• L’émir, de Saïdeh Pakravan (éditions Belfond), 496 pages

    Bien plus qu'une romance !

     

    Ma note perso : 4/5yes

    Ambiance : eek

    Pour : ceux qui sont intéressés par l’histoire récente, par les réflexions sur les religions

     

    Lecture numérique !

    Tout d’abord je tiens à remercier vivement les éditions Belfond et le site Netgalley, qui m’ont offert l’opportunité de découvrir ce très beau roman.

    Ici il est question de la rencontre entre Virginie Page, écrivaine de récit de voyage, et Khaled Hourani, l’émir d’Osmanie, petit Etat arabe aux voisins encombrants : Arabie Saoudite, Koweït, Irak, Iran. D’autant plus encombrants que nous sommes en 1990, à la veille de l’invasion du Koweït par l’Irak. C’est dans ce contexte que va naitre l’histoire d’amour entre ces 2 personnes que tout semble éloigner.

    Quoi ? Une histoire d’amour ? Si vous suivez mes lectures, vous devez vous douter que ce n’est pas tout à fait mon style de lecture ! Et que mon avis risque d’être un peu saignant ….Et effectivement la partie « romantique » du roman m’a semblée un peu too much : ils sont beaux, ils sont riches, ils sont intelligents, tout les sépare mais cela va être le coup de foudre, etc…

    Mais très vite j’ai réussi à laisser cet aspect de côté, car ce livre propose tout autre chose qu’un remake version Cartland de Lawrence d’Arabie ! Il est avant tout et surtout le récit d’une vraie réflexion à 2 voix (occidentale et arabe) sur la religion, sa place dans nos sociétés et dans nos vies ; sur les relations avec les pays musulmans aussi (je ne dis pas arabe car l’Iran n’est pas un pays arabe !).

    C’est en fait un vrai plaidoyer intelligent et argumenté pour la tolérance, le droit de chacun de vivre la religion et sa culture religieuse comme il l’entend à partir du moment où le religieux respecte l’athée autant que l’athée (ou l’agnostique) respecte le religieux. Il met en avant l’hypocrisie, voire la couardise, qui ont prévalu pendant des années et ont laissé monter une lame de fond rétrograde et violente, tant au sein de l’Islam que chez les Chrétiens. L’incohérence des convertis musulmans ultra rigoristes en Europe est par exemple mise en avant, de même que la crainte liée à l’amalgame entre religion et politique dans les plus hauts niveaux de l’administration américaine de l’époque Bush.

    L’auteure ne se contente pas de dénoncer ; elle argumente, étaye, développe ces sujets. La différence entre être musulman et être de culture musulmane ; les limites à ne pas laisser franchir par ceux qui croient (quel que soit le nom de leur dieu) ; les relations entre les femmes et les hommes et leur évolution comparée dans les pays occidentaux et les pays musulmans ; le rapport entre le pouvoir et la religion …. Des sujets délicats et abordés, je le redis, avec beaucoup d’intelligence, et un vrai parti pris ni tiède ni virulent, mais totalement assumé.

    Ce roman, qui balaie presque 15 ans d’une histoire récente qui ont profondément bouleversé nos modes de vie, est une belle découverte, riche, complexe, qui pousse à la réflexion. Je vous le recommande donc vivement !  

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  • Le reste de leur vie, de Jean Paul Didierlaurent (éditions Folio poche), 256 pages

    tout doux, sucré, et tendre...

     Ma note perso : 3,5/5 smile

    Ambiance : sarcastic

    Pour : ceux qui cherchent un livre feel good

     

    Après Le liseur du 6H27, un de mes énormes coups de cœur, que je conseille à tout le monde ou presque, voici donc un autre roman de Jean Paul Didierlaurent, qui fait se rencontrer Manelle et Ambroise.

    Manelle est aide à domicile pour personnes âgées, et Ambroise thanatopracteur. Tous deux mènent une vie simple, au service des autres (vivants ou morts). Un choix peu compris –voire mal accepté – par leurs familles, mais qu’eux assument avec bonheur et une certaine forme de sérénité. Samuel, un vieillard mort et vivant (lisez et vous comprendrez !)  va être le lien entre eux, celui grâce auquel ils vont se rencontrer.

    Avec cette histoire, on retrouve la pâte de l’auteur. Une façon toute particulière de raconter des personnages qui eux n’ont rien de très particulier, si ce n’est qu’ils vivent dans des milieux étonnants, voire dérangeants et mésestimés.

    Parler de la mort est en effet assez commun, des pratiques de thanatopraxie plus étrange et déroutant. L’auteur le fait, avec un mélange étonnant de  douceur et de précision ; jamais  il n’édulcore les gestes mais il en parle tranquillement, avec autant de respect que celui avec lequel Ambroise traite le corps de ses clients.

    Ecrire sur  les personnes âgées, leur sort, leur comportement est tout aussi commun. Mais là, c’est conté avec humour, Jean Paul Didierlaurent nous présentant une brochette de papis et mamies plus drôles et touchants les uns que les autres (à l’exception d’un seul, aigri et mesquin, qui tente de piéger Manelle depuis des mois, sur le mode du « je l’aurai un jour, je l’aurai »).

    De manière plus générale, parler de fin de vie sans faire polémique, présenter le sujet sans faire larmoyer ni tomber dans le pathos n’est pas simple. Et l’auteur réussit à le faire à sa façon à lui, douce et tendre (certains pourraient dire mièvre, mais je ne suis pas d’accord), tout en délicatesse.

    Bien sûr la fin est téléphonée, l’histoire d’amour attendue et sans surprise. Mais tout est juste, bien trouvé, à la fois touchant et drôle.

    Alors ce roman n’est à mon gout pas au niveau de son génial Liseur... (au fait, vous ai-je dis que j’ADORE son Liseur… ?). Simplement il se laisse lire très facilement, vous fait passer un très bon moment et vous laisse un gout très agréable, comme ces bonbons parfaitement dosés (sucrés et moelleux juste comme il faut).

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  • Je me suis tue de Mathieu Ménégaux (Éditions Grasset) ; 192 pages

    Terrible silence ...

    Ma note perso : 4,5/5 yes

    Ambiance : frown

    Pour : tous lecteurs

     

    Ici il est question de Claire, qui nous écrit depuis sa cellule à la prison pour femme de Fresnes. Claire nous écrit pour nous expliquer l’enchainement des circonstances qui a mené à son incarcération et à son jugement.

     Elle nous l’écrit de façon analytique, précise, factuelle, comme la cadre supérieure qu’elle était devait probablement monter un dossier ou prendre une décision.

    Et cette manière distanciée de présenter les quelques mois qui ont précédé son récit est en totale opposition avec les sentiments qu’elle nous fait partager. Peur, dégout, déni, enfermement sur soi sont incroyablement bien décrits et écrits. Nous entrons totalement dans la tête de celle qui au départ de tout est victime d’un  acte terrible, et qui, au lieu de dire, de dénoncer, va décider de se taire et d’enfouir tout ça, de le garder pour elle. Pour préserver sa vie, pense-t-elle, et ne surtout pas devenir une victime aux yeux de son mari et de ses proches

    Cette volonté affirmée de ne pas voir son image modifiée (ternie ?) est-elle de la fierté mal placée ? Le souhait de ne pas voir sa vie changer malgré l’agression ? L’expression d’un caractère de fer qui veut avancer et se démontrer sa force, sa capacité de résistance ? Un peu de tout cela certainement, même si rien n’est vraiment clair là-dessus, et que l’on finit par se dire que quelque part cette femme est devenue folle, que quelque chose en elle s’est brisé sans possibilité de se réparer.

    Cette forme de folie, l’auteur nous la décrit parfaitement. Il réussit avec un brio incroyable à nous faire vivre et ressentir les sentiments de Claire, sa sensation d’enfermement dans une situation qu’elle a créé en choisissant de se taire jusqu’au bout. Là où Saison douce avait totalement échoué à m’embarquer (trop froid, trop éloigné de moi, trop caricatural dans sa description de certains personnages), ce roman m’a scotchée et je l’ai lu en quelques heures, car il était impossible pour moi de le lâcher avant la fin, avant les derniers mots. Je vous le recommande donc vivement !

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  • Éclipses japonaises de Eric Faye (Éditions du Seuil); 280 pages

    Bienvenue en Absurdie …

    Vous le savez certainement, je m’intéresse peu (voire pas du tout) à ce barnum qu’on appelle  « rentrées littéraires » (septembre et janvier), ne trouvant aucun intérêt au fait de lancer des livres comme on lance une collection de vêtements. Et je ne m’intéresse pas plus aux avis des critiques littéraires professionnels, aux goûts souvent éloignés des miens.

    Et pourtant c’est en entendant (sans vraiment écouter) un de ces critiques, qui justement évoquait de la rentrée littéraire 2016, que ma curiosité pour Éclipses japonaises s’est éveillée. Un roman qui parlait de la Corée du Nord, ça pouvait s’avérer intéressant !  J’ai donc patienté plusieurs mois avant d’en disposer enfin à ma médiathèque (rang 4 en réservation, c’est dire qu’il a effectivement fallu être patiente !). Autant vous dire que j’en attendais donc tout de même beaucoup ! Et je n’ai pas été déçue.

     Eric Faye part de faits réels (la disparition inexplicable de citoyens japonais durant les années 70/80, retrouvés bien des années plus tard…en Corée du Nord ; la disparition aussi d’au moins un soldat américain à la frontière entre les 2 Corée) pour bâtir les histoires croisées de plusieurs personnages, tous victimes du régime probablement le plus inique du monde.

    Car qu’il s’agisse de ces Japonais (jeunes, moins jeunes, éduqués ou pas, hommes et femmes)   enlevés dans leur pays ou de ces Nord-coréens endoctrinés dès l’enfance, tous sont finalement prisonniers de la folie paranoïaque d’une toute petite nomenklatura prête à tout pour faire perdurer sa mainmise sur une population et un Etat exsangues.

     En imaginant leurs vies, leurs destins croisés, l’auteur nous dresse le portrait d’un pays et d’un système qui broient tout le monde, adultes comme enfants, citoyens persuadés de la grandeur de leur dirigeant comme habitants qui ne cherchent qu’à survivre. Il nous démontre aussi la capacité qu’ont certains de survivre malgré tout (enlèvement, séparation, enfermement, faim, isolement, …) ;  ceux-là vont réussir à construire un semblant de vie de famille, un semblant de sécurité et de bonheur.

    L’écriture, elle, est fluide, particulièrement agréable à lire, et la manière distanciée choisie par l’auteur pour nous conter cette histoire rend d’autant plus irréaliste et pourtant tout à fait plausible (car tirée de faits réels) le destin de ses protagonistes. On passe par tous les sentiments au cours du récit : étonnement, surprise, incrédulité, incompréhension, espoir, dégout, colère, pitié, tristesse.  Par moment on se surprend même à sourire, par exemple quand on découvre ce soldat américain devenu acteur dans des films de propagande. Bienvenue en Absurdie…

    Vous l’avez compris j’ai particulièrement apprécié ce roman d’un auteur que je ne connaissais pas du tout, et je vous le recommande vivement, que vous vous intéressiez (comme moi) au sujet de la Corée du Nord, ou pas.

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  • Patients de Grand Corps Malade  (Éditions Don Quichotte) ; 168 pages

    Drôle, touchant, réaliste, nécessaire

    Avec Patients, nous entrons au sein d’un centre de rééducation pour handicapés et grands brûlés, dans lequel Fabien,  tétraplégique « incomplet », va nous faire vivre avec lui durant de longs mois.

    Nous allons y croiser de nombreux personnages, parfois de loin, parfois de plus près. Soignants,  malades, familles, se côtoient et vivent côte à côte, à la fois très proches et très éloignés les uns des autres. Très proches dans les gestes du quotidien, avec un promiscuité qui dérange et qui choque, car bien pire qu’en prison par moment. Très éloignés car les malades n’ont quasiment aucune relation physique : se serrer la main, s’épauler, s’entraider physiquement est impossible pour presque tous.

    Les amitiés réelles semblent rares, ou éphémères,  dans ses lieux ou les relations physiques et les rapprochements se limitent la plupart du temps à des actes techniques.  Les patients se croisent beaucoup, se connaissant finalement assez peu. Et puis comment créer du lien et du liant quand du contact réel il n’y en a pas, ou si peu ? Mais finalement, petit à petit,  Fabien va réussir à en tisser, des liens, car de totalement invalide, il va lentement mais surement progresser : bouger une infime partie de son corps, puis un peu plus, et un peu plus encore … et au même rythme il va nous faire découvrir ses compagnons, non pas de cellule (quoique parfois on pourrait se demander), mais de chambre, de couloir, de soin, de galère aussi. Il va nous raconter la hiérarchie inavouable (tétraplégiques, paraplégiques, traumatisés cérébraux, grands brûlés, …), les comportements intolérables (« il est à qui ce tétra » ?), les quasi abandons par certaines familles inexistantes.

    Mais tout cela il va le faire sans aucun pathos, aucune pitié. Ses armes : humour, détachement, réalisme (qui pourrait passer pour du cynisme par moment). Un humour décapant, qui heurte autant qu’il fait rire (la blague du chauffeur de bus est terrible). Un détachement qui permet  de raconter avec naturel les moments les plus difficiles et déshumanisant (le passage aux toilettes).  Un réalisme qui nous fait découvrir certains aspects de la vie des handicapés dont personne ne parle jamais ou presque (les escarres et leurs conséquences…).

    Grand Corps malade possède une vraie plume, ça on le savait déjà. Mais il est aussi un vrai écrivain et pas juste un auteur compositeur ;  un écrivain capable d’aller au-delà de 3 à 4 strophes pour nous proposer un vrai roman au style maitrisé de la première à la dernière ligne, dépouillé, simple, net et précis. Un roman touchant et nécessaire.

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