• Le cycle clandestin livre 1 : Citoyens clandestins    de DOA (Éditions Folio policier) ; 703 pages

    Noir, complexe, bien écrit mais bien trop macho

    Merci aux Éditions Folio policier et à Livraddict de m’avoir permis de lire ce roman.

    Avec ce roman nous nous retrouvons en 2001 et 2002, durant les mois qui précèdent et qui suivent le 11 septembre 2001.  Nous plongeons au cœur d’une guerre clandestine et sale, celle qui oppose les services secrets français à des terroristes islamistes en pleine préparation d’un  un attentat d’envergure. Une guerre silencieuse dont les combattants s’épient, s’observent, se côtoient, se mentent, s’entretuent parfois.

    On assiste aussi à un affrontement larvé entre les différentes composantes des services français : armée, police, ministère de l’Intérieur, chacun y va de ses barbouzes, de ses spécialistes des filatures, de son infiltration, quitte à ce que tout ce joyeux petit monde se marche sur les pieds, se court-circuite et se mette en danger mutuellement.

    Le récit est froid, clinique, extrêmement précis, et semble particulièrement bien documenté. Très peu d’affect et de sentiments dans ces 700 pages, mais des prises de décision, des faits, des actes, des plus anodins au plus violents. Aucun jugement non plus, et ce même quand il est question de torture, de manipulation, de traitrise ; juste une description du quotidien si particulier de ces hommes de l’ombre.

    DOA nous fait entrer dans leur tête et dans leurs vies, des vies de clandestins pour certains, toujours sur la brèche, sur le fil du rasoir, et qui parfois sont au bord de la schizophrénie. Comment concilier en effet normalité et duperie, signes extérieurs de croyance et  athéisme profond, vie normale et boulot de tueur ? C’est d’ailleurs tellement bien décrit que par moment je me suis même demandée si j’avais bien compris qui était qui, chacun des clandestins ayant un vrai nom, un nom officiel et un pseudo, que l’auteur alterne, entremêle et mentionne  en fonction des situations.

    Une chose, une seule, mais de taille, m’a empêchée d’adhérer  à ce roman qui aurait pu être  par ailleurs excellent : la place accordée aux femmes dans ce roman. Un seul personnage féminin important, une jeune journaliste débutante, qui,  la pauvre, va représenter ce qu’on peut imaginer de pire en terme de poncifs ! Car tout y est :   la stagiaire ignorante, la bêtasse qui commet bourde sur bourde, le « plan c..l », la paumée qui ne sait pas choisir entre vie privée et professionnelle, la midinette qui tombe raide dingue du mec qu’il ne faut pas. Franchement, DOA, je ne vous connais pas, mais un peu de subtilité n’aurait pas nui pour rendre ce personnage tout aussi intéressant que les personnages masculins. A la fin du roman je n’en pouvais plus de cette pauvre fille perdue au milieu de cette histoire, et j’en suis venue à me demander si l’auteur était conscient du fait que parmi ses lecteurs il pouvait y avoir des lectrices. Car oui il existe des lectrices qui apprécient ce genre, et qui pour le coup se sentent quelque peu oubliées, voire pire !

    Quel dommage donc car tout le reste est intéressant, maitrisé, agréable à lire, avec une histoire réaliste et d’actualité, qui vous embarque sans peine. Je ne pense donc pas m’arrêter là et voir si dans ses romans récents, DOA a su faire évoluer ses personnages féminins.

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  • La fille dans le brouillard   de Donato Carrisi (Editions Calmann Levy) ; 320 pages

    un très bon Carrisi !

    Lecture numérique !

    Merci aux Editions Calmann Levy et à Netgalley de m’avoir permis de lire ce roman.

    Depuis le chuchoteur, dont je suis totalement fan, je m’étais habituée au style de Donato Carrisi, mais  avais le sentiment qu’il s’enlisait petit à petit dans une certaine facilité, en reproduisant régulièrement les mêmes schémas.

    Ici, enfin, il a choisi de nouveau de nous étonner, en faisant d’un polar (qui débute avec la disparition d’une jeune fille)  une critique de ce que sont devenues aujourd’hui certaines enquêtes policières ultra médiatisées. En nous faisant suivre certains de ses personnages, nous découvrons comment des protagonistes utilisent des faits atroces à leur seul bénéfice, quitte à laisser de côté la recherche de la vérité au profit de l’explication qui conviendra le mieux à leurs intérêts. Pire, ils peuvent aller jusqu’à la manipulation pour y parvenir : manipulation des faits, des personnes, des indices pour les rendre convergents et les faire aller dans le sens souhaité.

    Carrisi nous démontre comment une enquête peut facilement être transformée en un cirque médiatique dans lequel les parents des victimes se retrouvent embarqués malgré eux, obligés de suivre le mouvement au risque, sinon, de paraître indifférents et donc suspects. Il met aussi  en avant combien cet emballement devient préjudiciable à la découverte de la vérité, en privilégiant le sensationnel aux faits, en prenant des raccourcis simplistes et réducteurs. Surtout il démontre de manière flagrante que la victime elle-même est oubliée, voire pire, salie, sa vie déformée et étalée, sans respect, aux yeux de tous.

    Comme toujours avec cet auteur, la plume est au service du rythme. Elle est toujours précise et fluide, incisive quand elle dénonce le cynisme, douce et pudique quand elle évoque la victime. Le récit est lui aussi maitrisé, certes au service de ce qu’il veut dénoncer, mais avec tout de même une vraie histoire policière derrière. Une histoire qui démarre lentement pour finalement nous emmener là où elle le veut, nous faisant surtout beaucoup douter.

    Ce roman peut déboussoler tant sa logique est différente des précédents Carrisi, mais c’est précisément ce qui m’a plu, cette volonté de se renouveler, de sortir de sa  zone de confort, en nous proposant  un sujet de fond qui pousse à la réflexion (surtout quand l’actualité nous noie trop souvent sous des faits divers plus sordides les uns que les autres,  sans recul ni objectivité minimum). Voilà pourquoi je  vous le recommande.

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  • Nymphéas noirs   de Michel Bussi (Editions Presse de la cité) ; 444 pages

    Noirceur au village de Monet ....

    Ce roman m’a été conseillé par plusieurs lecteurs après ma déception suite  à la lecture de Maman a tort. Au début quelque peu sceptique, j’ai tout de même saisi l’occasion (et le livre en même temps !) en le voyant disponible à la médiathèque, avec cette petite phrase stupide dans la tête : « il faut laisser sa chance au produit » …

    Et vous savez quoi ? J’ai bien fait de l’écouter cette petite phrase stupide,  et d’écouter ces conseils, car Nymphéas noirs est un excellent roman policier !

    Un roman policier dans lequel il est question de passion avant tout, mais aussi d’amour et de haine. Nous y suivons 3 personnages féminins  (Fanette, une petite fille qui aime peindre, Stéphanie, une jeune et belle institutrice,  une vieille femme enfin, aigrie par la vie, qui observe et raconte)  et ceux qui gravitent autour d’elles.

    J’utilise volontairement le verbe graviter car c’est vraiment ça  le cœur du livre, l’attraction exercée par ces personnages féminins sur ceux qui les entourent ; qu’ils s’agisse des copains autour de  Fanette, ou des hommes autour de Stéphanie, tous tournent autour d’elles, attirés par leur force, leur talent, leur beauté.  Et cette attraction va être la cause de plusieurs drames, comme si trop s’approcher d’elles ne pouvait que générer violence et destruction (de la même façon que lorsque l’attraction d’une étoile devient trop forte et que les planètes qui tournent autour se désagrègent finalement à son contact).

    Le récit est précis et embarque sans peine le lecteur. Certes le début est un peu lent mais la découverte de l’univers de Monet compense largement ce léger manque de rythme initial et permet de rentrer dans l’histoire sans jamais s’ennuyer. Après quelques dizaines de pages on se laisse prendre au jeu de piste  que représentent l’enquête et l’alternance du point de vue des 3 personnages féminins.  L’auteur, lui,  joue avec une certaine habilité de nos préconçus de lecteurs pour nous emmener précisément là où il souhaite, et il faut être très attentif à certains petits détails pour ne pas se laisser berner ; j’avoue d’ailleurs  l’avoir été en large partie, même si j’avais deviné l’un des éléments (je ne vous dirai pas comment afin de ne pas spoiler !).

    Son style d’écriture est agréable à lire, fluide, et le vocabulaire accessible mais plein de nuances, sans répétition, sans redondance ; surtout il nous permet vraiment de nous mettre à la place de ses personnages, du plus enfantin au plus âgé, nous faisant vivre la naïveté, la curiosité de l’une, le cynisme et le désabusement de l’autre.

    Bref, avec Nymphéas noirs, vous n’aurez pas un  « page turner » mais un policier qui se découvre petit à petit et vous emmène exactement là où il veut, tout en vous permettant de redécouvrir un peu de l’univers de Monet. Un policier d’excellente qualité que je vous recommande donc vivement !  

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  • Sous le drapeau noir (enquête sur DAESH) de Joby Warrick (Editions du Cherche Midi) ; 440 pages

    Un essai dense et riche

    Merci à Babelio et aux éditions du Cherche Midi de m’avoir offert l’opportunité de découvrir cet essai.

    En 440 pages Joby Warrick nous propose une plongée dans l’histoire très  récente d’une partie du Moyen Orient, qui a vu la naissance et la montée en puissance d’un mouvement islamiste ultra radical autoproclamé État. Sur 25 années environ, il nous dresse le portrait des leaders de ce mouvement, et de ceux qui ont voulu le combattre sur le terrain.

    Il nous explique que c’est la conjonction de l’opportunisme de certains, du manque de vision à long terme d’autres,  de l’impuissance de quelques uns à se faire entendre , et de l’incompétence de pas mal d’intervenants, qui a mené à la situation que nous connaissons depuis quelques années en Irak et en Syrie.  L’administration Bush, notamment,  est pointée du doigt, pour sa morgue, son autoritarisme, son arrogance, et une méconnaissance totale du fonctionnement de ces pays.

    Cet essai particulièrement bien documenté nous présente  quelques uns des principaux protagonistes :  Al Zarkaoui,  un  petit délinquant Jordanien à moitié illettré devenu le dirigeant ultra violent d’Al Quaida  en Irak ;  Al Baghdadi , son successeur, un Irakien dévot et tout aussi violent ; le roi Abdallah de Jordanie, qui tente de préserver son pays de l’embrasement ; des militaires et diplomates américains, compétents et connaisseurs de la région, qui essaient de se faire entendre auprès de leur gouvernements, en vain le plus souvent.  Il ébauche aussi le portrait d’un Bachar el Hassad, prêt à tout pour conserver le pouvoir en Syrie.

    Surtout, en nous traçant de façon particulièrement détaillée certains parcours,  Joby Warrick nous laisse à penser que finalement tout ceci est  avant tout dû à une chose, et une seule : une inculture crasse (pour ne pas dire totale). Inculture qui pousse le clan Bush à croire (ou faire semblant de croire ?) qu’on peut exporter et imposer en quelques semaines les mode de pensée, d’interactions sociales et d’organisations familiales et sociétales de l’Occident à des pays qui fonctionnent encore beaucoup en modes tribaux. Inculture de ces « paumés » déséquilibrés (qu’ils soient Irakiens, Syriens, Jordaniens, ou Européens !), qui voient dans leur vision totalement dévoyée de la religion musulmane au choix un moyen facile de justifier leurs déviances, d’expliquer et d’excuser leur folie, et pour les moins atteints (quoique !) de disposer d’une sorte de refuge répondant à un besoin d’appartenance à un groupe.  Le choc de ces 2 incultures a généré une réaction en chaine et crée un monstre : DAESH.  

    Particulièrement riche et détaillé, ce livre est nécessaire pour comprendre l’actualité,  et devrait être lu par tous ceux qui veulent vraiment comprendre. Je lui trouve toutefois 2 défauts : il est très (trop) « américano centré » (ne faisant quasiment jamais référence aux nations européennes ni à la Turquie) et il manque peut-être d’un peu plus de recul historique pour mieux appréhender le sujet dans sa globalité.

    Je vous le recommande donc chaudement, mais vous suggère de lire aussi « Le piège DAESH » de Pierre Jean Luizard, autre essai sur le sujet et qui le présente avec une vraie vision historique (sur une centaine d’année)  

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  • Voici venir les rêveurs de Imbolo Mbue (Éditions Belfond) ; 300 pages

    Voici venir un très beau roman !

    Lecture numérique !

    Merci à Netgalley et aux éditions Belfond de m’avoir offert l’opportunité de découvrir ce magnifique roman.

    Ici il est question de Jende et de Neni, 2 Camerounais venus à New York, portés par leur rêve d’Amérique. Jende est arrivé le premier, et après 3 années passées à économiser , il est enfin rejoint par sa femme et leur fils. Il tient par-dessus tout à sortir celui-ci d’un Cameroun qu’il estime sans avenir, pour lui offrir une nouvelle vie dans le pays où tout serait possible. Tous deux vont nous faire vivre leur tentative d’adaptation à une culture et un mode de vie qui leur est totalement étranger.

    Leur cheminement va notamment se nourrir de leurs rencontres, et surtout celle de la famille Edwards,   dont le père Clark est l’un des riches cadres dirigeants de Lehman Brothers. En les côtoyant,  Jende et Neni vont être amenés à découvrir peu à peu certaines des   lézardes et des fêlures de « l’american way of life » : Clarke est rongé par les doutes, Cindy sa femme (l’archétype de la « desperate housewife «) par l’ennui, Mighty leur fils cadet par le manque d’affection, le fils ainé par l’envie de fuir.  

    Tellement de thèmes se croisent et s’entrechoquent dans ce roman qu’il est impossible de parler de tous sans y passer des heures ni dévoiler certains aspects de l’histoire : choc de cultures, émancipation des femmes, éducation des enfants, business de  l’immigration et de la green card, …

    Tous ces sujets sont traités avec beaucoup d’intelligence, sans jamais apporter de réponse ni de solution toute faite, mais en cachant leur complexité derrière un récit maitrisé de bout en bout  et dans lequel ils s’intègrent parfaitement. Un récit  qui nous permet de suivre avec  énormément de plaisir le cheminement des 2 personnages centraux, leurs questionnements, leurs surprises, leurs incompréhensions, leur transformation aussi. Leurs relations de couple par exemple vont être fortement impactées, Jende et Neni n’évoluant pas de façon synchrone sur les mêmes sujets (la place et le rôle de la femme au sein de la famille et de la société par exemple).

    Les portraits brossés (des personnages, de l’Amérique, du Cameroun) le sont systématiquement en demi teinte, jamais manichéens.  Jamais l’auteure ne dit qui a raison et qui a tort dans les choix que chacun sera amené à faire. Elle nous apporte simplement sa vision de 2 mondes qui se percutent, de rêves et d’illusions qui affrontent une réalité moins belle que prévue mais peut-être aussi plus riche.

    L’écriture  est particulièrement agréable, les mots ciselés et précis pour mieux nous faire partager des moments difficiles, d’autres drôles,  mais toujours avec beaucoup de pudeur et de sensibilité.  J’ai particulièrement apprécié à la fois la richesse et la fluidité du style de Imbloo Mbue, dont c’est le premier livre.

    Ce roman,  qui la base ne rentre pas forcément dans ce que j’ai l’habitude de lire régulièrement,  m’a embarquée de la première à la dernière ligne, il m’a faite sourire, rire, imaginer (la cuisine camerounaise notamment !) , réfléchir, et je vous le recommande vivement ! Un vrai coup de cœur !

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