• L’homme qui en savait trop  de Laurent Alexandre et David Angevin (Editions Robert Laffont) ; 336 pages

    Un mélange des genres qui m’a laissée sur ma faim…

    Ce roman se déroule dans un futur proche,  dans lequel un grand chef d’entreprise à réussi en toute discrétion à faire naitre une Intelligence Artificielle. Cette IA est obnubilée par l’histoire d’Allan Turing qu’elle considère comme son père et elle lance une enquête à son sujet.

    Un résumé alléchant, non ? Certes, mais encore eut-il fallu que le récit tienne ses promesses, ce qui est loin d’être le cas ! Je m’attendais à un livre mêlant histoire et science, à la place j’ai eu l’impression de lire une espèce de « fourre-tout », utilisant le retour en grâce de Alan Turing (merci au très beau film « imitation game » !) pour monter de toute pièce un mélange insipide d’espionnage, d’Histoire, d’enquête policière et de science fiction.

    Chacun des éléments pris tour à tour manque franchement de finesse. On nous ressort notamment  mille poncifs autour de Hoover (mais sans poser les vraies questions liées à ses obsessions anti communistes et homophobes alors qu’il était lui-même homosexuel), de l’intelligence artificielle (sans nous inviter à une vraie réflexion sur le fond du sujet), de l’humanité « améliorée » (en présentant le « anti » comme des imbéciles qui ont déjà perdu la guerre sans le savoir).

     Résultat, le récit est profondément indigeste, et rien ne crée de lien réel entre le passé évoqué lors de l’enquête et le présent tel qu’il est imaginé, avec cette IA qui agit comme une enfant gâtée et pénible à laquelle son créateur passe tous les caprices. Un créateur lui-même totalement accro à la réalité virtuelle sensée le renvoyer à l’époque de Turing ! Mais comment croire une seule seconde que l’entrepreneur (sous entendu comme étant le plus puissant du monde) puisse passer autant de temps à « faire mumuse » dans un passé reconstitué ?

     Le style d’écriture est lui aussi plutôt décevant, trop lent pour être qualifié de « page turner », trop familier pour être agréable à lire (oui, nous avons compris, être homosexuel dans les 40’s/50’s  en Angleterre était très compliqué, mais était-il utile d’en rajouter sans cesse dans le vocabulaire ?).

    Alan Turing aurait mérité bien mieux que ce roman ultra décevant : une vraie enquête policière digne de ce nom autour de son « vrai faux » ( ?) suicide ; une vraie belle reconstitution de ce qu’il a apporté  (décryptage du code Enigma,  pensées sur la création de « computeurs artificiels », …) ; surtout une vraie réflexion sur ce que le mot « intelligence » signifie, à l’heure du débat autour de l’intelligence artificielle.

    Vous l’avez compris, je ne vous le recommande pas ! Mais ce n’est que mon avis bien sûr !

    Pin It

    votre commentaire
  •  Revival   de Stephen King (Éditions Albin Michel) ; 448 pages

    Pas de coup de foudre en vue …

    Après Docteur Sleep, je m’étais dit que le grand Stephen King semblait enfin de retour, peut-être pas l’exceptionnel de Ca ou Shinning, mais du très bon tout de même.

    Avec Revival je ne vous cacherai pas que j’ai été particulièrement déçue.

    Par le rythme du roman: l’histoire est lente à démarrer et à s’installer vraiment, et le récit souffre de redites et de longueurs, n’arrivant jamais à sortir d’une certaine torpeur. J’ai d’ailleurs failli arrêter là ma lecture à plusieurs reprises (une première pour un King me concernant !).

    Par le personnage central, Jamie, qui ressemble bien trop à Danny (autre personnage de S King, pour ceux qui ne connaissent pas)  sans en avoir l’intérêt, et qui manque sérieusement d’énergie (sans vouloir jouer avec les mots…) et de profondeur. « Pauvre petit drogué » (ou ex drogué), ai-je passé mon temps à penser tandis qu’il s’épanchait durant des pages sur sa vie et ses addictions…

    Par l’histoire elle-même, sans surprise (dès le début les divers digressions dévoilent tout ou presque), sans relief non plus. Où est  le sens du suspense, de la tension, de la (mauvaise) surprise, de l’angoisse, que King maitrisait si bien ?  Là jamais on ne tremble vraiment, jamais on ne craint quoi que ce soit pour les personnages, et jamais on n’est surpris par un rebondissement ou un autre, tout étant bien trop prévisible et annoncé !

    Pourtant certaines pistes à peine effleurées auraient mérité d’être développées : la religiosité que certains mettent partout, les phénomènes de foule liés au fanatisme, la manipulation mentale par de pseudo gourous, les relations entre science et croyance, entre religion et médias aussi…. Et bien d’autres encore, évoquées mais jamais vraiment utilisées ni mises en avant.

    Trop de lenteurs, de longueurs, d’à peu près, de thèmes survolés à mon gout, et qui font que je ne vous recommande pas ce roman ! Mais il ne s’agit que de mon avis bien sûr !

    Pin It

    votre commentaire
  • Silo   de Hugh Howey (Éditions Actes Sud) ; 560 pages

    Un grand coup de cœur !

    Enfin ! Mes précédents lectures avaient été pour partie décevantes, pour partie sympas mais sans plus, pour partie de belles (voire de très belles) découvertes mais sans vrai gros coup de cœur.

     

    Et le voilà MON coup de cœur,  pour ce roman dont j’avais entendu parler dans plusieurs blogs et communautés de lecteurs.

     

     Un coup de cœur car il regroupe tout ce que j’aime : le genre, le thème, l’histoire, les personnages, l’ambiance.

     

    Le Genre ? La science fiction, bien sûr ! Avec un récit qui se situe dans un futur non daté, post apocalyptique. Une dystopie donc (encore ? pourraient dire certains) !  Oui, mais une dystopie riche, adulte, mature, créative même si pas forcément hyper innovante.

     

    L’histoire ?  Celle d’une communauté restreinte, réfugiée dans un immense silo  qui lui sert d’abri, et la protège d’un extérieur devenu mortel. Une communauté dont le fonctionnement repose sur un pacte, qui définit les droits et les devoirs de chacun, et sur une structure sociale « démocratique » mais très hiérarchisée : en haut du silo les dirigeants, et au plus bas du silo les mécanos, avec bien sûr des niveaux intermédiaires. La communauté est dirigée par un maire, élu par la population, et un shérif nommé par le maire, tous deux étant notamment chargés de faire respecter ce pacte. La sanction suprême en cas de désobéissance : devoir effectuer un « nettoyage », c’est-à-dire sortir du silo et aller dépoussiérer les caméras et les rares « fenêtres » offrant un peu de visibilité sur l’extérieur.  Une sortie sans retour bien sûr … Le récit commence avec la mort du sheriff et le choix nécessaire d’un remplaçant,  choix que le maire va porter sur une personne totalement inattendue … Un récit prenant de la première à la dernière ligne, et qu’il est impossible d’abandonner tant que l’on n’est pas arrivé à son terme !

     

    Le thème ? La survie, et tout ce que l’on peut être amené à faire pour y parvenir. Celle de la communauté tout d’abord, avec une description des différents moyens et méthodes utilisés pour produire de l’électricité, essentielle au bon fonctionnement du silo. Pour produire de la nourriture bien sûr, et notamment des fruits et légumes dans un lieu sans vraie lumière naturelle.  Pour limiter l’accroissement de la population aussi car le silo est un lieu fermé et quasiment non extensible. La survie des personnages principaux ensuite, et notamment celle de Juliette confrontée à plus d’une situation difficile et qui met tout en œuvre pour trouver des solutions, avancer jour après jour.

     

    Les personnages ? Tous complexes, avec de fortes personnalités et des convictions qui les portent. Juliette, le personnage principal,  jeune femme volontaire, pragmatique, imaginative, qui met son intelligence au service de la communauté et n’hésite pas  à remettre régulièrement en cause façons de faire, de penser, et bien sûr certains des préceptes du pacte. Bernard, celui qui défend le pacte,  le statu quo, le formalisme, dont on finit petit à petit par mieux comprendre le comportement et les actes, car lui aussi est persuadé d’œuvrer pour la protection de la population. Lukas, celui qui hésite en permanence entre conformisme et rupture, et donc entre Bernard et Juliette. Bien d’autres, plus secondaires mais néanmoins attachants et importants, comme par exemple Walter, le « géo trouve tout » du silo, toujours à recycler, bricoler, réparer.

     

    L’ambiance ? Celle d’un enfermement permanent. Enfermement dans le silo ; enfermement dans certaines pièces ; enfermement dans un « scaphandre »  obligatoire mais qui ne protège que temporairement de l’extérieur. Cet enfermement est décrit à la perfection par l’auteur et j’ai plusieurs fois eu la sensation d’être moi-même à l’intérieur du silo, et surtout à l’intérieur  de ce scaphandre, à devoir avancer en gérant l’urgence de la situation et en supportant cet attirail quasiment impossible à retirer seul. C’est une profonde impression d’étouffement, à la limite de la claustrophobie parfois, que Hugh Howey réussit à faire vivre. Sa maitrise du rythme du récit permet aussi d’embarquer le lecteur : lent quand on suit montées ou descentes dans les escaliers, pour que cela paraisse sans fin et traduise la fatigue des personnages ; rapide et saccadé quand la violence se déchaine brutalement, en surprenant tout le monde.

     

    Je m’arrête là, vous l’avez compris : je vous recommande chaudement ce roman et je vais ajouter dans ma liste des « à lire » les tomes 2 et 3, que j’espère pouvoir récupérer rapidement.

     

    Pin It

    votre commentaire
  • Le nexus du Docteur Erdmann  de Nancy Kress (Editions le Belial’) ; 160 pages

    160 courtes mais belles pages …

    Tout d’abord je tiens à remercier babelio  et les éditions le Belial'  qui m’ont permis de découvrir ce roman court et plus généralement la collection « une heure lumière ».

    Ici il est question de personnes âgées, vivant dans une maison de retraite aux Etats-Unis, dont le fameux docteur Erdman, physicien de renom, qui, malgré ses 90 ans, continue à assurer ses cours à l’université.  Un docteur qui se rend compte que  non seulement il n’est pas le seul  pensionnaire à connaitre des malaises plus ou moins douloureux depuis quelques jours, mais que plusieurs autres pensionnaires vivent les mêmes malaises au même moment… Situation qui attise sa curiosité et le pousse à essayer de comprendre…

    Il y a un peu de Cocoon (vous vous rappelez ce film des années 80 ?)  dans ce roman. On y suit avec un certain plaisir une bande de vieillards plutôt vifs d’esprit, leurs relations, leurs petits et gros défauts (curiosité, orgueil, égocentrisme, …), leur appétit de vivre .On y lit aussi leurs peurs et leurs craintes : déclin physique, perte d’autonomie, sentiment d’abandon par des enfants parfois peu présents. Des sentiments très humains donc, que l’auteur sait décrire (ou suggérer) avec des mots justes et un style très agréable à lire. Je me suis surprise à sourire par moment et à commencer à associer des acteurs à certains, en imaginant leurs échanges, leurs mimiques. Chez moi cela démontre que les descriptions sont réussies et que  livre a réussi à m’embarquer !  Par comparaison les autres personnages (personnel soignant, policiers,…) paraissent bien mous, bien fades, et disons le pas forcément très futés, même s’ils sont plein de bonne volonté.  Comme si Nancy Kress avait voulu inverser les rôles et nous faire passer un message : l’ouverture d’esprit, la volonté d’aller de l’avant et l’énergie ne sont pas l’apanage de la jeunesse, arrêtons donc de réduire nos ainés à leur âge, de les considérer comme inutiles et de les infantiliser.

    Le côté science fiction est lui plus mince, et aurait à mon gout, nécessité d’être accentué et développé. Certes nous sommes dans un roman fantastique, comme nous le rappelle la présence en  filigrane de cet étrange vaisseau. Le peu de détails laisse lui  la part belle à l’imagination du lecteur, ce qui est une autre force du roman. Mais il me manque  tout de même des explications complémentaires pour mieux comprendre là où l’auteur voulait nous amener, et pour totalement en apprécier les tenants et aboutissants. En refermant le livre j’ai finalement ressenti un certain gout de « pas assez » ou d’inachevé. Un sentiment certainement dû au petit nombre de pages, qui me pose souvent difficulté. A croire que je ne suis définitivement pas adepte du format « roman court » !

    A noter aussi un aspect que je ne cite quasiment jamais : la qualité graphique de la couverture, que je trouve extrêmement belle. C’est une chose à laquelle je suis assez peu sensible (j’ai appris à me méfier des couv’ trop alléchantes !) mais là je ne peux que saluer la recherche esthétique, bravo donc à la maison d’édition et à l’illustrateur qui font de ce livre un bel objet !

     

    PS: avant de découvrir ce livre, je ne savais pas précisément ce que voulait dire le mot « nexus », je suis donc allée fouiller sur le net, et je vous donne la définition que j'ai trouvée : « une connexion, généralement là où de multiples éléments se rencontrent » (c’était notre instant « développons notre culture générale").

    Pin It

    votre commentaire
  • Celle qui a tous les dons  de MR Carey (éditions L’Atalante) ; 448 pages

    Guide de survie en milieu post apocalyptique …

    Ce roman nous conte l’histoire de Mélanie, petite fille anglaise d’une dizaine d’année, enfermée avec quelques autres enfants  dans un centre militaire dédié à la recherche. Mélanie est intelligente, curieuse, attentive,  elle aime certains de ses professeurs et d’autres pas du tout. Comme tous les enfants … si ce n’est que Mélanie n’est pas tout à fait une enfant comme les autres …

     Il est particulièrement efficace, fluide, cadencé, un vrai « page turner » auquel il ne faudrait pas modifier grand-chose pour en faire un très bon scenario. On est rapidement happé par le livre, qu’il est impossible de quitter avant la dernière page, d’autant plus que le style d’écriture est agréable et précis.  La description des villes notamment est frappante, leur lente destruction, leur abandon, leur silence et leur vide apparent, dont on sent qu’ils cachent d’immenses dangers. Celle des odeurs aussi -de détergents, de mort, de pourriture, …-  sur lesquelles l’auteur insiste, des odeurs prégnantes, omniprésentes,  qui agressent car jamais subtiles,  et qui traduisent mieux que tout le reste encore  la désintégration progressive de ce monde qui devient petit à petit inhumain. L’auteur est d’ailleurs  très à l’aise avec ces descriptions post catastrophe, il semble réellement dans son élément (comme peut l’être un auteur de polar avec ses personnages de tueurs).

    Le récit, lui, est prenant et cohérent de la première à la dernière page,  sans aucun temps mort ni moment durant lequel il serait possible de respirer un minimum ; la tension est toujours là, comme dans les meilleurs épisodes de The Walking dead . Mais il n’est pas uniquement question de survie, on y parle aussi recherche, volonté de comprendre le pourquoi de tout cela, et solutions : comment vaincre cette catastrophe, soigner les humains, les protéger définitivement. Sont aussi évoqués les rapports à l’autre, que cet autre soit humain ou pas, et à la vie.

    Le seul défaut du roman (à mon gout)  concernent les personnages , qui s’ils sont intéressants, n’en demeurent pas moins profondément stéréotypés : le militaire à la « GI Joe » mais dans le fond tout de même avec un cœur ; la professeur pleine de bons sentiments mais qui fera tout pour sauver sa protégée ; la scientifique froide qui ne pense que dissection, recherche, « bien du plus grand nombre » aux dépens de l’éthique s’il le faut  ; le « bleu », jeune soldat, courageux mais franchement pas très futé; la petite fille, un génie capable à la fois de tuer et d’aimer, et qui à 10 ans comprend parfaitement ce que lui explique en quelques mots une chercheuse renommée.  Certes, cela permet de se concentrer sur l’histoire, mais un peu plus de subtilité n’aurait pas nui, je pense, au rythme global.

    La fin quant à elle, peut laisser songeur quant aux  notions même de survie, d’évolution et d’Humanité : est-on encore un humain quand on accepte tout pour survivre ?

    Pin It

    votre commentaire


    Suivre le flux RSS des articles de cette rubrique
    Suivre le flux RSS des commentaires de cette rubrique