• La maladroite   de Alexandre Seurat (éditions du Rouergue) ; 121 pages

    La faute au système …

    Ce récit chorale est celui des témoins. Ceux qui ont alerté, mais en vain, ceux qui ont vu mais n’ont rien dit, ceux qui ont « suivi la procédure », ceux qui ont tenté d’agir sans succès.

    La famille, les voisins,  l’école, les travailleurs sociaux, les médecins,  les gendarmes, les instances judiciaires, tous s’expriment dans ce court roman  dur et froid.

    Ils y parlent signalements, procédures, déclarations,  compte rendus,  examens médicaux, avec une distance glaçante, pour mieux faire exploser la réalité, celle de cette petite fille martyrisée dès son tout jeune âge par des parents bourreaux.

    Et puis il y a le grand frère qui entend , qui voit, qui ment lui aussi, parce qu’il ne sait pas quoi faire d’autre, ce garçon dont on se demande comment il va bien pouvoir grandir, devenir adulte, et peut-être avoir sa propre famille un jour, alors qu’il voyait sa petite sœur enfermée dans une cave, ignorée, maltraitée, jusqu’à sa disparition …

    La seule à vraiment parler émotions, sentiments, c’est justement Diana,  qui rit quand on la questionne, qui sourit en répétant les leçons apprises par cœur : je suis tombée, mon frère m’a poussée, je n’ai pas fait attention, je suis maladroite, … Jusqu’à ces quelques mots, prononcés enfin « maman m’a tapée », mais trop tard.

    Aucun misérabilisme dans ce roman, aucun pathos, juste les faits, bruts, directs, sans fioriture. Et une question aussi : qu’aurions-nous fait à la place de cette grand-mère, de cette tante, de ces gendarmes, de ces institutrices, de ces assistantes sociales ?  Aurions nous hurlé, crié, sorti cette petite fille de l’enfer, quitte à briser des murs, quitte à nous mettre en danger, ou bien, comme tant d’autres, aurions nous suivi les procédures, détourné les yeux en pensant que d’autres allaient agir, allaient faire, allaient …

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    Ressources inhumaines de Fréderic Viguier (éditions Albin Michel) ; 281 pages

    Une déception

     

    Ce roman nous raconte la vie d’une femme salariée dans un hypermarché, qui de simple stagiaire va vite progresser en utilisant tous les moyens à sa disposition à l’exception de ses compétences car (elle l’admet elle-même) elle n’en a aucune, si ce n’est celle d’utiliser les autres à son avantage.

     

    J’attendais beaucoup de ce récit dont le titre et le thème m’ont attirée, mais j’ai très vite été déçue.

     

    Certes le style est fluide et la description de l’absurde et de l’hypocrisie qui règnent dans cette entreprise est plutôt réussie, notamment avec l’utilisation de nombreux mots et expressions à sens multiples ou détournés. De par le choix aussi, de ne jamais nommer le personnage principal du roman qui ne sera que « elle » durant près de 300 pages, et de ne parler des autres personnages que par leur poste dans l’hypermarché (le directeur, le responsable rayon, la responsable ressources humaines, …) ; les rares exceptions concernent ceux qui craquent ou qui font l’objet de mutations sanctions : Gisèle, Gilbert,  …Comme pour redonner aux plus faibles une humanité refusée aux plus durs.

     

    Mais cela ne suffit pas pour rendre le livre intéressant au-delà des premiers chapitres. Car il lui manque une réelle cohérence dans l’évolution du personnage central, cette femme que l’on suit durant quelques semaines quasiment jour après jour suite à son embauche, puis 20 ans après, de nouveau quasi quotidiennement.  On comprend la volonté de l’auteur avec cette coupure, mais cela ne fonctionne pas : le « elle » de 42 ans est bien trop différente du « elle » de 22 ans.  Oui sa volonté peut avoir été émoussée par le temps, et son ambition avec, mais pas autant, pas au point d’avoir disparu. Un fond de méchanceté reste, mais quid de cette capacité à manipuler ses collègues pour avancer, surtout les hommes ?  Et pourquoi sa progression a-t-elle cessé d’un coup ? car si on conserve la logique de la première partie, « elle « aurait dû soit continuer à monter en grade, soit finir elle aussi par devenir victime du système, car dans cet hypermarché il n’y a pas d’autres choix, ce qui rend la situation justement inhumaine !

     

    Bref, de bonnes idées mais une déception au final.

     

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  • Il était une ville  de Thomas B Reverdy (éditions Flammarion ) ; 270 pages ;

    Quand une ville se meurt ...

     

    Lecture numérique !

     

    Ce livre nous fait découvrir les conséquences terribles de la crise de 2008 pour la ville de Detroit. Pas un revers, pas même une crise, non, une Catastrophe, qui résonne dans toutes les pages et dans nos têtes,  avec ce « C » majuscule  qui claque pour mieux nous faire comprendre l’ampleur du désastre.

     

    Thomas Reverdy nous conte la vie de plusieurs personnages,  qui lui permettent d’aborder le sujet sous plusieurs angles . Celui d’un enfant,  pour qui la ville se transforme en immense aire de jeux, des jeux plus ou moins innocents. Celui d’une grand-mère qui s’inquiète pour le futur de son petit fils, qu’elle lie à celui de cette ville moribonde. Celui d’une serveuse qui tente de survivre sans sombrer, car des réseaux mafieux prolifèrent, avec leur argent facile qui tente, mais aussi leur violence qui détruit. Celui d’un flic usé qui assiste à cette déliquescence  et essaie sans ressources  ni soutiens de lutter contre elle.  Celui d’un jeune ingénieur français qui a bien du mal  à comprendre ce qu’il fait là,  lui à qui son entreprise demande de créer  alors qu’on l’isole dans un quartier qui se vide peu à peu pour se transformer en no man’s land .

     

    Il y a beaucoup dans ce roman, du sombre surtout : tristesse, désarroi, opportunisme, cynisme, désenchantement, peur . Mais il y a aussi un peu de Kafka ( le monde de l’entreprise avec ses décisions aberrantes, ses mutations sans sens, sa hiérarchie qui numérote plutôt que de nommer), un peu de naïveté (  ces enfants qui jouent au milieu de maisons qui s’écroulent et des friches industrielles), quelques touches de couleur (le rouge à lèvre de la serveuse tellement accrocheur), et finalement de l’espoir malgré tout.

     

    Tout au long de la lecture, je n’ai pas pu m’empêcher de faire un rapprochement entre Detroit ravagée par une crise économique et La Nouvelle Orléans ravagée par la tempête Katherina, 2 situations totalement différentes (et avec des milliers de morts dans le second cas)  mais aux conséquences à long terme similaires pour les 2 villes : bâtiments effondrés,  population qui fuit, familles dispersées, … Un rapprochement aussi avec certaines images du Philadelphie des années 80 /90.

     

    Et c’est ça aussi la réussite du roman : transformer les mots que nous lisons en images précises et nettes, qui s’inscrivent dans notre esprit et ne peuvent pas laisser indifférent .

    Un très beau moment de lecture !

     

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  • D’après une histoire vraie  de Delphine de Vigan (éditions JC Lattès)  ; 479 pages

    Un roman, un vrai !

    Il y a des livres dont on a du mal à parler (trop tièdes, trop fades, trop mous pour moi)  et il en existe qui donne envie de parler, écrire, échanger. Le roman de Delphine de Vigan est de ceux-là.

    L’histoire est celle d’une romancière en panne d’inspiration après un gros succès littéraire et qui lors d’une soirée va rencontrer L. L va devenir une proche, puis une amie, puis …

     Ce roman m’a immédiatement embarquée et j’ai eu qu’une hâte : le terminer pour en connaître la fin , l’explication, le dénouement. Il m’a fasciné aussi, et pour plusieurs raisons.

     La première car l’auteure décrit avec beaucoup de finesse comment L. va réussir à entrer dans la vie du personnage principal, comment elle va lui devenir indispensable, par petites touches d’abord, puis plus directement, jusqu’à l’envahir,  la parasiter et la paralyser. On assiste ainsi à la destruction lente d’une personnalité, d’une vie, d’un talent. Cet aspect là du livre est étouffant, effrayant de réalisme, et très vite donne envie de hurler à l’héroïne de se méfier, de  réagir, de fuir cette présence toxique...

    La deuxième car on cherche à savoir : et d’abord qui est « L »? Car finalement on ne sait pas grand-chose d elle , cette  « L. » qui s’installe dans la vie et dans la tête. D’où vient-elle ? Quelle fut sa vie à elle avant ? Que fait-elle quand elle n’est pas avec l’héroïne ?  A toutes ces questions on attend une réponse…

    La troisième car après quelques chapitres, comme l’entourage de cette jeune femme, on en vient à douter : L. existe-t-elle vraiment ? N’est-elle pas le fruit d’une imagination qui, n’arrivant plus à écrire, se déploie autrement et envahit l’esprit jusqu’à la folie ? D’un autre coté, comment pourrait-elle ne pas exister alors que son comportements et ses actions nous sont si bien décrites ? Ce doute pousse à lire pour savoir…

    La quatrième car l’écriture de Delphine de Vigan est réellement belle, limpide, une découvert pour moi car c’est la première fois que je la lis , attirée par le thème de son livre et non par son nom aujourd’hui célèbre.

    La cinquième car ….

     La sixième car ...

    La septième car …

    Vous l’avez compris, j’ai passé un excellent moment de lecture !

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    Comment j’ai perdu ma femme à cause du tai chi de Hugues Serraf (éditions de l’Aube) ; 147pages

     

    sympa mais vite oublié ...

     

    Voici un livre qui se lit vite, avec plaisir, un léger sourire aux lèvres, mais après ...

     

    L’auteur est emprisonné car fortement soupçonné d’avoir tué sa femme Luz, et d’avoir fait disparaître son corps en le découpant à l’aide d’un sabre japonais (si, si). Questionné par Coloc, son compagnon de cellule, il va lui expliquer comment il en est arrivé là, à cette flaque de sang, sa femme disparue et lui enfermé

     

    L’histoire est celle d’un couple, de sa naissance à sa mort, du coup de foudre à l’ennui, d’un homme qui ne voit rien (ou ne veut rien voir) et de sa femme qui s’éloigne petit à petit, jusqu’à …. Un sujet très classique, somme toute, et base de départ de très nombreux romans.

     

    Mais ici l’auteur nous conte cette histoire sur un mode décalé et humoristique, un ton qui se veut à la fois léger et mordant. Dans sa façon de décrire cette vie à deux, puis à 4, de décrire l’évolution progressive des relations entre sa femme et lui. Certains passages sont drôles (le choix des amis), d’autres plus tristes qu’amusants (les vacances au pays basque). Derrière l’ironie on perçoit surtout l’incompréhension[mb1]  de cet homme qui ne voit pas sa vie rêvée se déliter peu à peu et lui échapper, et qui ne le réalise que lorsque Coloc le questionne et lui ouvre les yeux.

     

    La vie en prison est elle aussi évoquée sur ce mode humoristique, de façon un peu plus réussie je trouve, avec ses codes, son tempo et sa réalité propre ; j’ai notamment beaucoup aimé sa description de la bibliothèque (forcément !), qui en fait est quasiment tout sauf un lieu de lecture.

     

    J’ai passé un bon moment avec ce petit livre, mais sans plus : moi qui aime les styles déjantés qui s’assument dans leur extravagance et qui y vont « à fond » dans l’ironie, le mordant ou le décalé (je pense à Jean Marcel Erre, Jonas Jonasson, LC Tyler), j’ai trouvé celui de l’auteur tiède et gentil, pas assez hors cadre : quitte à vouloir faire rire, autant y aller cash et jusqu’à bout. J’attendais plus dans le féroce, comme le vend la 4eme de couverture (un tantinet exagéré d’ailleurs, le « férocement drôle » …).

     

     Bref un livre sympa, mais que j’aurai probablement oublié dans quelques mois.

     


     
     

     [mb1] A une

     
     
     

     

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