• La fille dans le brouillard   de Donato Carrisi (Editions Calmann Levy) ; 320 pages

    un très bon Carrisi !

    Lecture numérique !

    Merci aux Editions Calmann Levy et à Netgalley de m’avoir permis de lire ce roman.

    Depuis le chuchoteur, dont je suis totalement fan, je m’étais habituée au style de Donato Carrisi, mais  avais le sentiment qu’il s’enlisait petit à petit dans une certaine facilité, en reproduisant régulièrement les mêmes schémas.

    Ici, enfin, il a choisi de nouveau de nous étonner, en faisant d’un polar (qui débute avec la disparition d’une jeune fille)  une critique de ce que sont devenues aujourd’hui certaines enquêtes policières ultra médiatisées. En nous faisant suivre certains de ses personnages, nous découvrons comment des protagonistes utilisent des faits atroces à leur seul bénéfice, quitte à laisser de côté la recherche de la vérité au profit de l’explication qui conviendra le mieux à leurs intérêts. Pire, ils peuvent aller jusqu’à la manipulation pour y parvenir : manipulation des faits, des personnes, des indices pour les rendre convergents et les faire aller dans le sens souhaité.

    Carrisi nous démontre comment une enquête peut facilement être transformée en un cirque médiatique dans lequel les parents des victimes se retrouvent embarqués malgré eux, obligés de suivre le mouvement au risque, sinon, de paraître indifférents et donc suspects. Il met aussi  en avant combien cet emballement devient préjudiciable à la découverte de la vérité, en privilégiant le sensationnel aux faits, en prenant des raccourcis simplistes et réducteurs. Surtout il démontre de manière flagrante que la victime elle-même est oubliée, voire pire, salie, sa vie déformée et étalée, sans respect, aux yeux de tous.

    Comme toujours avec cet auteur, la plume est au service du rythme. Elle est toujours précise et fluide, incisive quand elle dénonce le cynisme, douce et pudique quand elle évoque la victime. Le récit est lui aussi maitrisé, certes au service de ce qu’il veut dénoncer, mais avec tout de même une vraie histoire policière derrière. Une histoire qui démarre lentement pour finalement nous emmener là où elle le veut, nous faisant surtout beaucoup douter.

    Ce roman peut déboussoler tant sa logique est différente des précédents Carrisi, mais c’est précisément ce qui m’a plu, cette volonté de se renouveler, de sortir de sa  zone de confort, en nous proposant  un sujet de fond qui pousse à la réflexion (surtout quand l’actualité nous noie trop souvent sous des faits divers plus sordides les uns que les autres,  sans recul ni objectivité minimum). Voilà pourquoi je  vous le recommande.

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  • Nymphéas noirs   de Michel Bussi (Editions Presse de la cité) ; 444 pages

    Noirceur au village de Monet ....

    Ce roman m’a été conseillé par plusieurs lecteurs après ma déception suite  à la lecture de Maman a tort. Au début quelque peu sceptique, j’ai tout de même saisi l’occasion (et le livre en même temps !) en le voyant disponible à la médiathèque, avec cette petite phrase stupide dans la tête : « il faut laisser sa chance au produit » …

    Et vous savez quoi ? J’ai bien fait de l’écouter cette petite phrase stupide,  et d’écouter ces conseils, car Nymphéas noirs est un excellent roman policier !

    Un roman policier dans lequel il est question de passion avant tout, mais aussi d’amour et de haine. Nous y suivons 3 personnages féminins  (Fanette, une petite fille qui aime peindre, Stéphanie, une jeune et belle institutrice,  une vieille femme enfin, aigrie par la vie, qui observe et raconte)  et ceux qui gravitent autour d’elles.

    J’utilise volontairement le verbe graviter car c’est vraiment ça  le cœur du livre, l’attraction exercée par ces personnages féminins sur ceux qui les entourent ; qu’ils s’agisse des copains autour de  Fanette, ou des hommes autour de Stéphanie, tous tournent autour d’elles, attirés par leur force, leur talent, leur beauté.  Et cette attraction va être la cause de plusieurs drames, comme si trop s’approcher d’elles ne pouvait que générer violence et destruction (de la même façon que lorsque l’attraction d’une étoile devient trop forte et que les planètes qui tournent autour se désagrègent finalement à son contact).

    Le récit est précis et embarque sans peine le lecteur. Certes le début est un peu lent mais la découverte de l’univers de Monet compense largement ce léger manque de rythme initial et permet de rentrer dans l’histoire sans jamais s’ennuyer. Après quelques dizaines de pages on se laisse prendre au jeu de piste  que représentent l’enquête et l’alternance du point de vue des 3 personnages féminins.  L’auteur, lui,  joue avec une certaine habilité de nos préconçus de lecteurs pour nous emmener précisément là où il souhaite, et il faut être très attentif à certains petits détails pour ne pas se laisser berner ; j’avoue d’ailleurs  l’avoir été en large partie, même si j’avais deviné l’un des éléments (je ne vous dirai pas comment afin de ne pas spoiler !).

    Son style d’écriture est agréable à lire, fluide, et le vocabulaire accessible mais plein de nuances, sans répétition, sans redondance ; surtout il nous permet vraiment de nous mettre à la place de ses personnages, du plus enfantin au plus âgé, nous faisant vivre la naïveté, la curiosité de l’une, le cynisme et le désabusement de l’autre.

    Bref, avec Nymphéas noirs, vous n’aurez pas un  « page turner » mais un policier qui se découvre petit à petit et vous emmène exactement là où il veut, tout en vous permettant de redécouvrir un peu de l’univers de Monet. Un policier d’excellente qualité que je vous recommande donc vivement !  

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  • Flétrissure  de Nele Neuhaus (Editions Actes Sud) ; 368 pages

    Décidément j’aime cette auteure !

    C’est le 4eme roman de Nele Neuhaus que je lis, et franchement j’y prends toujours autant de plaisir ! Et ce n’était pas gagné car il s’agit du premier traduit en français, je l’ai donc lu après d’autres plus récents.

    Pourtant aucun souci ! Certes je suis remontée en arrière dans l’histoire personnelle de ses 2 héros, mais cela ne m’a procuré aucune gène. Au contraire j’ai pu faire encore mieux connaissance avec Oliver et Pia qui sont devenus petit à petit des incontournables pour moi.

    Là ils sont amenés à enquêter sur la mort violente de plusieurs personnes âgées, tuées dans des conditions particulièrement dégradantes, et vont découvrir leur passé. Un passé qui va faire remonter des souvenirs du pire de l’Allemagne, et leur faire comprendre comment certains bourreaux de l’époque on pu échapper à des condamnations pourtant méritées.

    Comme dans chaque roman, Nele Neuhaus mêle vies privées et enquêtes, le sujet de fond n’étant pas un fait de société mais l’histoire tellement lourde et particulière du pays, et comment celui-ci a su (ou pas) passer outre pour avancer. En l’occurrence il est surtout question de silence, de repli sur soi, voire de fuite en avant. Soit pour nier, et tenter d’oublier ; soit pour se  repaître du dit passé  ad nauseam, bien à l’abri derrière des murs.

    Et comme toujours avec elle, pistes (vraies ou fausses) et personnages (sympathiques ou repoussants) s’entremêlent, pour nous faire douter, nous faire avancer puis reculer, jusqu’à nous mener exactement là où elle le souhaite, avec un dénouement peut-être moins surprenant (en tout cas pour moi !) mais en tout cas toujours aussi recherché.

    Vous l’avez compris, j’ai tout autant apprécié ce livre que les autres, son récit, sa cohérence, les questions qu’ils pose aussi (peut-on pardonner l’impardonnable ? comment vivre avec un passé familial et historique parfois lourd ?  …), et je vous le recommande chaudement !  

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  • Congo Requiem  de Jean Christophe Grangé (Éditions Presses de la Cité) ; 736 pages 

    Que c’est bon un Grangé de ce niveau !

    Nous voici, avec cette suite du très bon « Lontano », de retour au cœur du clan Morvan et de son histoire, avec une plongée dans le passé africain de Grégoire, le patriarche.

    Nous partons avec lui  et son fils Erwan dans une Afrique centrale dangereuse, sanglante, brutale, primitive, pleine de bruits et de fureur. Et simultanément nous suivons Loïc et Gaëlle dans leur périple européen, lancés aux trousses d’un tueur particulièrement tordus.

    Nous retrouvons donc la noirceur inhérente à tous les romans de Grangé, qui nous décrit ici un continent à la dérive et des pays qui s’enfoncent dans une violence sans fin ;  les uns et les autres utilisent des prétextes politiques pour massacrer, violer, mutiler, et surtout s’enrichir sur le dos des populations. Des conflits  présupposés  inter ethniques n’ont en fait de sens que si on les observe vu de la course aux ressources rares cachées dans des parcelles d’une jungle immense. Et si les  massacres à coup de machette ou de casse tête –Afrique oblige-semblent rendre les actes plus terribles, le mobile du crime est et demeure toujours le même : l’argent !

     La violence est aussi présente, et largement, en Europe,  en France, face à Loïc et Gaëlle ; une violence qui peut paraître moins brute mais n’en demeure pas moins d’une grande sauvagerie et finalement guère plus « civilisée ».  

    Ce Congo Requiem ne respire donc ni l’optimisme ni la joie de vivre,  mais c’est dans ce contexte que les Morvan font finalement réussir à mieux se comprendre, en découvrant le passé de leur père, de leur mère,  et à faire corps pour se défendre des coups portés par un tueur fou et retors.

    Avec ce roman, comme avec Lontano, j’ai enfin retrouvé le Grangé percutant et emballant des Rivières pourpres , avec son style rapide, fluide et efficace,  un récit qui vous prend et vous embarque de la première à la dernière page (et mine de rien cela compte quand on lit un pavé qui en comporte 800 !) , des personnages complexes et intéressants ; avec un plus un lien vers une actualité que nombre de personnes ignorent : le pillage des ressources rares en Afrique, qui fait en plus la richesse de trafiquants en tous genres.

    Et retrouver un Grangé au meilleur de sa forme ou presque, franchement cela fait un bien fou quand on a été fan des premiers jours  (et tellement déçue ensuite par plusieurs de ses romans !  )

    Vous l’avez compris je vous recommande chaudement ce roman, qui est à lire obligatoirement après Lontano !

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  • Le cri  de Nicolas Beuglet (Éditions XO ) ; 496 pages 

    Bon scenario et roman décevant !

    Merci à Livraddict et aux Éditions XO de m’avoir offert l’opportunité de découvrir ce livre.

    Ici il est question de folie, de course poursuite, de meurtres, de plongée dans le passé récent et peu reluisant  de certains services secrets. Il est question de douleur aussi, celle des 2 personnages principaux auxquels la vie n’a pas vraiment fait de cadeaux jusqu’à présent.

    Alléchant me direz vous si vous êtes adepte de thriller ! Et c’est vrai qu’elle était alléchante cette histoire ! Mais autant vous le dire, le résultat n’est pas à la hauteur, en tout cas pas à la hauteur de ce que j’attends d’un roman… Je m’explique.

    Le fond du récit est intéressant lorsqu’on aime le genre (ce qui est mon cas !), même si pas forcément toujours très innovant : une mort suspecte dans un hôpital psychiatrique particulièrement sinistre, un cadavre au passé trouble, une femme flic obstinée et fonceuse. De quoi attiser la curiosité donc !  Le rythme, tout d’abord lent (voire très lent) s’emballe petit à petit, pour vraiment monter en puissance dans le dernier tiers du roman, et nous pousse à vouloir malgré tout connaitre la fin ; en cela le livre est plutôt bien construit.

    Mais que c’est mal écrit ! Moi qui aime les auteurs qui savent jouer avec les mots, qui maitrisent la langue française et ses subtilités, qui savent nous faire partager les sentiments de leurs personnages avec délicatesse et nous faire vivre leur sujet par la précision des sensations, j’ai failli abandonner à peine quelques pages lues ! Je lis aussi  beaucoup de policiers et thrillers que certains qualifient de « romans de gare »  aux styles trop simples,  que je qualifie moi d’efficaces car ils nous embarquent  vite et sont au service de l’histoire (c’est ce que  j’attends prioritairement du genre).

    Là, j’ai découvert un  style à mon goût ni agréable, ni efficace, mais  lourd, maladroit, voire franchement mauvais par moment ; pour moi, les répétitions, les phrases toute faites,  les expressions convenues étaient beaucoup trop nombreuses pour permettre une lecture agréable ;  le vocabulaire m’a paru  redondant et les mots parfois utilisés à mauvais escient.

     Tout ceci  a largement gâché mon plaisir de lecture, ce qui quelque part est vraiment dommage car le tempo, lui, est plutôt bien trouvé, et que finalement je suis arrivée au bout avec un dernier tiers en mode « poursuite » sur les chapeaux de roues !

     J’ai donc en fait le sentiment que quelque part on a voulu à tout prix faire d’un bon scenario de film tourné vers l’action et les changements de rythmes  un roman qui finalement pêche par trop d’imprécisions en terme d’écriture.

    Bref, vous le comprendrez, je ne vous le recommande pas, ce qui, je le redis est franchement dommage (et à l’encontre de pas mal de critiques de lecteurs semble-t-il) … Mais bien sûr ce n’est que mon humble avis !

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