• Apnée de Joakim Zander  (Éditions Actes Sud) ; 384 pages

    A quand le film ?

    Ce roman débute en 1980 en Syrie avec l’explosion d’une voiture pour se terminer de nos jours sur une ile suédoise dans la fureur et le sang, avec en fil rouge l’histoire d’un homme qui a dû abandonner sa fille pour la sauver et s’en veut de ses choix.

    Joakim Zander va nous proposer une montée progressive en tension, avec un début assez lent mais qui va permettre de faire connaissance avec les protagonistes et d’installer le récit. Un récit qui peu à peu va s’emballer pour finir par nous  embarquer dans une course folle à travers l’Europe, à la suite des personnages principaux, qui fuient pour sauver leur vie.

    Mais il n’est pas question que d’action et de rebondissements dans le livre ; c’est aussi le portrait d’un homme qui nous est proposé, un homme profondément seul et marqué par la mort de sa compagne et l’abandon de son bébé. Un homme qui nage durant des heures pour tenter d’oublier ses doutes quant à son métier et ses choix (ou ses non choix parfois),   un homme qui s’ennuie lorsqu’il se trouve loin du terrain, mais qui y étouffe dès qu’il y retourne.

    Les autres personnages sont, pour moi, la partie la moins aboutie du roman, l’auteur se contentant  de stéréotypes assez flagrants : la jeune cadre dynamique, le chercheur curieux, l’avocat d’affaire peu scrupuleux, les espions en tout genre (celui qui dirige, les gros bras, la tueuse, ..).

    C’est certainement là que Zander aurait d’après moi à gagner en intérêt, dans la complexité et l’épaisseur de ses personnages, car pour le reste, son roman décrit un sujet certes classique mais maitrisé d’un bout à l’autre, et particulièrement réussi dans son tempo et ses descriptions. Par ces aspects là, le titre est tout à fait mérité, il traduit bien cette sensation d’essoufflement que l’ont ressent dès le premier tiers du livre, et je verrais très bien un réalisateur s’y intéresser pour en faire un bon film d’action ! Alors si vous aimez le genre, n’hésitez pas, plongez vous dans Apnée, vous passerez, comme moi, un très bon moment de lecture

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  • Hortense de Jacques Expert  (Editions Sonatine) ; 336 pages

    Déçue par ce dernier Expert

    Il fallait bien que cela arrive… Il fallait bien qu’un jour je tombe sur un roman de Jacques Expert qui allait me décevoir, et voilà c’est fait, avec Hortense.

    Pourtant, l’idée était intéressante : une petite fille est enlevée il y a 20 ans,  et un jour dans la rue sa mère Sophie croise une jeune fille, Emmanuelle, et immédiatement elle en est persuadée, elle sait que cette jeune fille, c’est Hortense, son enfant.

    Comme bien souvent, Jacques Expert va nous faire plonger dans la folie ordinaire. Celle de cette femme absolument et totalement convaincue qu’Emmanuelle est son enfant chérie, celle autour de qui toute sa vie tournait il y a 20 ans, celle autour de qui tourne encore toute sa vie, une vie terne, transparente, sans aucune joie. Mais est ce de la folie ou bien le hasard a-t-il bien fait les choses ?

    C’est sur cette question que repose en fait tout le cheminement du livre, et c’est à cette question que j’ai eu du mal à adhérer, ne retrouvant pas dans ce récit les effets de surprise que Expert contrôle si bien d’habitude. Dès les premières pages, je me suis fait un avis (validé par la fin), et mon plaisir en a été gâché. Je n’ai pas non plus retrouvé la maitrise du rythme et du crescendo qui font  la force de ses romans précédents, et disons le, je me suis ennuyée. J’ai trouvé le récit lent, long,  beaucoup trop linéaire, sans aspérité ni rebondissement, totalement plat.

    A l’exception de Sophie, les personnages ont pour moi peu d’envergure, peu d’aspérités, ils manquent de complexité, de cette ambigüité qu’Expert nous propose habituellement et qui font pour partie la richesse et l’intérêt de ses livres.

      Pourtant la plume de l’auteur est toujours là, avec sa qualité d’écriture ; on retrouve aussi ce qu’il aime mettre en avant : un protagoniste central autour duquel l’histoire tourne et progresse. Mais cette fois ci cela n’a pas fonctionné sur moi. Peut-être que je connais trop bien son univers maintenant pour être surprise ? Peut-être attends-je toujours plus de lui ? Je n’en sais rien. Je ne vous recommanderai donc pas Hortense, ce qui n’enlève rien à la qualité de ses autres romans ! Et bien sûr, ceci n’est que mon humble avis …

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  • Quand la neige danse  de Sonja Delzongle   (Éditions Denoel) ; 432 pages

    Au top !

    Avec Dust, Sonja Delzongle nous emmenait au Kenya, dans la chaleur africaine. Ici c’est dans l’hiver nord américain qu’elle  nous embarque avec ce roman, dans lequel il est question de disparition de 4 petites filles, dont les parents vont recevoir un cadeau aussi étrange qu’effrayant : une poupée coiffée et habillée comme leurs filles. Hannah, la profileuse va aider le père de l’une d’elle à enquêter sur cette disparition.

    Comme avec Dust, j’ai été emballée par la capacité de l’auteure à nous faire vivre et ressentir les émotions de ses personnages, et surtout à nous donner l’impression de nous retrouver nous aussi dans ce froid limite polaire, au milieu de cette neige, de ces lacs et forêts gelées. Elle réussit si bien à décrire les sensations qu’elle m’a réellement transmis le sentiment que j’avais froid, au point que je me suis surprise à aller chercher un gilet alors que j’étais tranquillement installée chez moi dans un fauteuil, bien au chaud !

     Le récit est lui prenant du début à la fin, avec un rythme d’abord plutôt tranquille, histoire d’installer contexte et personnages, puis qui s’accélère progressivement, jusqu’aux 100 dernières pages totalement impossibles à lâcher ! Il est par ailleurs suffisamment complexe pour proposer plusieurs pistes parfaitement plausibles, nous faisant douter plus d’une fois sur le fameux « qui a fait quoi et pourquoi » sur lequel tous les lecteurs de policier s’interrogent. La tension est, elle,  maitrisée d’un bout à l’autre, avec un crescendo qui rend le roman impossible à lâcher avant la fin (en tout cas me concernant !)

    L’écriture est simple, fluide, efficace, au service de l’histoire, avec de réelles qualités descriptives : moi qui n’aime pas les longs passages sur les paysages, je ne me suis là pas du tout ennuyée lorsque l’auteure évoque les forêts, le lac, la neige. Sonja Delzongle parvient à trouver le bon équilibre entre descriptions, nécessaires pour nous mettre dans l’ambiance, et déroulé de l’action.

    Le personnage de Hannah prend encore de l’ampleur tout en laissant la juste place aux autres protagonistes : le père d’un des fillettes, partagé entre désespoir et rage de retrouver sa fille en vie, le chef de la police locale prêt à accepter toutes les aides pour avancer et qui fait son boulot le mieux possible, les personnages secondaires, qui tous apportent des éléments importants.

    Vous l’avez compris, j’ai passé un excellent moment de lecture, je n’ai pas pu lâcher ce livre dans ses 200 dernières pages, et je vous le recommande vivement, car dans le genre je trouve que c’est une vraie réussite ! Et maintenant je n’ai plus qu’à attendre la sortie du prochain Delzongle, qui est entrée dans la liste de mes auteurs à suivre, tout en essayant de dénicher ses romans précédents (qui ne sont malheureusement pas disponible dans ma médiathèque, je sens que ma PAL va encore grimper) !

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  • Derrière la haine  de Barbara Abel   (Éditions Fleuve noir) ; 320 pages

    Dévoré en quelques heures !

    Deux couples voisins qui vont devenir des amis, quoi de plus classique ? Des amis proches, très proches, de plus en plus proches, surtout que leurs enfants, des garçons, naissent à quelques mois d’intervalle, et s’entendent comme larrons en foire ! Mais un drame arrive, touchant l’un des deux familles, et là tout va petit à petit basculer. Dans la suspicion, dans le doute, puis dans le repli, dans la colère, dans la folie.

    C’est cette évolution que va nous raconter Barbara Abel, de cette rencontre presque parfaite jusqu’à la haine la plus totale.  Par petites touches, puis grands éclats. Les apéros et repas partagés deviennent portes closes, les éclats de rire des silences et non dits, les coups de main des gestes violents. Elle va distiller le malaise et nous faire poser pas mal de questions, car même si la fin peut être prévisible quand on a l’habitude de ce type de livre, elle va si loin que jusqu’aux dernières pages on doute tout de même un peu.

    Les personnages, centrés sur les deux femmes, Tiphaine et Lætitia, sont étoffés, pas forcément totalement parfaits mais suffisamment crédibles tout de même pour nous faire peur, nous étonner, nous retourner parfois aussi par leur jusqu’au boutisme. Les hommes sont plus en retrait, assez falots finalement, comme phagocytés par leurs compagnes  respectives qui décident, agissent, dominent. Le récit, même s’il est par moment excessif, nous met d’autant plus mal à l’aise, qu’il reste plausible (après tout, combien d’entre nous sont devenus amis avec nos voisins, surtout quand ils nous ressemblent ?).

    Alors, oui on pourrait dire que ce roman n’est peut-être pas ce qu’on fait de mieux en terme de style et d’innovation,  que certaines scènes peuvent paraître outrancières. Je suis peut-être aussi quelque part un peu trop positive, m’étant sentie particulièrement touchée (pour plusieurs raisons) par les thèmes développés. Mais il n’en demeure pas moins qu’il est diablement efficace car impossible à lâcher, que Barbara Abel sait doser le niveau de tension et maitrise le rythme de l’histoire. Le style d’écriture est lui efficace et fluide, au service de la narration. Des raisons qui font que je vous le recommande vivement si vous aimez le genre ! Quant à moi je suis déjà en quête de la suite, car oui il y a une suite (même si Derrière la haine peut se lire seul)

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  • Un souffle une ombre  de Christian Carayon  (Éditions Fleuve noir) ; 508 pages

     

    Un intéressant roman policier mais pas que

    Ici il est question d’un homme de 45 ans, historien chercheur et professeur à l’université de Toulouse, qui a grandi dans une petite ville ayant vécu une monstruosité en 1980 : le meurtre de 4 jeunes adolescents sur une base nautique. Lui-même marqué à vie par cette atrocité, il décide de s’intéresser au sujet, soit disant dans le cadre d’une étude historique sur la région, mais surtout afin de retrouver un intérêt à vivre.

    Le roman est donc un mélange étonnant, et un peu désarçonnant au début (en tout cas pour moi)  d’enquête sur ces meurtres, de réflexion sur notre relation à l’Histoire et de description à la mode « roman rural » de ce village et de ses habitants, un genre que je n’apprécie pas particulièrement, et qui a rendu ma lecture au départ assez difficile. Heureusement pour moi, ce 3eme aspect, très (trop) présent dans les premiers chapitres, s’estompe petit à petit pour laisser finalement  toute leur place au premier et deuxième élément !

    Et ces deux éléments sont eux maitrisés de bout en bout et particulièrement intéressants. On découvre comment cet homme se sert de ses compétences de chercheur et de son sens de la déduction pour  reprendre l’enquête pas à pas, une enquête qui va progressivement devenir son principal centre d’intérêt, le poussant à reléguer ses impératifs professionnels au second plan. Mais aussi une enquête qui curieusement, va lui redonner de son assurance perdue, et l’aider à passer le cap de moments difficiles avec certains collèges de travail peu scrupuleux.

    Dans le même temps, l’auteur, lui-même historien, va nous proposer une autre façon d’appréhender  l’Histoire, en nous faisant découvrir, derrière des querelles d’experts qui peuvent paraitre anodines, qu’il y a bien des façons de présenter un événement pourtant par ailleurs inscrit dans le marbre, une réflexion intéressante et qui sort donc le lecteur du pur roman policier.

    L’écriture et le style sont eux particulièrement soignés (tout comme les personnages),  le vocabulaire précis et riche,  et tout ceci contribue donc à construire un récit finalement prenant une fois qu’on a réussi à passer les 50 premières pages. Surtout Christian Carayon réussit à attiser doublement  notre curiosité : son personnages va-t-il retrouver le ou les assassins et va-t-il s’en sortir professionnellement face à des homologues qui n’attendent qu’une erreur de sa part pour le détruire.

    Je vous recommande donc ce roman, qui certes démarre lentement, mais qui vaut la peine qu’on s’accroche !   

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