• Baad  de Cédric Bannel (Editions Robert Laffont) ; 480 pages

    Une claque !

    Merci aux éditions Robert Laffont et à NetGalley de m’avoir offert  la possibilité de découvrir Baad en version numérique.

    Ce roman nous fait suivre la double enquête menée en parallèle par 2 « super flics » : Nicole en France et le Qoomaandaan Kandar en Afghanistan ; il conte aussi l’histoire de 2 mères qui feront tout pour protéger leur famille respective d’assassins sans scrupules.

    Et c’est une vrai claque !  A la fois un page turner dont j’ai eu bien du mal à me détacher, la découverte d’un pays et d’un peuple aux mille facettes, une réflexion sur l’hypocrisie religieuse des talibans,  une peinture de la place des femmes et des enfants dans cette société patriarcale, et bien d’autres choses encore…

    L’histoire dans laquelle l’auteur nous embarque est faite  de bruit et de fureur, de violence et de douleur, mais aussi de force, d’intelligence, de courage et de pugnacité.

    Le récit est prenant dès les premières pages, que l’on se situe en France, en Italie ou en Afghanistan ; il n’y a aucun temps mort , on vit avec chacun des personnages cette course contre la montre pour empêcher l’assassinat de plusieurs enfants ; on se sent comme eux sur le fil du rasoir à tout instant ou presque ; on les voit jauger chaque décision, faire des choix parfois inhumains, prendre des risques, progresser dans leur enquête, pas à pas, en évitant les pièges et les fausses pistes.   

    Une des grandes forces du roman réside aussi dans  sa capacité à nous transporter en Afghanistan : les descriptions des paysages et sensations (chaleur, froid,   poussière, odeurs, …)  sont tellement réussies qu’on s’imagine sans peine dans les rues de Kaboul, dans ces villages perdus, dans ces montagnes, sur ces routes dangereuses. Celles des scènes de combat et de violence sont tout aussi réussies, et pourraient très facilement servir de base à un scenario de film.

    Et au-delà du récit, l’auteur nous fait découvrir  un pays dont on sent qu’il vit dans un équilibre des plus précaire entre folie, hypocrisie, violence, mais aussi malgré tout une certaine forme de majesté. Folie des talibans dont les prises de positions ne sont qu’incohérence et barbarie. Hypocrisie d’une classe dirigeante qui navigue entre corruption et mensonges. Violence de ceux qui tuent, pillent, violent, torturent en toute impunité (et souvent au nom de principes séculaires qu’ils bafouent par ailleurs allégrement). Majesté de certains qui défendent une certaine idée de leur culture, et les principes de loyauté, courage, dignité qui en font la force.

    Vous l’avez compris, j’ai tout simplement adoré ce roman, que je vous recommande vivement, surtout si au-delà des seules enquêtes policières, vous recherchez  des ambiances différentes, de la nouveauté, des personnages forts, et des informations sur des pays peu connus.

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  • Cantique de l’assassin  de Guillaume Prévost (Editions Nil) ; 368 pages

    Comme un petit air de Brigades du Tigre …..

    Merci aux éditions Nil et à Netgalley de m’avoir permis de découvrir ce livre !

    Le récit de ce roman policier se déroule en 1920, entre Paris et le Sud Ouest. Il y est question du meurtre d’un prêtre et de vieilles légendes autour de l’abbé Saunière. Le héro est un policier qui boit trop, mange mal, ne croit plus en rien, et va se retrouver chargé de cette affaire particulièrement sanglante.

    Enquête comme personnages sont ici de facture assez classique, mais maitrisés et bien menés de la première à la dernière page, avec une écriture simple, aérée, fluide, très plaisante à lire. Les différents rebondissements sont réussis et peuvent surprendre.  La touche « ésotérique » n’est présente que par petites touches et ne sert en fait que de prétexte au déroulé de l’histoire ; elle ne risque donc pas de rebuter les lecteurs qui comme moi finissent par  être lassés de tous ces romans écrits (pour ne pas dire pondus, mais là je risquerais de paraître désagréable !)  à la chaine sur ce thème galvaudé à force d’être servi à toutes les sauces et à la moindre occasion (c’était mon petit moment « râleuse » du jour …).

    Mais le vrai plus du roman se situe dans sa reconstitution de l’époque … quand il fallait des heures pour faire quelques kilomètres (alors un voyage Paris /Carcassonne…) … quand les repas de midi étaient pris dans des auberges … Quand dans les villages les prêtres, les instituteurs  étaient encore considérés comme des notables  à respecter.  Surtout, les mots et expressions utilisées, sans aucun anglicisme, semblent à la fois désuets et agréables, et on a par moment l’impression de se retrouver au milieu d’un épisode des Brigades du Tigre, entre argot, titi parisien et vocabulaire suranné …

    Bref un vrai voyage dans une période à la fois pas si lointaine (un petit siècle) et en même temps déjà tellement différente et un roman, certes pas inoubliable, mais très agréable que je vous recommande !

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  • Dust  de Sonja Delzongle (Éditions Denoel) ; 528 pages

    Violence et chaleur …

    Le roman  plonge Hannah, un profileur américain dans une Afrique brulante, violente et superstitieuse, pleine de sang et de fureur.

    Et nous plongeons avec elle dans cette fournaise qu’est le Kenya, un pays, comme beaucoup d’autres, écartelés entre le modernisme affiché et mis en avant, et l’archaïsme de croyances qui perdurent. Nous y plongeons car il suffit de quelques pages pour ressentir la chaleur suffocante, la violence des rapports, le machisme, la corruption à peine voilée.

    L’écriture est efficace, dynamique et nous embarque très vite et sans peine dans un récit rythmé, sans aucun temps mort ;  les 528 pages défilent sans aucune difficulté et l’on est même étonné d’arriver si rapidement au terme de l’histoire. Seul petit bémol, la romance entre deux personnages qui n’apporte pas grand-chose (voire rien).

     Les descriptions des lieux et surtout des sensations sont réussies et on s’imagine sans peine à la place d’Hannah,  étouffant dans cette chambre d’hôtel ou  hésitant dans ces rues poussiéreuses, confrontée à l’horreur et à l’urgence.

     L’enquête initiale est, elle,  intéressante mais pas innovante, et elle  ne sert pour moi que de prétexte au vrai sujet de fond, qui porte sur la situation des albinos africains. Ayant déjà vu des reportages sur le sujet, j’avais une vague idée de ce qu' ils subissaient, confrontée à une croyance d’un autre âge sur les supposés « pouvoirs » de leur corps.  Mais là j’ai découvert avec un effarement total jusqu’où allait cette superstition : une chasse à la fois très organisée et totalement anarchique, des êtres humains vendus en pièces détachées quitte à les mutiler peu à peu, des meurtres d’une sauvagerie inouïe, qu’ils se déroulent cachés ou en pleine rue à la vue de tous. Tout ceci sans que grand monde n’intervienne réellement, ni les populations, ni les autorités, et au nom de soit disant « facultés extraordinaires »  prêtés à leur peau et leurs organes.  Un massacre qui se déroule en silence dans plusieurs pays africains et qui vient enrichir des trafiquants en tous genres.  Massacre dont sont victimes aussi bien les adultes que les enfants, les urbains que les ruraux.

    Les autres plaies de l’Afrique sont aussi présentes par touches : le SIDA,  le traitement des enfants, l’insécurité, l’exploitation de toute une partie de la population. Ce  vient enlaidir le tableau plus encore pour au final nous décrire un pays qu’on hésitera pendant un moment à visiter.

    Bref, un roman marquant, qui ne se contente pas de  nous conter une énième histoire de tueur sadique. Un roman que je recommande donc ; à moins que vous n’ayez prévu de partir au Kenya dans les prochains mois, dans ce cas évitez !

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  • Black messie de Simonetta Greggio (éditions Stock ) ; 360 pages

    Froid, trop froid ...

    Tout d’abord un grand merci à Babelio et aux Editions Stock qui m’ont permis de découvrir ce roman qui avait particulièrement attiré ma curiosité, roman nous contant la traque à Florence d’un tueur de couples, en alternant les points de vue des enquêteurs, d’un professeur et du tueur.

    Malheureusement, je dois dire que j’ai eu beaucoup de mal à réellement entrer dans l’histoire et à m’intéresser aux personnages.

    Certes l’écriture est d’une très grand qualité, tranchante, épurée, et son rythme saccadé traduit parfaitement le manque total d’humanité du tueur, ses obsessions, sa folie pure. Mais elle fait du roman un vrai bloc de froideur et de noirceur, dans lequel on doute de tout et de tous, sans jamais vraiment s’attacher à quiconque, ni chercher à comprendre qui que ce soit. Seule exception : l’enquêteur principal, qui confronté au pire de l’humanité, se raccroche autant qu’il peut à l’amour absolu qu’il porte à ses filles.

    Par ailleurs le personnage du professeur m’a posé problème, : j’ai en effet eu du mal à l’intégrer dans le récit, sans jamais vraiment comprendre ce qu’il faisait là et apportait réellement ; par moment je me suis même perdue dans l’histoire secondaire (le décès de sa femme il y a des années) sans trop en saisir la fin.  

    Par contre, la description de Florence en filigrane tout au long du roman est tout simplement magnifique :  une Florence noire, brutale, mais malgré tout somptueuse, intemporelle, magique. Une Florence qui vous donne envie d’y passer des jours à flâner dans ses rues, ses musées.

    Bref, un avis très en demi-teinte finalement, avec tout de même une bonne part de déception, malgré la beauté de l’écriture.

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  • Zone de non droit  de Alex berg (Éditions jacqueline Chambon/Actes Sud) ; 288 pages

    Tout simplement effrayant…

    Valérie Weymann a tout pour vivre sereinement : la réussite professionnelle en tant qu’avocate, un couple uni avec son mari, 2 filles, et un caractère bien trempé. Mais en quelques heures tout s’effondre : soupçonnée de terrorisme alors que des bombes explosent, elle est arrêtée en quelques minutes, enfermée dans une prison allemande, puis elle disparait dans l’une des geôles secrètes  de la CIA…

    Ce thriller politique est particulièrement réussi, impossible à lâcher de la première à la dernière page, tant le niveau de tension est élevé et le dénouement totalement incertain. L’auteure maitrise de A à Z le rythme de son récit, et ne nous laisse pas respirer une minute, passant avec succès d’un personnage à l’autre, d’un point de vue à l’autre, sans aucun répit ni temps mort. Elle décrit à la perfection les peurs, les doutes, les incompréhensions, les questionnements des uns,  le cynisme, la morgue, la brutalité et le manque total d’empathie des autres.  Les sensations aussi sont omniprésentes : le froid, la douleur, la faim, la désorientation, la perte de repère.

    Alex Berg explique comment, somme tout assez simplement et rapidement, on peut détruire une personnalité, une vie, sur la foi d’un soupçon aussi épais qu’une brindille.  Et cette situation fait vraiment peur, surtout dans nos sociétés qui balancent régulièrement entre défense des libertés et volonté de garantir la sécurité des citoyens.  Des sociétés dont certains « protecteurs » sont parfois prêts à bafouer tous les principes et valeurs, et qui nous rappellent cette citation latine « mais qui surveillera les surveillants ? ». Une question qui se pose d’autant plus que les faits prouvent que la torture ne mène à rien d’autre qu’à des erreurs (c’est ici fort bien démontré) et à la naissance (ou au renforcement) de la haine, elle-même à l’origine de ce que l’on cherche à éradiquer.

    Le seul bémol que j’émettrai sur le récit porte sur le choix de l’auteure de faire du responsable du calvaire de Valérie Weymann un personnage sans scrupule, critiqué même par ses propres pairs. Le message aurait peut-être été encore plus fort avec un agent Burrough un peu moins caricatural dans sa quête de pouvoir.

    Mais ce petit point négatif  ne retire finalement que peu de chose à la qualité de ce roman, le premier écrit par Alex Berg, et que je vous recommande chaudement ! Quant à moi, je n’ai plus qu’à ajouter ses 2 romans suivants à ma liste des « à lire » (j’ai comme un doute immense sur le fait d’arriver à lire tous les livres qui me font envie, mais ceci est une autre histoire !).

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