• Ainsi fleurit le mal  de Julia Heaberlin (Editions Presse de la cité) ; 560 pages

    mort et vie de Tessa ...

    Merci aux éditions Presse de la Cité et à Netgalley de m’avoir permis de lire ce livre en avant première.

    Dans ce roman nous suivons Tessa à l’âge de 16 ans, puis 20 ans plus tard. Tessa n’est pas une jeune fille comme les autres, elle est une survivante, victime avec plusieurs autres d’un tueur en série qui les a ensevelies ensemble au milieu de milliers de marguerites, d’où leur surnom…

    Tout au long du récit Tessa va nous parler, nous expliquer ses doutes, ses peurs, ses questions, les relations qu’elle entretient avec son entourage : la Tessa de 16 ans va nous faire vivre ses entretiens avec le psychologue qui la suit, avec le procureur qui la prépare au procès, mais surtout avec Lydia, sa meilleure amie, avec laquelle jusqu’ici elle avait tout partagé depuis l’âge de 9 ans. La Tessa de 36 ans, elle, va nous faire rencontrer sa fille, sa voisine et les membres d’une association qui se bat pour faire innocenter des condamnés à mort.

    On découvre une artiste et mère elle-même d’une adolescente ; une femme qui semble équilibrée de prime abord mais qui tout de même passe du temps à « discuter » avec celles que tous appellent « les marguerites », les 4 autres victimes. Une femme qui petit à petit va se mettre à douter de la culpabilité de l’homme condamné comme son bourreau, qui attend sa prochaine exécution dans le couloir de la mort d’une célèbre prison texane.

    Dans le même temps on apprend aussi à connaitre une jeune fille traumatisée qui s’adresse à nous, alors que le procès de l’assassin présumé va débuter, procès durant lequel elle va devoir apporter son témoignage, et ce « de la meilleure façon possible », pour mener à une condamnation attendue.   

    Le style s’adapte au rythme du récit, fluide par moment, beaucoup plus saccadé et tranchant à d’autres, ce qui nous donne une réelle impression d’immersion.

    C’est d’ailleurs là que réside la principale force du roman, être capable de naviguer sans arrêt d’une époque à l’autre, de vraiment nous intégrer dans son histoire, et de nous faire vivre le récit à la fois dans la peau d’une adolescente et dans celle de l’adulte qu’elle est devenue.  Une adolescente qui parle d’amitié et de rapport aux adultes, une femme qui elle évoque ses relations avec les hommes et ses difficultés de mère. Et ceci bien sûr de façon exacerbée du fait de l’horreur à laquelle elle a survécu.

    L’aspect « enquête policière », même s’il passe au second plan d’après moi, n’en demeure pas moins très soigné, avec un tempo maitrisé, plusieurs pistes possibles et un final réussi. Bien sûr on y trouve aussi plusieurs clins d’œil à destination de la politique judiciaire et carcérale du Texas, mais finalement plus mesurés que dans beaucoup d’autres romans.

    Il y a en fait un peu de « la nostalgie de l’ange » dans ce livre, certes avec moins de délicatesse dans la forme comme dans le fond, mais avec une vraie histoire, de vrais personnages profonds et complexes, et un mélange réussi de noirceur et d’optimisme malgré tout. Un livre que j’ai lu très vite, avec beaucoup de plaisir, que je vous recommande donc !

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  • Tuez qui vous voulez  de Olivier Barde Cabuçon (Editions Actes Sud) ; 384 pages

    Avec ce roman c’est dans le Paris de Louis XV que nous entrons, à la veille de Noel 1759, pour suivre le commissaire aux morts étranges dans l’enquête sur la mort de 3 personnes.

    C’est le 3eme de la série et  le 1er que je lis (je sais je ne commence pas par le commencement, mais bon j’ai fait en fonction des disponibilités à ma médiathèque) et j’ai beaucoup apprécié de faire enfin connaissance avec ce personnage,  que j’ai trouvé étonnant, de part son mélange d’ancrage dans son époque et de modernisme. Un modernisme qui lui permet d’aborder autrement les missions qui lui sont confiées, de sortir des méthodes habituelles de la police du XVIIIème siècle (qui se résument souvent à arrestation arbitraire, obtention d’aveux, exécution ou emprisonnement) pour identifier les vrais coupables. Un ancrage qui lui permet de naviguer dans les méandres politiques sans trop de difficultés.

    Le récit  est intéressant, rythmé, cohérent et permet de rencontrer  l’étrange chevalier d’Eon, aventurier mystérieux et arrogant, qui se dit espion du roi. Un chevalier que le commissaire apprécie peu et auquel il va se confronter régulièrement. Il permet aussi de mieux comprendre la vision des femmes par la société de l’époque : des ingénues, de douces idiotes, des dévergondées, des prostituées… elles n’apparaissent que rarement compétentes, intelligentes, fiables. Enfin j’ai découvert qui étaient les « convulsionnaires » aux mœurs étranges et sadiques, dont les autorités se méfiaient tout en les laissant faire  (aujourd’hui on les considérerait comme faisant partie d’une secte particulièrement violente).

    Le style d’écriture est lui très agréable, fluide, et nous transporte facilement dans cet hiver 1759 , dans les rues et quartiers de Paris encombrés, au milieu des marchands, des mendiants, des passants qui doivent régulièrement s’écarter devant des carrosses et autres carrioles qui traversent la ville sans s’inquiéter beaucoup de les crotter ni de les renverser. Un Paris sale, sombre, puant, qui bruisse de mille rumeurs et complots plus ou moins avérés ou imaginaires.

    Comme je l’ai déjà indiqué, j’ai  apprécié ma première rencontre avec le chevalier de Volnay et avec l’auteur,  j’ai passé un excellent moment à lire ce roman, à m’imprégner de l’époque et des personnages,  à suivre cette enquête policière, à mieux comprendre Paris dans son quotidien (ses commerces, ses auberges, les repas, la difficile cohabitation entre piétons et chevaux, …). Je n’ai maintenant qu’une envie : continuer à suivre les aventures de ce commissaire (je pense d’ailleurs récupérer le 1er tome histoire de mieux comprendre certains éléments et personnages)  et je vous recommande de faire de même si vous appréciez les policiers historiques !

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  • Il reste la poussière de Sandrine Collette (Éditions Denoel) ; 304 pages

    Glaçante indifférence

     

    Ce roman nous transporte dans la Patagonie profonde, au sein d’une famille de fermiers qui tentent de survivre tant bien que mal, famille composée d’une mère et de ses 4 fils. Enfin, une famille si l’on peut dire car entre eux peu de liens, si ce n’est du mépris pour le 3eme garçon et de la haine pour le dernier des 4, souffre douleur des ainés, 2 brutes sans beaucoup de cervelle…

    Vous l’avez compris, Sandrine Collette nous emmène de nouveau dans un univers de solitude et de violence, dans lequel les émotions et l’humanité n’ont que peu de place.

    Les relations entre ces 5 personnages sont glaçantes. On a en fait plus l’impression d’assister à la vie d’une meute qu’à celle d’une famille, une meute à la hiérarchie établie et à ne surtout pas remettre en cause, sous peine de se prendre une correction. Une meute qui fait prévaloir la force brute plutôt que l’intelligence, et qui n’est solidaire que par pure nécessité, parce que la survie est à ce prix. Car bien sûr il n’est pas du tout question de vie ici, mais juste de survie, de précarité totale. Les sentiments ne sont présents que lorsqu’un des personnages s’éloigne quelque peu de la ferme, comme si celle-ci exerçait une influence maléfique sur ses occupants.

    Il n’y aucun donc aucun doute, la patte de Sandrine Collette est bien là, son écriture tranchante, son style ciselé, sa précision dans la description des lieux et des personnes. On reconnait aussi ses thèmes de prédilection : la solitude émotionnelle, la violence, physique mais surtout psychologique, l’indigence intellectuelle et le sadisme.

    Mais nous ne sommes pas vraiment dans un polar noir, il n’y a pas vraiment de progression  même s’il y a une évolution dans l’histoire, et c’est peut-être ce qui m’a manqué car j’ai pris moins de plaisir à lire ce roman que Nœuds d’acier (fantastique !) ou 6 fourmis blanches (excellent !). J’ai eu en aussi du mal à vraiment m’intéresser au héro du récit, Rafael, trop passif à mon gout, qui subit sans réellement réagir, et qui se contente d’esquiver les coups autant que faire se peut.

    Bref, un bon roman, toujours aussi bien écrit, mais qui, même si je l’ai apprécié, ne m’a pas vraiment embarquée. Il faut dire aussi qu’en 2 livres Sandrine Collette est rentrée dans la liste de mes chouchous, et que j’attends donc toujours beaucoup d’elle ! D’ailleurs un autre de ses romans m’attend bien au chaud dans ma PAL…

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  • Baad  de Cédric Bannel (Editions Robert Laffont) ; 480 pages

    Une claque !

    Merci aux éditions Robert Laffont et à NetGalley de m’avoir offert  la possibilité de découvrir Baad en version numérique.

    Ce roman nous fait suivre la double enquête menée en parallèle par 2 « super flics » : Nicole en France et le Qoomaandaan Kandar en Afghanistan ; il conte aussi l’histoire de 2 mères qui feront tout pour protéger leur famille respective d’assassins sans scrupules.

    Et c’est une vrai claque !  A la fois un page turner dont j’ai eu bien du mal à me détacher, la découverte d’un pays et d’un peuple aux mille facettes, une réflexion sur l’hypocrisie religieuse des talibans,  une peinture de la place des femmes et des enfants dans cette société patriarcale, et bien d’autres choses encore…

    L’histoire dans laquelle l’auteur nous embarque est faite  de bruit et de fureur, de violence et de douleur, mais aussi de force, d’intelligence, de courage et de pugnacité.

    Le récit est prenant dès les premières pages, que l’on se situe en France, en Italie ou en Afghanistan ; il n’y a aucun temps mort , on vit avec chacun des personnages cette course contre la montre pour empêcher l’assassinat de plusieurs enfants ; on se sent comme eux sur le fil du rasoir à tout instant ou presque ; on les voit jauger chaque décision, faire des choix parfois inhumains, prendre des risques, progresser dans leur enquête, pas à pas, en évitant les pièges et les fausses pistes.   

    Une des grandes forces du roman réside aussi dans  sa capacité à nous transporter en Afghanistan : les descriptions des paysages et sensations (chaleur, froid,   poussière, odeurs, …)  sont tellement réussies qu’on s’imagine sans peine dans les rues de Kaboul, dans ces villages perdus, dans ces montagnes, sur ces routes dangereuses. Celles des scènes de combat et de violence sont tout aussi réussies, et pourraient très facilement servir de base à un scenario de film.

    Et au-delà du récit, l’auteur nous fait découvrir  un pays dont on sent qu’il vit dans un équilibre des plus précaire entre folie, hypocrisie, violence, mais aussi malgré tout une certaine forme de majesté. Folie des talibans dont les prises de positions ne sont qu’incohérence et barbarie. Hypocrisie d’une classe dirigeante qui navigue entre corruption et mensonges. Violence de ceux qui tuent, pillent, violent, torturent en toute impunité (et souvent au nom de principes séculaires qu’ils bafouent par ailleurs allégrement). Majesté de certains qui défendent une certaine idée de leur culture, et les principes de loyauté, courage, dignité qui en font la force.

    Vous l’avez compris, j’ai tout simplement adoré ce roman, que je vous recommande vivement, surtout si au-delà des seules enquêtes policières, vous recherchez  des ambiances différentes, de la nouveauté, des personnages forts, et des informations sur des pays peu connus.

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  • Cantique de l’assassin  de Guillaume Prévost (Editions Nil) ; 368 pages

    Comme un petit air de Brigades du Tigre …..

    Merci aux éditions Nil et à Netgalley de m’avoir permis de découvrir ce livre !

    Le récit de ce roman policier se déroule en 1920, entre Paris et le Sud Ouest. Il y est question du meurtre d’un prêtre et de vieilles légendes autour de l’abbé Saunière. Le héro est un policier qui boit trop, mange mal, ne croit plus en rien, et va se retrouver chargé de cette affaire particulièrement sanglante.

    Enquête comme personnages sont ici de facture assez classique, mais maitrisés et bien menés de la première à la dernière page, avec une écriture simple, aérée, fluide, très plaisante à lire. Les différents rebondissements sont réussis et peuvent surprendre.  La touche « ésotérique » n’est présente que par petites touches et ne sert en fait que de prétexte au déroulé de l’histoire ; elle ne risque donc pas de rebuter les lecteurs qui comme moi finissent par  être lassés de tous ces romans écrits (pour ne pas dire pondus, mais là je risquerais de paraître désagréable !)  à la chaine sur ce thème galvaudé à force d’être servi à toutes les sauces et à la moindre occasion (c’était mon petit moment « râleuse » du jour …).

    Mais le vrai plus du roman se situe dans sa reconstitution de l’époque … quand il fallait des heures pour faire quelques kilomètres (alors un voyage Paris /Carcassonne…) … quand les repas de midi étaient pris dans des auberges … Quand dans les villages les prêtres, les instituteurs  étaient encore considérés comme des notables  à respecter.  Surtout, les mots et expressions utilisées, sans aucun anglicisme, semblent à la fois désuets et agréables, et on a par moment l’impression de se retrouver au milieu d’un épisode des Brigades du Tigre, entre argot, titi parisien et vocabulaire suranné …

    Bref un vrai voyage dans une période à la fois pas si lointaine (un petit siècle) et en même temps déjà tellement différente et un roman, certes pas inoubliable, mais très agréable que je vous recommande !

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