• Lettre au dernier grand pingouin  de  Jean Luc Porquet  (Éditions Gallimard) ; 224 pages

    Quand l’écologie est drôle, érudite ET abordable

    En trainant dans les rayons de la médiathèque,  je suis tombée sur ce petit livre qui m’a attirée par sa couverture (que je trouve très belle) et par son titre assez décalé, et c’est donc par pure curiosité que je l’ai emprunté, en ne jetant qu’un rapide coup d’œil au 4eme de couv’ (c’est suffisamment rare me concernant pour que je le dise : je m’attache assez peu à ces éléments d’habitude) .

    Ici l’auteur s’adresse directement au dernier grand pingouin, animal massacré jusqu’à son extinction définitive dans la seconde moitié du 19eme siècle. Il le prend  à partie, l’interroge, le plaint, le secoue, et tente en 200 et quelques pages de lui expliquer notre monde qui part à vau l’eau.

    Nous sommes donc dans un livre profondément écologiste, qui revient sur la destruction de faune et flore, sur la disparition de plus en plus rapide de centaines d’espèces animales. L’histoire du grand pingouin sert en fait de prétexte à un véritable plaidoyer pour notre planète et pour les animaux qui la peuplent de moins en moins. Mais un plaidoyer à la fois drôle, touchant, cynique, révolté, qui ne se prend jamais véritablement au sérieux tout en nous parlant de sujets extrêmement graves et qui ne pourront qu’avoir un impact négatif sur nous, les hommes. Les hommes dont il se moque par moment aussi, qui ne parviennent pas à protéger et défendre correctement ni les abeilles ni les éléphants, mais veulent  faire renaitre qui le tigre à dent de sabre, qui le mammouth, qui (carrément) un dinosaure, allez savoir pourquoi si ce n’est le plaisir égoïste de dire  « regardez, c’est moi qui l’ai fait »…

    Un livre qui est aussi et en même temps d’une grande érudition et d’une facilité d’accès qu’on ne peut que saluer, qui sait vous apprendre des choses tout en vous divertissant, qui vous alerte sans misérabilisme, qui est précis sans vous assommer sous les chiffres.

    Moi qui suis particulièrement intéressée par le sujet et pensais connaitre pas mal de choses j’ai encore appris, tout en souriant, sans avoir besoin de me référer à internet pour comprendre certains termes. J’ai dévoré cette longue lettre en quelques heures à peine et vous en recommande vivement la lecture, que vous soyez néophyte sur le thème de l’écologie et du développement durable ou plutôt bien renseigné déjà.

    Jetez vous donc sur cet inclassable, qui est à lire d’urgence !  

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  • Sous le drapeau noir (enquête sur DAESH) de Joby Warrick (Editions du Cherche Midi) ; 440 pages

    Un essai dense et riche

    Merci à Babelio et aux éditions du Cherche Midi de m’avoir offert l’opportunité de découvrir cet essai.

    En 440 pages Joby Warrick nous propose une plongée dans l’histoire très  récente d’une partie du Moyen Orient, qui a vu la naissance et la montée en puissance d’un mouvement islamiste ultra radical autoproclamé État. Sur 25 années environ, il nous dresse le portrait des leaders de ce mouvement, et de ceux qui ont voulu le combattre sur le terrain.

    Il nous explique que c’est la conjonction de l’opportunisme de certains, du manque de vision à long terme d’autres,  de l’impuissance de quelques uns à se faire entendre , et de l’incompétence de pas mal d’intervenants, qui a mené à la situation que nous connaissons depuis quelques années en Irak et en Syrie.  L’administration Bush, notamment,  est pointée du doigt, pour sa morgue, son autoritarisme, son arrogance, et une méconnaissance totale du fonctionnement de ces pays.

    Cet essai particulièrement bien documenté nous présente  quelques uns des principaux protagonistes :  Al Zarkaoui,  un  petit délinquant Jordanien à moitié illettré devenu le dirigeant ultra violent d’Al Quaida  en Irak ;  Al Baghdadi , son successeur, un Irakien dévot et tout aussi violent ; le roi Abdallah de Jordanie, qui tente de préserver son pays de l’embrasement ; des militaires et diplomates américains, compétents et connaisseurs de la région, qui essaient de se faire entendre auprès de leur gouvernements, en vain le plus souvent.  Il ébauche aussi le portrait d’un Bachar el Hassad, prêt à tout pour conserver le pouvoir en Syrie.

    Surtout, en nous traçant de façon particulièrement détaillée certains parcours,  Joby Warrick nous laisse à penser que finalement tout ceci est  avant tout dû à une chose, et une seule : une inculture crasse (pour ne pas dire totale). Inculture qui pousse le clan Bush à croire (ou faire semblant de croire ?) qu’on peut exporter et imposer en quelques semaines les mode de pensée, d’interactions sociales et d’organisations familiales et sociétales de l’Occident à des pays qui fonctionnent encore beaucoup en modes tribaux. Inculture de ces « paumés » déséquilibrés (qu’ils soient Irakiens, Syriens, Jordaniens, ou Européens !), qui voient dans leur vision totalement dévoyée de la religion musulmane au choix un moyen facile de justifier leurs déviances, d’expliquer et d’excuser leur folie, et pour les moins atteints (quoique !) de disposer d’une sorte de refuge répondant à un besoin d’appartenance à un groupe.  Le choc de ces 2 incultures a généré une réaction en chaine et crée un monstre : DAESH.  

    Particulièrement riche et détaillé, ce livre est nécessaire pour comprendre l’actualité,  et devrait être lu par tous ceux qui veulent vraiment comprendre. Je lui trouve toutefois 2 défauts : il est très (trop) « américano centré » (ne faisant quasiment jamais référence aux nations européennes ni à la Turquie) et il manque peut-être d’un peu plus de recul historique pour mieux appréhender le sujet dans sa globalité.

    Je vous le recommande donc chaudement, mais vous suggère de lire aussi « Le piège DAESH » de Pierre Jean Luizard, autre essai sur le sujet et qui le présente avec une vraie vision historique (sur une centaine d’année)  

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  • Je voulais juste vivre  de Yeonmi Park (Editions Kero) ; 304 pages

     

    1984 en vrai …

    Tout d’abord je tiens à remercier le site lecteurs.com qui m’a offert ce livre.

    Yeonmi Park a 22 ans mais à lire son histoire, on se dit qu’en 22 ans elle a déjà vécu 20 vies, vu le pire, subi le pire, et que malgré tout ça elle nous donne une incroyable leçon d’optimisme et de volonté.

    Ayant lu des romans et articles, et vu des documentaires sur la Corée du Nord, je pensais connaître au moins un peu ce pays et ce qu’il s’y passait, mais ce livre m’a démontré que je n’avais fait que survoler le sujet de très loin et n’avais pas vraiment compris ce que vivaient ses habitants. Car au-delà de ce que l’on sait sur les famines, les camps de travail, les arrestations arbitraires, le manque de tout, la peur quotidienne, on découvre l’impensable : le 1984 de Orwell existe bel et bien …

    La Corée du Nord est un pays dans lequel vous pouvez être puni sur des générations au nom d’un « crime » commis par votre grand-père  (ce crime étant la plupart du temps imaginaire par ailleurs). La Corée du Nord est un pays dont le vocabulaire s’appauvrit avec des mots qui disparaissent (alors qu’on sait que la plupart des langues asiatiques sont riches et complexes). La Corée du Nord est un pays dans lequel votre téléviseur (quand vous en avez un) est forcément branché et allumé quand ses dirigeants s’expriment, et attention à qui ne regarde pas, car vous pouvez être questionné n’importe où n’importe quand sur ce que le grand leader a dit. La Corée du Nord est un pays dans lequel vous n’avez le droit d’aimer que les membres de la famille des Kim, et où le mot « amour » lui-même tend à disparaitre. La Corée du Nord est un pays…

    Pour bien comprendre les conséquences de tout ceci, il faut s’attarder sur certains passages du livre, qui font sourire et vous glacent en même temps : par exemple , quand aidée par de pasteurs Chinois ou Sud Coréens Yeonmi découvre le concept de Dieu sans le comprendre, jusqu’à ce qu’elle se rende compte que  pour « bien » prier il fallait en fait remplacer dans ses pensées le nom de Kim Il Sung par celui de Dieu, et qu’alors elle est devenue très forte en prière.

    Cette autobiographie est un voyage dans l’absurde, dans l’impensable, dans l’inimaginable pour nous qui vivons dans des démocraties libres, gueulardes et revendicatrices, qui surconsomment et jettent trop.

    Mais c’est aussi une autobiographie pleine d’optimisme, et mes moments préférés portent sur cette période en Corée du Sud durant laquelle Yeonmi commence à s’exprimer réellement sur ses sentiments, sur ce qu’elle ressent plus que sur ce qu’elle vit : quand elle se découvre capable d’apprendre et de progresser, capable de s’exprimer et d’être entendue, capable de convaincre. Ces quelques pages sont les plus belles car elles nous font vraiment ressentir qu’enfin cette jeune femme se libère et comprend qu’elle peut avancer et vivre sa vie, celle qu’elle a choisi, tout simplement.

    Bref,  si vous souhaitez en savoir plus sur la Corée du Nord, lisez ce livre … si vous souhaitez en savoir plus sur la réinsertion des réfugiés nord coréens en Corée du Sud, lisez ce livre ….si vous souhaitez recevoir une vraie leçon de vie, lisez ce livre …

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  • Le piège Daesh  de Pierre  Jean Luizard (éditions La Découverte) ; 182 pages

    L'Histoire pour comprendre ...

    Cet essai court et dense vise surtout à faire comprendre d’où vient DAESH , comment il a pu s’implanter et prospérer aussi rapidement en Irak et en Syrie.  

    Il est donc avant tout un essai replaçant L »État islamique » dans une réalité historique  (dont lui aussi donne et utilise une vision tronquée et partisane), et ce de façon à la fois dense,  précise et compréhensible.

    L’auteur nous explique les conséquences du fameux accord Sykes Picot sur une région dont les habitants partageaient non seulement 3 religions (musulmane, chrétienne, juive), mais aussi des nuances fortes au sein de chacune des 3,  et ce au sein d’organisations sociales elles aussi différentes et complexes, avec par ailleurs des niveaux d’accès à d’autres cultures qui n’avaient rien à voir. Accord qui a mené à la création d’Etats répondant aux besoins de la Grande Bretagne et de la France de l’époque mais sans tenir compte des situations locales. Etats qui ont ensuite subi plusieurs changements politiques, le plus souvent dans la violence, et des dirigeants qui se sont succédés, tous plus despotiques et brutaux les uns que les autres.

    Sunnites, Salafistes, Wahhabites, Chi’ites, Druze, Alaouites, Alevi, Chrétiens d’Orient, Yezidis, Kurdes, populations urbaines éduquées, tribus, familles élargies,  l’auteur nous dresse le portrait de ce puzzle géopolitique, et des situations politiques locales parfois kafkaïennes avec des gouvernants issus de minorités qu’ils favorisent jusqu’à l’implosion. Il démontre aussi que les erreurs des grandes puissances d’hier perdurent, entre besoins en pétrole, concurrence, volonté d’imposer un modèle d’organisation « universel » sans s’intéresser réellement aux réalités locales.

    Il nous brosse le portrait d’une mosaïque qui semble aujourd’hui totalement ingouvernable, ce dont profite DAESH pour s’étendre et imposer sa vision du monde, tout aussi monolithique d’ailleurs dans le fond que  celle des occidentaux. Une vision basée sur une lecture rétrograde, celle du sunnisme wahhabite, et que même l’Arabie Saoudite (pourtant elle-même wahhabite !) craint et tente de maitriser sans grand succès.

    Cet essai est nécessaire pour tenter de comprendre le pourquoi de ce qui se passe depuis 2014 ; il pose aussi question sur un futur incertain : les Etats comme l’Irak, La Syrie, voire le Liban et la Jordanie ont-ils un avenir ? Si oui lequel ?  Les cartes seront-elles redessinées ? Et laisserons-nous à DAESH le pouvoir d’en choisir le tracé, comme elle a déjà commencé à le faire ?  

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  • Richie de Raphaëlle Bacqué (éditions Grasset)  ; 288 pages

    Essai ou roman ?

    Ce livre est un essai ; il évoque la vie de Richard Descoings, ancien directeur de Science Po Paris , mort  brusquement dans une chambre d’hôtel à New York il y a quelques années.

    Mais  son style, son rythme et le récit qu’il fait de cette vie font croire que nous sommes dans un roman tellement cela va vite, tellement c’est surprenant, tellement c’est prenant tout court …

     J’ai emprunté ce livre presque par hasard : il était présenté en « tête de gondole » à la médiathèque, il était petit ,  j’en avais entendu parler il y a pas mal de temps déjà, et  je connaissais  un peu Science Po pour y avoir vécu une année compliquée il y a maintenant longtemps de cela … Puis voyant ma PAL (perso et emprunts divers), je me suis dit que je n’allais pas le lire. Finalement, devant attendre 1h30 ce weekend  pendant l’entrainement de petit zèbre,  je l’ai pris avec moi en me disant que si les 1eres pages ne me plaisaient pas je l’abandonnerais très vite au profit d’un autre et qu’il ne me ferait pas perdre trop de temps de lecture …

    Pourquoi vous expliquer tout ça ? Pour vous dire que je me suis lancée dans cette lecture sans en attendre grand-chose en fait, en pensant même ne pas terminer ce livre    …. et je ne l’ai plus lâché jusqu’à la fin, laissant même momentanément de côté Lontano de JC Grangé , c’est pour dire ! 

    L’auteur nous brosse le portrait d’un homme profondément  tiraillé entre son origine aisée , très parisienne, très bourgeoise, à la formation rigoureuse (rigide ?) , au parcours professionnel classique de  haut fonctionnaire , et ses envies de changement, de digression à la « bonne morale » , sa volonté quelque part de « faire sauteur le système » . Un système dont il profite à plein  mais qu’il veut ouvrir « au-delà du périph ‘ ».

    Pour cela il va devenir le directeur d’un institution dont le rôle principal jusque là était en fait la reproduction des élites : Science Po Paris, temple d’une jeunesse parisienne dorée issue des mêmes écoles, collèges, lycées, qui partage des valeurs « bon chic bon genre » et cherche surtout à rester entre elle, ignorant ( discrètement mais délibérément) les quelques  provinciaux boursiers égarés parmi elle, auxquels elle fait vite comprendre que décidément ils n’ont pas les même valeurs et encore moins les mêmes chances dans la vie (la preuve, l’hécatombe parmi ces derniers en fin de  1ere année, alors qu’elle-même réussit allégrement à aller jusqu’au terme du cursus) .

    Richie va donc dynamiter tout cela, quitte à modifier les règles d’accès pour pouvoir intégrer des jeunes certes brillants mais issus de lycées de banlieue ou de province , et ensuite à mettre en place un accompagnement spécifique pour les aider à progresser et réussir. il va aussi mener un intense lobbying international pour intégrer l’école parmi le sérail des grandes universités américaines, faire évoluer en profondeur les matières et méthodes d’apprentissage, recruter des professeurs « stars » , tout cela en moins de 10 ans …

    Mais le livre ne raconte pas que cela, c’est aussi l’histoire sans concession  d’un homme bipolaire, homosexuel  assumé  et franc  sur le sujet, mais qui se marie avec une femme . Un homme qui va chercher  (au sens propre du terme, avec sa voiture, son chauffeur, ses chargés de mission) des jeunes de banlieue ne connaissant même pas le nom de Science Po et dont l’école financera à 100% les études,  mais qui se verse des primes mirobolantes. Un homme qui se bat contre cette reproduction des élites mais embauche sa femme comme co directrice. Un homme qui fait la fête au milieu de ses élèves qu’il adore et qui l’adulent , mais qui maltraite sans cesse ses collaborateurs jusqu’à l’inacceptable.

    Un homme dont on se dit au fond qu’il doit être terriblement malheureux pour être aussi auto destructeur .

    C’est aussi l’histoire d’une véritable caste , qui vient des mêmes quartiers, des mêmes écoles , et qui  vit suivant les mêmes codes, les mêmes valeurs   même sil elle ne partage pas les mêmes orientations politiques, professionnelles, privées, sexuelles. C’est l’histoire de réseaux d’influence (de connivence) qui sont nécessaires pour avancer et qu’on ne peut ignorer même (surtout ?) si on veut faire bouger les choses …

    C’est peut-être ça le double intérêt de ce livre : nous raconter un homme qui aurait pu être héro de roman , nous expliquer un milieu qui nous fait un peu mieux comprendre comment fonctionnent nos lieux de pouvoir  et de décision politique.

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