• Chroniques de Jérusalem de  Guy Delisle  (Éditions Delcourt) ; 332 pages

    Une fois n’est pas coutume ….

    Vous l’avez sans doute constaté, je ne vous ai jamais parlé de BD.  Je l’avoue : je ne sais pas apprécier cette forme très particulière d’écriture qui mêle dessins et mots. Je n’en lis donc quasiment jamais, à l’exception d’un Lagaffe de temps en temps, voire d’un Blake et Mortimer tous les 2/3 ans.

    Mais dans le cadre du défi lecture dont je vous ai parlé (80 consignes, plus qu’à lire et voir combien on peut en valider…), il y avait la lecture d’un « roman graphique », ce qui m’a donné envie de sortir un peu de ma zone de confort. A la médiathèque j’ai donc trouvé ces Chroniques de Jérusalem, l’histoire d’un dessinateur expatrié en Israël durant un an,  qui nous raconte son quotidien.

    N’ayant aucune culture BD, il m’est difficile de juger de la qualité des dessins, mon avis sera donc celle d’une néophyte totale ! Je les ai toutefois  trouvés simples, efficaces, allant droit au but justement du fait de leur simplicité, et de leur unicité : du blanc, du noir, du gris et rien d’autre. Guy Delisle joue avec les ombres pour nous faire découvrir une ville et un pays étranges, singuliers, défigurés par des murs, des check points, des grilles, des grillages. Les armes sont omniprésentes dans ses dessins  des plus basiques (les pierres) ou des plus anciennes (de vieilles pétoires datant de 1947)  aux plus récentes et meurtrières (les avions de combat) ; elles font partie du quotidien et ne choque personne à l’exception de l’auteur qui ne réussira pas à s’y habituer.

    L’auteur s’exprime aussi par les mots, qui complètent et enrichissent les dessins. Il nous parle d’un pays et d’une ville divisés et qui oscillent sans cesse entre tolérance et haine ; un pays dont les populations se côtoient sans réellement vivre ensemble, une ville qui en fonction de l’endroit où vous logez vous met à disposition les mêmes services que partout en Europe (transports, ramassage des poubelles, aires de jeux,…) ou vous les refuse, par pure mesquinerie semble-t-il. C’est Kafka version moyen orientale (l’anecdote des bus notamment est navrante), avec en plus ces religions et ces religieux omniprésents et le plus souvent présentés comme au mieux incapables de s’entendre, au pire extrémistes et attisant la haine et le refus de l’autre.

    Tout ceci il nous le montre avec la vision au début candide de celui qui s’attache à nous faire découvrir en même temps que lui le quotidien des habitants de Jérusalem, qui nous est finalement totalement étranger, avec ses petites galères d’expatrié en toile de fond. Puis on sent poindre les interrogations, les incompréhensions, et parfois l’exaspération, à peine cachée sous des questions qui se veulent naïves ou des dessins ironiques, sans mots, mais qui disent tout (la planche sur son interpellation par un soldat qui lui interdit de dessiner le mur de séparation est drôle, mordante, voire moqueuse).

    J’ai donc apprécié cette incursion dans le monde du roman graphique et de la BD, sur un thème il est vrai particulier et qui m’intéresse par ailleurs, au point de me dire que j’irai probablement jeter un œil sur ses autres livres, notamment celui sur son séjour en Corée du Nord. Seul aspect un peu négatif selon moi : la sensation que dessins et histoire étaient beaucoup orientés sur la difficulté de vie des Palestiniens (qui est bien réelle) et sur la forte présence et le pouvoir des sionistes extrémistes (qui soulève de vraies questions), en laissant pas mal de côté le risque terroriste que les Israéliens vivent au quotidien. C’est mon unique bémol pour cette lecture que je vous recommande chaudement !

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  • Lettre au dernier grand pingouin  de  Jean Luc Porquet  (Éditions Gallimard) ; 224 pages

    Quand l’écologie est drôle, érudite ET abordable

    En trainant dans les rayons de la médiathèque,  je suis tombée sur ce petit livre qui m’a attirée par sa couverture (que je trouve très belle) et par son titre assez décalé, et c’est donc par pure curiosité que je l’ai emprunté, en ne jetant qu’un rapide coup d’œil au 4eme de couv’ (c’est suffisamment rare me concernant pour que je le dise : je m’attache assez peu à ces éléments d’habitude) .

    Ici l’auteur s’adresse directement au dernier grand pingouin, animal massacré jusqu’à son extinction définitive dans la seconde moitié du 19eme siècle. Il le prend  à partie, l’interroge, le plaint, le secoue, et tente en 200 et quelques pages de lui expliquer notre monde qui part à vau l’eau.

    Nous sommes donc dans un livre profondément écologiste, qui revient sur la destruction de faune et flore, sur la disparition de plus en plus rapide de centaines d’espèces animales. L’histoire du grand pingouin sert en fait de prétexte à un véritable plaidoyer pour notre planète et pour les animaux qui la peuplent de moins en moins. Mais un plaidoyer à la fois drôle, touchant, cynique, révolté, qui ne se prend jamais véritablement au sérieux tout en nous parlant de sujets extrêmement graves et qui ne pourront qu’avoir un impact négatif sur nous, les hommes. Les hommes dont il se moque par moment aussi, qui ne parviennent pas à protéger et défendre correctement ni les abeilles ni les éléphants, mais veulent  faire renaitre qui le tigre à dent de sabre, qui le mammouth, qui (carrément) un dinosaure, allez savoir pourquoi si ce n’est le plaisir égoïste de dire  « regardez, c’est moi qui l’ai fait »…

    Un livre qui est aussi et en même temps d’une grande érudition et d’une facilité d’accès qu’on ne peut que saluer, qui sait vous apprendre des choses tout en vous divertissant, qui vous alerte sans misérabilisme, qui est précis sans vous assommer sous les chiffres.

    Moi qui suis particulièrement intéressée par le sujet et pensais connaitre pas mal de choses j’ai encore appris, tout en souriant, sans avoir besoin de me référer à internet pour comprendre certains termes. J’ai dévoré cette longue lettre en quelques heures à peine et vous en recommande vivement la lecture, que vous soyez néophyte sur le thème de l’écologie et du développement durable ou plutôt bien renseigné déjà.

    Jetez vous donc sur cet inclassable, qui est à lire d’urgence !  

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  • La bibliothèque : grandir de Pauline Deysson  (Éditions Pauline Becker) ; 502 pages

    Très partagée sur cet étrange roman

    Tout d’abord je tiens à remercier vivement livraddict et Pauline Deysson qui m’ont permis de découvrir ce roman, très gentiment accompagné d’un mot et d’un marque page de l’auteure.

    Ici nous faisons la connaissance d’Émilie, petite fille qui grandit au sein du « Technomonde », un univers dans lequel personne ne sait lire. Les livres ont en effet disparu, supplantés par les jeux vidéos  et les films auxquels chacun peut être connecté quasiment 24h/24 grâce au Revery, petit appareil régissant la vie de chacun. Emilie va être choisie (on ne sait pas vraiment pourquoi)  pour une mission tout à fait particulière et va se retrouver embarquée dans un périple aux mille dangers.

    Certains aspects sont très réussis dans ce roman. La description cohérente et intéressante de ce Technomonde,  qui ne laisse aucun choix à ses habitants : être connectés tout le temps partout sous peine d’être considéré comme asocial et dangereux, et donc traité comme tel. Les personnages, attachants et qu’on prend plaisir à suivre, et notamment Émilie dont on suit ce qui s’avère être en fait un parcours initiatique qui va petit à petit lui faire quitter le monde de l’enfance pour découvrir la réalité de son univers. Les moments du récit qui se situent justement dans le Technomonde, avec les découvertes, les rebondissements, le rythme de progression qui nous permet de mieux en comprendre les limites et les travers.

    D’autres aspects m’ont eu déroutée, et par moment franchement dérangée, limitant mon plaisir de lecture. Les 80 première pages tout d’abord que j’ai trouvé très longues : elles sont là pour poser le décor mais cette introduction m’a paru bien trop longue, et si je ne m’étais pas engagée à lire le roman, je pense que j’aurai probablement arrêté là ma lecture, ce qui aurait été dommage. Les moments du récit qui se situent « à coté » du Technomonde (difficile d’en dire plus sans franchement spoiler !) ensuite, qui interviennent par deux fois et coupent totalement le tempo de l’histoire ;  je les ai trouvé assez étranges, très (trop) longs, à la limite inappropriés, car pour moi ils cassent totalement l’élan et le rythme du déroulé sans apporter énormément de plus value.

    Une fois terminée ma lecture, j’ai supposé (mais ai-je raison ?)  avoir compris ce que l’auteure a voulu nous proposer : la dénonciation d’un monde uniquement centré autour de loisirs simples et sans réflexion, qui maintiennent les individus loin de toute vraie culture et donc de toute curiosité. Une curiosité et une volonté de voir les choses autrement qui vont pousser Émilie à sortir du rang, ce qui lui fera découvrir entre autre qui elle est, quelles sont ses valeurs, et dans quel environnement fermé elle vivait jusque là. En cela, La bibliothèque est un roman vraiment intéressant, et particulièrement bien écrit il faut le dire. Mais il me semble trop long (plus de 500 pages) et surtout pas assez suffisamment centré sur son thème principale pour répondre totalement  à mes attentes.  J’ignore encore si je lirai les prochains tomes (plusieurs sont prévus), partagée entre curiosité pour le devenir d’Émilie et de cette étrange bibliothèque et doute sur l’intérêt des 500 prochaines pages à venir.

    Mais bien sûr ceci n’est que mon avis !

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  • Patients de Grand Corps Malade  (Éditions Don Quichotte) ; 168 pages

    Drôle, touchant, réaliste, nécessaire

    Avec Patients, nous entrons au sein d’un centre de rééducation pour handicapés et grands brûlés, dans lequel Fabien,  tétraplégique « incomplet », va nous faire vivre avec lui durant de longs mois.

    Nous allons y croiser de nombreux personnages, parfois de loin, parfois de plus près. Soignants,  malades, familles, se côtoient et vivent côte à côte, à la fois très proches et très éloignés les uns des autres. Très proches dans les gestes du quotidien, avec un promiscuité qui dérange et qui choque, car bien pire qu’en prison par moment. Très éloignés car les malades n’ont quasiment aucune relation physique : se serrer la main, s’épauler, s’entraider physiquement est impossible pour presque tous.

    Les amitiés réelles semblent rares, ou éphémères,  dans ses lieux ou les relations physiques et les rapprochements se limitent la plupart du temps à des actes techniques.  Les patients se croisent beaucoup, se connaissant finalement assez peu. Et puis comment créer du lien et du liant quand du contact réel il n’y en a pas, ou si peu ? Mais finalement, petit à petit,  Fabien va réussir à en tisser, des liens, car de totalement invalide, il va lentement mais surement progresser : bouger une infime partie de son corps, puis un peu plus, et un peu plus encore … et au même rythme il va nous faire découvrir ses compagnons, non pas de cellule (quoique parfois on pourrait se demander), mais de chambre, de couloir, de soin, de galère aussi. Il va nous raconter la hiérarchie inavouable (tétraplégiques, paraplégiques, traumatisés cérébraux, grands brûlés, …), les comportements intolérables (« il est à qui ce tétra » ?), les quasi abandons par certaines familles inexistantes.

    Mais tout cela il va le faire sans aucun pathos, aucune pitié. Ses armes : humour, détachement, réalisme (qui pourrait passer pour du cynisme par moment). Un humour décapant, qui heurte autant qu’il fait rire (la blague du chauffeur de bus est terrible). Un détachement qui permet  de raconter avec naturel les moments les plus difficiles et déshumanisant (le passage aux toilettes).  Un réalisme qui nous fait découvrir certains aspects de la vie des handicapés dont personne ne parle jamais ou presque (les escarres et leurs conséquences…).

    Grand Corps malade possède une vraie plume, ça on le savait déjà. Mais il est aussi un vrai écrivain et pas juste un auteur compositeur ;  un écrivain capable d’aller au-delà de 3 à 4 strophes pour nous proposer un vrai roman au style maitrisé de la première à la dernière ligne, dépouillé, simple, net et précis. Un roman touchant et nécessaire.

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  • Évangile pour un gueux de Alexis Ragougneau  (Éditions Viviane Hamy) ; 367 pages

    Attention, coup de cœur !

    Ici il est question de la rencontre entre un prêtre et une poignée de  SDF qui ont envahi la cathédrale de Notre Dame une veille de Noël, de toute une série d’évènements qui mèneront à l’assassinat de Mouss, leader  des SDF, et de l’enquête qui va être menée en parallèle par quelques flics ( que la mort de Mouss n’indiffère pas) et par le prêtre, qui va vouloir comprendre le pourquoi de ce meurtre.

    Je ne vous en dirai pas plus, si ce n’est qu’il vous faut absolument lire ce livre si vous aimez les romans noirs ! Qu’il vous faut absolument lire ce livre si vous aimez les romans policiers ! Qu’il vous faut absolument lire ce livre si vous chercher des auteurs qui possèdent une  identité, une plume ! Qu’il vous faut absolument lire ce livre si vous aimez les romans à symboles.

    Il faut le lire car l’auteur n’y va pas par quatre chemins : il ne parle pas de SDF anonymes, se fondant dans la foule, mais de clochards vivant dans leur univers, sale, noir, violent, ubuesque en plein cœur des quartiers les plus riches de Paris. Il ne parle pas de prélats catholiques engoncés dans leurs tenues et  dans leur dogme, mais de manipulateurs politiques et extrémistes pour certains. Il ne parle pas de supers flics mais d’hommes et femmes, avec leurs petits et gros défauts, qui progressent de façon pragmatique.

    Il faut le lire car l’auteur nous propose des personnages forts, emblématiques, en équilibre quasi parfait entre réalisme et caricature : ce prêtre physiquement diminué qui s’en veut et veut comprendre ; ce clochard grec à la fois mystique et roublard qui mène les flics en bateau tout en protégeant son bien le plus précieux ; ce prélat prétentieux et imbu de lui-même, enfermé dans ses idées et ses croyances.

    Il faut lire ce livre car il est bourré de symboles, des plus religieux aux plus athées, et nous embarque dans  un jeu de piste brillant  pour tous les identifier, depuis le titre jusqu’aux rôles des différents personnages, en passant par certaines scènes. Il mêle cour des miracles et références bibliques, Quasimodo et recherche de sainteté, saleté et art religieux.

    Il faut le lire car nous même si nous ne sommes pas dans un page turner le tempo du récit est intéressant. Certes il n’aligne pas  rebondissements et fausses pistes, mais il avance de façon  régulière,  comme si l’auteur voulait nous faire progresser au rythme des pas du père Kern et des flics du 36 dans les rues de Paris.   

    Il faut le lire car Alexis Ragougneau nous propose une écriture personnelle, belle, au style affirmé, assez éloignée pour le coup de pas mal de romans qui se ressemblent trop. Ses descriptions des personnages, notamment, sont particulièrement imagées et réussies, nous permettant non seulement de  les imaginer sans peine, mais aussi de nous mettre dans leur peau pour vivre et ressentir ce qu’ils vivent et ressentent.

    Vous l’avez compris, vous devez lire ce livre coup de cœur pour moi !

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