• Le Cercle de Dave Eggers(Éditions Gallimard), 528 pages

     

    Prison sociale ?

    lecture numérique !

     

    Avec ce roman, Dave Eggers nous fait pénétrer dans le Cercle, entreprise modèle dans laquelle tout le monde ou presque espère travailler, à la fois fournisseur d’accès internet, réseau social, créateur de logiciel,... Nous y suivons la progression de Mae, nouvelle recrue qui va s'investir dans ses missions jusqu'à y perdre son âme.

     

    Autant le dire, ce roman est effrayant. Effrayant car il est plus que réaliste,et le futur (proche) qu'il nous propose est tout à fait plausible. Un futur dans lequel petit à petit la sphère privée n'existe plus, dans lequel certains deviennent « transparents », c'est à dire que le moindre de leurs faits, de leurs gestes, de leurs paroles, doit être publique et affiché en direct, visible par qui le souhaite... et gare à ceux qui refusent cette transparence... un mot très bien trouvé d'ailleurs car finalement en devenant transparentes, les personnes disparaissent petit à petit derrière le personnage qu'elles se constituent face à tous. Et lorsqu'il n'y a plus de frontière entre vie privée et vie publique, que tout devient visible, plus aucun secret n'est possible, plus aucune discrétion n'est souhaitée, et tout devient marketing et représentation.

     

    Effrayant aussi car une entreprise parvient à connecter l'ensemble des informations dont chacun a besoin ( banque, sécurité, santé, loisirs, relations sociales, …) ; elle le fait petit à petit, en toute connaissance de cause et avec l'accord de tous ou presque, qui ne voient que des intérêts et aucun danger à ce que le Cercle dispose de toutes ces informations ; les rares qui s'insurgent et tentent de se protéger sont considérés comme des asociaux rétrogrades sans aucune reconnaissance envers une société qui ne veut que leur bien et envers des « watchers » qui ne veulent que les aimer et les aider en les suivant dans leur quotidien.

     

    Alors certes le personnage de Mae peut sembler infantile par moment, peu fouillé, comme la plupart des autres personnages d'ailleurs qui pour beaucoup manquent de finesse (excepté Annie peut-être). Certes aussi le style d'écriture est simple, très simple, avec parfois des redites et un manque de recherche dans le vocabulaire, Mais tout ceci nous permet d'entrer très vite dans le récit, d'en suivre facilement l'évolution, et de nous focaliser sur l'histoire et ce qu'elle dépeint : une évolution terrifiante qui commence un peu comme un The Truman Show pour basculer lentement vers un 1984 new age. Et c'est probablement la maîtrise de cette évolution qui est la plus belle réussite de l'auteur dans ce roman !

     

     

    Un roman que je vous recommande donc vivement car il apporte une vraie réflexion sur nos utilisations des réseaux sociaux, les risques de l'hyperconnexion, et les liens réels, profonds et indissociables entre vie privée et démocratie.

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  • Newland  de Stephanie Janicot (Editions Albin Michel) ; 304 pages

    Convenu, prévisible, immature

    Ce roman se déroule dans un futur assez  récent, dans lequel chacun, à l’âge de 14 ans, est orienté par SOL, le dirigeant de Newland, vers l’une des 3 «castes » qui co existent : les Blancs (les intellectuels et dirigeants, seuls habilités à se reproduire), les Bleus (chargés de l’éducation des enfants) et les Noirs ( qui assurent les différents métiers manuels  et techniques).

    Newland est en fait un le descendant de l’Union Européenne, dont les habitants ont renoncé à quasiment toutes leurs liberté pour  assurer  leur sécurité ; la population  est limitée et régulée,  la plupart des habitants stérilisés ;  les couples et familles sont formés par SOL ;  sortir  et entrer dans Newland est impossible.  Marian vit dans cet environnement, quelle va petit à petit remettre en question. Voilà en gros le contexte du récit 

    Et autant le dire, j’ai été déçue par cette lecture  L’idée de départ est intéressante mais très vite on tombe dans une simplicité qui personnellement m’a vite lassée : l’univers, d’abord, m’a semblé tellement proche de celui de Divergente que cela a totalement pollué ma lecture  ; les  rebondissements ensuite m’ont paru tellement attendus que j’ai trouvé le déroulé global de l’intrigue cousu de fil blanc et sans aucune surprise ; j’ai trouvé  les  personnages  bien trop lisses, il a été impossible pour moi  de m’ attacher  à eux plus de quelques pages, et les relations entre eux sont vite devenues sans intérêt (l’histoire d’amour notamment est guimauve au possible et m’a rapidement agacée) .

     Tout est en fait m’a paru stéréotypé dans ce livre, et tellement prévisible que je n’ai  finalement eu qu’une seule envie, le terminer au plus vite pour passer à autre chose. [spoiler] Quant à cette histoire de voyage dans le temps qui intervient aux 2/3 du livre, elle est à la fois inutile, inefficace et plus négative qu’autre chose pour la cohérence du récit (j’avoue avoir souri, voire ri à la lecture de certains passages, tant Marian y fait preuve de naïveté, voire de niaiserie).[spoiler]

    Même le débat sur le bon équilibre entre préservation des libertés de chacun et besoin d’assurer la sécurité pour tous parait creux et plat alors qu’il méritait d’être au cœur du récit et bien mieux valorisé.

    Bref, j’ai eu le sentiment de lire un livre pour adolescent, avec une approche simpliste et plutôt fade de ce qu’est le totalitarisme…. je ne vous le recommande donc pas si vous recherchez des lectures plus matures! Mais bien sûr ce n’est que mon humble avis

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  • L’homme qui en savait trop  de Laurent Alexandre et David Angevin (Editions Robert Laffont) ; 336 pages

    Un mélange des genres qui m’a laissée sur ma faim…

    Ce roman se déroule dans un futur proche,  dans lequel un grand chef d’entreprise à réussi en toute discrétion à faire naitre une Intelligence Artificielle. Cette IA est obnubilée par l’histoire d’Allan Turing qu’elle considère comme son père et elle lance une enquête à son sujet.

    Un résumé alléchant, non ? Certes, mais encore eut-il fallu que le récit tienne ses promesses, ce qui est loin d’être le cas ! Je m’attendais à un livre mêlant histoire et science, à la place j’ai eu l’impression de lire une espèce de « fourre-tout », utilisant le retour en grâce de Alan Turing (merci au très beau film « imitation game » !) pour monter de toute pièce un mélange insipide d’espionnage, d’Histoire, d’enquête policière et de science fiction.

    Chacun des éléments pris tour à tour manque franchement de finesse. On nous ressort notamment  mille poncifs autour de Hoover (mais sans poser les vraies questions liées à ses obsessions anti communistes et homophobes alors qu’il était lui-même homosexuel), de l’intelligence artificielle (sans nous inviter à une vraie réflexion sur le fond du sujet), de l’humanité « améliorée » (en présentant le « anti » comme des imbéciles qui ont déjà perdu la guerre sans le savoir).

     Résultat, le récit est profondément indigeste, et rien ne crée de lien réel entre le passé évoqué lors de l’enquête et le présent tel qu’il est imaginé, avec cette IA qui agit comme une enfant gâtée et pénible à laquelle son créateur passe tous les caprices. Un créateur lui-même totalement accro à la réalité virtuelle sensée le renvoyer à l’époque de Turing ! Mais comment croire une seule seconde que l’entrepreneur (sous entendu comme étant le plus puissant du monde) puisse passer autant de temps à « faire mumuse » dans un passé reconstitué ?

     Le style d’écriture est lui aussi plutôt décevant, trop lent pour être qualifié de « page turner », trop familier pour être agréable à lire (oui, nous avons compris, être homosexuel dans les 40’s/50’s  en Angleterre était très compliqué, mais était-il utile d’en rajouter sans cesse dans le vocabulaire ?).

    Alan Turing aurait mérité bien mieux que ce roman ultra décevant : une vraie enquête policière digne de ce nom autour de son « vrai faux » ( ?) suicide ; une vraie belle reconstitution de ce qu’il a apporté  (décryptage du code Enigma,  pensées sur la création de « computeurs artificiels », …) ; surtout une vraie réflexion sur ce que le mot « intelligence » signifie, à l’heure du débat autour de l’intelligence artificielle.

    Vous l’avez compris, je ne vous le recommande pas ! Mais ce n’est que mon avis bien sûr !

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  •  Revival   de Stephen King (Éditions Albin Michel) ; 448 pages

    Pas de coup de foudre en vue …

    Après Docteur Sleep, je m’étais dit que le grand Stephen King semblait enfin de retour, peut-être pas l’exceptionnel de Ca ou Shinning, mais du très bon tout de même.

    Avec Revival je ne vous cacherai pas que j’ai été particulièrement déçue.

    Par le rythme du roman: l’histoire est lente à démarrer et à s’installer vraiment, et le récit souffre de redites et de longueurs, n’arrivant jamais à sortir d’une certaine torpeur. J’ai d’ailleurs failli arrêter là ma lecture à plusieurs reprises (une première pour un King me concernant !).

    Par le personnage central, Jamie, qui ressemble bien trop à Danny (autre personnage de S King, pour ceux qui ne connaissent pas)  sans en avoir l’intérêt, et qui manque sérieusement d’énergie (sans vouloir jouer avec les mots…) et de profondeur. « Pauvre petit drogué » (ou ex drogué), ai-je passé mon temps à penser tandis qu’il s’épanchait durant des pages sur sa vie et ses addictions…

    Par l’histoire elle-même, sans surprise (dès le début les divers digressions dévoilent tout ou presque), sans relief non plus. Où est  le sens du suspense, de la tension, de la (mauvaise) surprise, de l’angoisse, que King maitrisait si bien ?  Là jamais on ne tremble vraiment, jamais on ne craint quoi que ce soit pour les personnages, et jamais on n’est surpris par un rebondissement ou un autre, tout étant bien trop prévisible et annoncé !

    Pourtant certaines pistes à peine effleurées auraient mérité d’être développées : la religiosité que certains mettent partout, les phénomènes de foule liés au fanatisme, la manipulation mentale par de pseudo gourous, les relations entre science et croyance, entre religion et médias aussi…. Et bien d’autres encore, évoquées mais jamais vraiment utilisées ni mises en avant.

    Trop de lenteurs, de longueurs, d’à peu près, de thèmes survolés à mon gout, et qui font que je ne vous recommande pas ce roman ! Mais il ne s’agit que de mon avis bien sûr !

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  • Silo   de Hugh Howey (Éditions Actes Sud) ; 560 pages

    Un grand coup de cœur !

    Enfin ! Mes précédents lectures avaient été pour partie décevantes, pour partie sympas mais sans plus, pour partie de belles (voire de très belles) découvertes mais sans vrai gros coup de cœur.

     

    Et le voilà MON coup de cœur,  pour ce roman dont j’avais entendu parler dans plusieurs blogs et communautés de lecteurs.

     

     Un coup de cœur car il regroupe tout ce que j’aime : le genre, le thème, l’histoire, les personnages, l’ambiance.

     

    Le Genre ? La science fiction, bien sûr ! Avec un récit qui se situe dans un futur non daté, post apocalyptique. Une dystopie donc (encore ? pourraient dire certains) !  Oui, mais une dystopie riche, adulte, mature, créative même si pas forcément hyper innovante.

     

    L’histoire ?  Celle d’une communauté restreinte, réfugiée dans un immense silo  qui lui sert d’abri, et la protège d’un extérieur devenu mortel. Une communauté dont le fonctionnement repose sur un pacte, qui définit les droits et les devoirs de chacun, et sur une structure sociale « démocratique » mais très hiérarchisée : en haut du silo les dirigeants, et au plus bas du silo les mécanos, avec bien sûr des niveaux intermédiaires. La communauté est dirigée par un maire, élu par la population, et un shérif nommé par le maire, tous deux étant notamment chargés de faire respecter ce pacte. La sanction suprême en cas de désobéissance : devoir effectuer un « nettoyage », c’est-à-dire sortir du silo et aller dépoussiérer les caméras et les rares « fenêtres » offrant un peu de visibilité sur l’extérieur.  Une sortie sans retour bien sûr … Le récit commence avec la mort du sheriff et le choix nécessaire d’un remplaçant,  choix que le maire va porter sur une personne totalement inattendue … Un récit prenant de la première à la dernière ligne, et qu’il est impossible d’abandonner tant que l’on n’est pas arrivé à son terme !

     

    Le thème ? La survie, et tout ce que l’on peut être amené à faire pour y parvenir. Celle de la communauté tout d’abord, avec une description des différents moyens et méthodes utilisés pour produire de l’électricité, essentielle au bon fonctionnement du silo. Pour produire de la nourriture bien sûr, et notamment des fruits et légumes dans un lieu sans vraie lumière naturelle.  Pour limiter l’accroissement de la population aussi car le silo est un lieu fermé et quasiment non extensible. La survie des personnages principaux ensuite, et notamment celle de Juliette confrontée à plus d’une situation difficile et qui met tout en œuvre pour trouver des solutions, avancer jour après jour.

     

    Les personnages ? Tous complexes, avec de fortes personnalités et des convictions qui les portent. Juliette, le personnage principal,  jeune femme volontaire, pragmatique, imaginative, qui met son intelligence au service de la communauté et n’hésite pas  à remettre régulièrement en cause façons de faire, de penser, et bien sûr certains des préceptes du pacte. Bernard, celui qui défend le pacte,  le statu quo, le formalisme, dont on finit petit à petit par mieux comprendre le comportement et les actes, car lui aussi est persuadé d’œuvrer pour la protection de la population. Lukas, celui qui hésite en permanence entre conformisme et rupture, et donc entre Bernard et Juliette. Bien d’autres, plus secondaires mais néanmoins attachants et importants, comme par exemple Walter, le « géo trouve tout » du silo, toujours à recycler, bricoler, réparer.

     

    L’ambiance ? Celle d’un enfermement permanent. Enfermement dans le silo ; enfermement dans certaines pièces ; enfermement dans un « scaphandre »  obligatoire mais qui ne protège que temporairement de l’extérieur. Cet enfermement est décrit à la perfection par l’auteur et j’ai plusieurs fois eu la sensation d’être moi-même à l’intérieur du silo, et surtout à l’intérieur  de ce scaphandre, à devoir avancer en gérant l’urgence de la situation et en supportant cet attirail quasiment impossible à retirer seul. C’est une profonde impression d’étouffement, à la limite de la claustrophobie parfois, que Hugh Howey réussit à faire vivre. Sa maitrise du rythme du récit permet aussi d’embarquer le lecteur : lent quand on suit montées ou descentes dans les escaliers, pour que cela paraisse sans fin et traduise la fatigue des personnages ; rapide et saccadé quand la violence se déchaine brutalement, en surprenant tout le monde.

     

    Je m’arrête là, vous l’avez compris : je vous recommande chaudement ce roman et je vais ajouter dans ma liste des « à lire » les tomes 2 et 3, que j’espère pouvoir récupérer rapidement.

     

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