• Comme un manque d'émotion

    Chanson douce  de Leila Slimani   (Éditions Gallimard) ; 240 pages

    Comme un manque d'émotion

    Leila Slimani nous raconte dans ce roman l’horrible histoire d’un double meurtre d’enfants, dont on connait la responsable dès les premières pages. Le but du récit n’est donc pas de découvrir qui a tué, mais ce qui a mené au meurtre. Elle va donc nous faire entrer dans la tête et la vie des protagonistes: les parents, la nounou, mais aussi les personnes tierces, par petites touches qui viennent interrompre le fil par leurs témoignages.

    J’ai beaucoup apprécié l’écriture et le style, précis, fluides, qui rendent la lecture très agréable. Les personnages sont eux aussi bien décrits et expressifs, on a aucun mal à les imaginer, voire à se les représenter physiquement, circulant dans cet appartement, échangeant entre eux, jouant avec les enfants. Et pourtant, malgré tout cela, il m’a manqué quelque chose, sans que je sache clairement définir quoi.

    Peut-être ai-je trouvé ces mêmes personnages un brin stéréotypés : le père avec ses contradictions entre son côté « gauche bohème », sa vision du salarié modèle et du couple modèle dont la femme doit quand même un peu rester à sa place ; la mère qui du jour au lendemain repasse de mère au foyer qui se laisse aller (cheveux sales et vêtements informes, hum !) à working girl qui aligne les heures et les dossiers comme tout bon avocat qui se respecte, mais qui en même temps s’en veut de si peu voir ses enfants (ah l’éternel dilemme des mamans …) ; la nounou silencieuse, modeste, invisible et parfaite, véritable Mary Poppins moderne, mais dont la magie va se révéler bien noire.

    Peut-être n’ai-je pas compris ce qui a été finalement l’acte déclencheur, qu’il n’y a pas à mon sens pas eu de vraie progression dans la psyché de Louise, en tout cas pas quelque chose de suffisamment expliqué. La tension se crée, selon moi,  parce que dès le début on connait la fin de l’histoire, et que voyant que l’on approche des dernières pages, on sait que le pire va se produire. Ce n’est pas le récit en lui-même qui génère cette tension, c’est le choix de structure que l’auteure nous propose, un choix affirmé et intéressant, mais qu’elle aurait pu accentuer plus encore en nous proposant une vraie évolution de Louise vers l’horreur.

    Surtout, je ne me suis pas sentie embarquée, j’ai lu cette histoire de façon très détachée, sans être émue, touchée, dérangée. Et ça je suis dans l’impossibilité de dire précisément pourquoi, mais c’est un constat que je fais : malgré ses qualités, je n’ai rien ressenti de particulier avec cette Chanson douce, et je ne vous la recommanderai donc pas ! Mais bien sûr ce n’est que mon humble avis !

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  • Commentaires

    1
    Vendredi 3 Mars à 11:57

    J'ai lu et beaucoup aimé Chanson douce même si je reconnais comme toi certains défauts à ce livre.

    Dans le même genre mais avec une réussite bien plus exemplaire, je te conseille "Je me suis tue" de Mathieu Menegeaux. Là encore il est question d'une femme confrontée à l'indicible mais le récit est bien plus implacable et glaçant.

    bonne lecture :-)

      • Vendredi 3 Mars à 15:42

        Bonjour

        merci pour ton conseil !

        j'ai déjà vu passer des infos et recommandations sur le livre dont tu parles ...je note ceci précieusement dans mon "ptit carnet à lire" ...

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