• Cessons d’être des valises,  de Sylvie de la Forest (éditions les Presses Littéraires), 162 pages

    Ma note perso  : 4/5 smile

    Ambiance : smile

    Pour : tout le monde !

     

    Je ne lis quasiment jamais de livres sur le développement personnel. Non pas que le sujet ne m’intéresse pas, mais alors mon réflexe sera plutôt d’aller à la « pêche aux informations » sur le Net, afin de dénicher des articles ou posts de blogs et sites spécialisés dans le domaine, en lien avec une question que je peux me poser.

    Pourquoi ce livre, me direz-vous alors ? Et bien parce que je connais son auteure. Il ne s’agit pas une amie proche (dans ce cas, j’éviterais de publier un avis qui pourrait être considéré comme peu objectif), mais d’une personne que je côtoie plus ou moins régulièrement dans un cadre hors professionnel, et dont j’ai acheté le livre (je le précise, elle ne me l’a pas offert) avec pas mal de curiosité, notamment du fait de son titre …. Des valises ? Mais pourquoi donc des valises ?

    C’est à cette question que Sylvie de la Forest va répondre durant ces 160 et quelques pages.

    En s’appuyant sur des situations privées comme professionnelles que nous avons tous vécus à peu de choses près, elle va proposer petit à petit une méthodologie pour vivre ces moments autrement : moins les subir, au contraire les accepter, voire les retourner à notre avantage.

    En décortiquant  ces moments, des plus simples (aller déposer son enfant à l’école) aux plus engageants (par exemple un premier rendez-vous professionnel très impactant pour le futur), elle analyse les différentes réactions possibles en les passant au tamis de nos émotions, de nos sentiments, de nos pensées. Par cette analyse   elle nous démontre qu’avec un minimum de recul et de travail sur soi, on arrive à voir et  à vivre totalement différemment ces instants de prime abord délicats, en devenant vraiment acteur plutôt que spectateur.

    Attention, elle ne cherche pas à faire de nous des machines à prendre du recul et à tout intellectualiser. Non, pas du tout. Elle cherche à nous mettre face à nos ressentis, face à nos émotions, nos sentiments ; non pas pour les dissimuler, mais pour les comprendre : l’énervement, que nous ressentons est-il justifié ou disproportionné ? Notre agacement, qui en est responsable : notre interlocuteur ou nous-même du fait de la vision déformée que nous avons de lui ? Et une fois que nous avons compris cela, elle nous propose de faire un petit pas de côté pour trouver nous même une autre solution.

    Mon avis, vous l’avez compris, est celui d’une néophyte quant à ce type de lecture, avec ses avantages et ses inconvénients, notamment le fait que je ne pourrai faire aucune comparaison, n’ayant que peu de connaissances auxquelles me référer.

    Je peux toutefois vous dire que j’ai apprécié de nombreux aspects de ce livre : la précision des mots ;  le vocabulaire simple, juste, pertinent ; l’efficacité et la cohérence de la démonstration ; les exemples variés dans lesquels tout le monde peut se retrouver. J’ai passé un excellent moment de lecture, souriant souvent sur certaines des situations choisies pour étayer le propos  (qui m’ont particulièrement « parlé » pour les avoir vécues), m’interrogeant aussi sur d’autres, que j’aurais pu vivre plutôt que les subir  si j’avais eu ce petit temps de recul et une façon différente de les appréhender.

    Bref, vous l’avez compris, je vous recommande cette lecture !

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  • Lettre au dernier grand pingouin  de  Jean Luc Porquet  (Éditions Gallimard) ; 224 pages

    Quand l’écologie est drôle, érudite ET abordable

    En trainant dans les rayons de la médiathèque,  je suis tombée sur ce petit livre qui m’a attirée par sa couverture (que je trouve très belle) et par son titre assez décalé, et c’est donc par pure curiosité que je l’ai emprunté, en ne jetant qu’un rapide coup d’œil au 4eme de couv’ (c’est suffisamment rare me concernant pour que je le dise : je m’attache assez peu à ces éléments d’habitude) .

    Ici l’auteur s’adresse directement au dernier grand pingouin, animal massacré jusqu’à son extinction définitive dans la seconde moitié du 19eme siècle. Il le prend  à partie, l’interroge, le plaint, le secoue, et tente en 200 et quelques pages de lui expliquer notre monde qui part à vau l’eau.

    Nous sommes donc dans un livre profondément écologiste, qui revient sur la destruction de faune et flore, sur la disparition de plus en plus rapide de centaines d’espèces animales. L’histoire du grand pingouin sert en fait de prétexte à un véritable plaidoyer pour notre planète et pour les animaux qui la peuplent de moins en moins. Mais un plaidoyer à la fois drôle, touchant, cynique, révolté, qui ne se prend jamais véritablement au sérieux tout en nous parlant de sujets extrêmement graves et qui ne pourront qu’avoir un impact négatif sur nous, les hommes. Les hommes dont il se moque par moment aussi, qui ne parviennent pas à protéger et défendre correctement ni les abeilles ni les éléphants, mais veulent  faire renaitre qui le tigre à dent de sabre, qui le mammouth, qui (carrément) un dinosaure, allez savoir pourquoi si ce n’est le plaisir égoïste de dire  « regardez, c’est moi qui l’ai fait »…

    Un livre qui est aussi et en même temps d’une grande érudition et d’une facilité d’accès qu’on ne peut que saluer, qui sait vous apprendre des choses tout en vous divertissant, qui vous alerte sans misérabilisme, qui est précis sans vous assommer sous les chiffres.

    Moi qui suis particulièrement intéressée par le sujet et pensais connaitre pas mal de choses j’ai encore appris, tout en souriant, sans avoir besoin de me référer à internet pour comprendre certains termes. J’ai dévoré cette longue lettre en quelques heures à peine et vous en recommande vivement la lecture, que vous soyez néophyte sur le thème de l’écologie et du développement durable ou plutôt bien renseigné déjà.

    Jetez vous donc sur cet inclassable, qui est à lire d’urgence !  

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  • Sous le drapeau noir (enquête sur DAESH) de Joby Warrick (Editions du Cherche Midi) ; 440 pages

    Un essai dense et riche

    Merci à Babelio et aux éditions du Cherche Midi de m’avoir offert l’opportunité de découvrir cet essai.

    En 440 pages Joby Warrick nous propose une plongée dans l’histoire très  récente d’une partie du Moyen Orient, qui a vu la naissance et la montée en puissance d’un mouvement islamiste ultra radical autoproclamé État. Sur 25 années environ, il nous dresse le portrait des leaders de ce mouvement, et de ceux qui ont voulu le combattre sur le terrain.

    Il nous explique que c’est la conjonction de l’opportunisme de certains, du manque de vision à long terme d’autres,  de l’impuissance de quelques uns à se faire entendre , et de l’incompétence de pas mal d’intervenants, qui a mené à la situation que nous connaissons depuis quelques années en Irak et en Syrie.  L’administration Bush, notamment,  est pointée du doigt, pour sa morgue, son autoritarisme, son arrogance, et une méconnaissance totale du fonctionnement de ces pays.

    Cet essai particulièrement bien documenté nous présente  quelques uns des principaux protagonistes :  Al Zarkaoui,  un  petit délinquant Jordanien à moitié illettré devenu le dirigeant ultra violent d’Al Quaida  en Irak ;  Al Baghdadi , son successeur, un Irakien dévot et tout aussi violent ; le roi Abdallah de Jordanie, qui tente de préserver son pays de l’embrasement ; des militaires et diplomates américains, compétents et connaisseurs de la région, qui essaient de se faire entendre auprès de leur gouvernements, en vain le plus souvent.  Il ébauche aussi le portrait d’un Bachar el Hassad, prêt à tout pour conserver le pouvoir en Syrie.

    Surtout, en nous traçant de façon particulièrement détaillée certains parcours,  Joby Warrick nous laisse à penser que finalement tout ceci est  avant tout dû à une chose, et une seule : une inculture crasse (pour ne pas dire totale). Inculture qui pousse le clan Bush à croire (ou faire semblant de croire ?) qu’on peut exporter et imposer en quelques semaines les mode de pensée, d’interactions sociales et d’organisations familiales et sociétales de l’Occident à des pays qui fonctionnent encore beaucoup en modes tribaux. Inculture de ces « paumés » déséquilibrés (qu’ils soient Irakiens, Syriens, Jordaniens, ou Européens !), qui voient dans leur vision totalement dévoyée de la religion musulmane au choix un moyen facile de justifier leurs déviances, d’expliquer et d’excuser leur folie, et pour les moins atteints (quoique !) de disposer d’une sorte de refuge répondant à un besoin d’appartenance à un groupe.  Le choc de ces 2 incultures a généré une réaction en chaine et crée un monstre : DAESH.  

    Particulièrement riche et détaillé, ce livre est nécessaire pour comprendre l’actualité,  et devrait être lu par tous ceux qui veulent vraiment comprendre. Je lui trouve toutefois 2 défauts : il est très (trop) « américano centré » (ne faisant quasiment jamais référence aux nations européennes ni à la Turquie) et il manque peut-être d’un peu plus de recul historique pour mieux appréhender le sujet dans sa globalité.

    Je vous le recommande donc chaudement, mais vous suggère de lire aussi « Le piège DAESH » de Pierre Jean Luizard, autre essai sur le sujet et qui le présente avec une vraie vision historique (sur une centaine d’année)  

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  • Je voulais juste vivre  de Yeonmi Park (Editions Kero) ; 304 pages

     

    1984 en vrai …

    Tout d’abord je tiens à remercier le site lecteurs.com qui m’a offert ce livre.

    Yeonmi Park a 22 ans mais à lire son histoire, on se dit qu’en 22 ans elle a déjà vécu 20 vies, vu le pire, subi le pire, et que malgré tout ça elle nous donne une incroyable leçon d’optimisme et de volonté.

    Ayant lu des romans et articles, et vu des documentaires sur la Corée du Nord, je pensais connaître au moins un peu ce pays et ce qu’il s’y passait, mais ce livre m’a démontré que je n’avais fait que survoler le sujet de très loin et n’avais pas vraiment compris ce que vivaient ses habitants. Car au-delà de ce que l’on sait sur les famines, les camps de travail, les arrestations arbitraires, le manque de tout, la peur quotidienne, on découvre l’impensable : le 1984 de Orwell existe bel et bien …

    La Corée du Nord est un pays dans lequel vous pouvez être puni sur des générations au nom d’un « crime » commis par votre grand-père  (ce crime étant la plupart du temps imaginaire par ailleurs). La Corée du Nord est un pays dont le vocabulaire s’appauvrit avec des mots qui disparaissent (alors qu’on sait que la plupart des langues asiatiques sont riches et complexes). La Corée du Nord est un pays dans lequel votre téléviseur (quand vous en avez un) est forcément branché et allumé quand ses dirigeants s’expriment, et attention à qui ne regarde pas, car vous pouvez être questionné n’importe où n’importe quand sur ce que le grand leader a dit. La Corée du Nord est un pays dans lequel vous n’avez le droit d’aimer que les membres de la famille des Kim, et où le mot « amour » lui-même tend à disparaitre. La Corée du Nord est un pays…

    Pour bien comprendre les conséquences de tout ceci, il faut s’attarder sur certains passages du livre, qui font sourire et vous glacent en même temps : par exemple , quand aidée par de pasteurs Chinois ou Sud Coréens Yeonmi découvre le concept de Dieu sans le comprendre, jusqu’à ce qu’elle se rende compte que  pour « bien » prier il fallait en fait remplacer dans ses pensées le nom de Kim Il Sung par celui de Dieu, et qu’alors elle est devenue très forte en prière.

    Cette autobiographie est un voyage dans l’absurde, dans l’impensable, dans l’inimaginable pour nous qui vivons dans des démocraties libres, gueulardes et revendicatrices, qui surconsomment et jettent trop.

    Mais c’est aussi une autobiographie pleine d’optimisme, et mes moments préférés portent sur cette période en Corée du Sud durant laquelle Yeonmi commence à s’exprimer réellement sur ses sentiments, sur ce qu’elle ressent plus que sur ce qu’elle vit : quand elle se découvre capable d’apprendre et de progresser, capable de s’exprimer et d’être entendue, capable de convaincre. Ces quelques pages sont les plus belles car elles nous font vraiment ressentir qu’enfin cette jeune femme se libère et comprend qu’elle peut avancer et vivre sa vie, celle qu’elle a choisi, tout simplement.

    Bref,  si vous souhaitez en savoir plus sur la Corée du Nord, lisez ce livre … si vous souhaitez en savoir plus sur la réinsertion des réfugiés nord coréens en Corée du Sud, lisez ce livre ….si vous souhaitez recevoir une vraie leçon de vie, lisez ce livre …

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  • Le piège Daesh  de Pierre  Jean Luizard (éditions La Découverte) ; 182 pages

    L'Histoire pour comprendre ...

    Cet essai court et dense vise surtout à faire comprendre d’où vient DAESH , comment il a pu s’implanter et prospérer aussi rapidement en Irak et en Syrie.  

    Il est donc avant tout un essai replaçant L »État islamique » dans une réalité historique  (dont lui aussi donne et utilise une vision tronquée et partisane), et ce de façon à la fois dense,  précise et compréhensible.

    L’auteur nous explique les conséquences du fameux accord Sykes Picot sur une région dont les habitants partageaient non seulement 3 religions (musulmane, chrétienne, juive), mais aussi des nuances fortes au sein de chacune des 3,  et ce au sein d’organisations sociales elles aussi différentes et complexes, avec par ailleurs des niveaux d’accès à d’autres cultures qui n’avaient rien à voir. Accord qui a mené à la création d’Etats répondant aux besoins de la Grande Bretagne et de la France de l’époque mais sans tenir compte des situations locales. Etats qui ont ensuite subi plusieurs changements politiques, le plus souvent dans la violence, et des dirigeants qui se sont succédés, tous plus despotiques et brutaux les uns que les autres.

    Sunnites, Salafistes, Wahhabites, Chi’ites, Druze, Alaouites, Alevi, Chrétiens d’Orient, Yezidis, Kurdes, populations urbaines éduquées, tribus, familles élargies,  l’auteur nous dresse le portrait de ce puzzle géopolitique, et des situations politiques locales parfois kafkaïennes avec des gouvernants issus de minorités qu’ils favorisent jusqu’à l’implosion. Il démontre aussi que les erreurs des grandes puissances d’hier perdurent, entre besoins en pétrole, concurrence, volonté d’imposer un modèle d’organisation « universel » sans s’intéresser réellement aux réalités locales.

    Il nous brosse le portrait d’une mosaïque qui semble aujourd’hui totalement ingouvernable, ce dont profite DAESH pour s’étendre et imposer sa vision du monde, tout aussi monolithique d’ailleurs dans le fond que  celle des occidentaux. Une vision basée sur une lecture rétrograde, celle du sunnisme wahhabite, et que même l’Arabie Saoudite (pourtant elle-même wahhabite !) craint et tente de maitriser sans grand succès.

    Cet essai est nécessaire pour tenter de comprendre le pourquoi de ce qui se passe depuis 2014 ; il pose aussi question sur un futur incertain : les Etats comme l’Irak, La Syrie, voire le Liban et la Jordanie ont-ils un avenir ? Si oui lequel ?  Les cartes seront-elles redessinées ? Et laisserons-nous à DAESH le pouvoir d’en choisir le tracé, comme elle a déjà commencé à le faire ?  

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