’après moi, car cette réflexion (pourtant vendue dans le 4eme de couv’)  n’est quelque part que superficielle, elle ne va pas assez loin. Certes les éléments purement techniques sont intéressants (détruire les équipements, détruire les accès, supprimer les lignes de code, etc…) mais loin d’être suffisants pour moi à l’alimenter. Certes, on sent bien la volonté de l’auteur de centrer le récit sur les seules conséquences pour son personnage, mais il manque tout de même clairement un véritable élargissement du sujet à l’ensemble de la société.

    Un manque qui a quelque part  gâché mon plaisir, ce qui est franchement dommage, car d’une part le roman est clairement très bien écrit et très agréable à lire, et d’autre part Guillaume Sire a vraiment réussi à nous faire entrer dans la tête de Robin pour nous faire partager sa vision de son entourage et du monde.

    Vous l’avez compris, à l’issue de la lecture je suis partagée ! Si vous recherchez une belle écriture et les récits d’introspection lisez ce roman. Si vous attendez plus de rythme, une histoire plus longue et plus « universelle », laissez le de côté. Mais bien sûr ceci n’est que mon humble avis !   

     

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  • Le grand n’importe quoi de Jean Marcel Erre (éditions Buchet Chastel) ; 304 pages

     

    à pleurer de rire !

    Dans ce dernier roman de JM Erre, il est question d’une minute qui dure des heures, de culturisme, d’amitié, d’adultère, de gobage de poulpe, de poils de lémuriens et de rencontres du ixième type ….

    Vous allez me dire : ça y est, elle a pété un plomb, fondu une durite, on l’a perdue ! Et si vous pensez ça, c’est que… vous n’avez jamais lu un seul des livres de JM Erre… quelle erreur !

    Car comme dans tous ses romans précédents, on retrouve ici le sens de l’absurde et l’humour tellement particulier de l’auteur !  Et c’est encore une fois une réussite !

    L’absurde car l’ensemble de l’histoire l’est, absurde, de la première à la dernière ligne ou presque, mélange improbable de tous les poncifs de la science-fiction : le futur proche, la faille temporelle, les extra-terrestres, des technologies nouvelles qui ont modifié la géopolitique mondiale. Beaucoup d’auteurs auraient pu s’y perdre et nous proposer un gloubi boulga infâme, mais pas JM Erre.  Lui a su conserver une logique et une cohérence totale à ce grand n’importe quoi, qui se découvrent petit à petit au fil d’un récit qui a finalement bien une queue et une tête ; et franchement quand on lit ce livre on se dit que c’est un vrai tour de force, car par moment même moi j’ai eu peur du résultat tellement l’auteur nous embarque loin !

    Mais c’est surtout par son sens de l’humour que JM Erre se différencie. Il possède une capacité à jouer avec les mots pour nous faire pleurer de rire qui n’a je pense que peu d’égal. Il est par exemple capable d’inventer des dizaines d’expressions plus imaginatives les unes que les autres pour décrire un adultère ; avec lui un personnage de culturiste décérébré retrouve de l’intérêt et il fait d’un minus habens veule et terne un héros malgré lui savoureux.  Derrière sa loufoquerie c’est d’une vraie créativité qu’il fait preuve à chaque page pour prendre des mots, les assembler, les mélanger, les tordre pour notre plus grand plaisir !  Et comme à chaque fois ou presque (son Série Z était un brin en dessous de ses autres romans) j’ai franchement ri plus d’une fois (mais maintenant je sais que je ne dois surtout pas lire un JM Erre en dehors de chez moi sous peine d’être regardée bizarrement à chaque éclat de rire !).

    Bref, vous l’avez compris, j’ai adoré et je vous recommande chaudement ce grand n’importe quoi !

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