• Viens mourir avec moi  de   Karen Sander  (Éditions Albin Michel) ; 400 pages

    Pas novateur mais très agréable à lire

    Merci à Babelio et aux Éditions Albin Michel  de m’avoir fait découvrir ce premier roman de Karen Sander !

    Ici il est question d’un duo allemand (un flic, une psychologue) qui va être amené à travailler ensemble afin d’arrêter un tueur de femmes particulièrement violent, tout en cherchant à identifier celui qui harcèle la jeune femme de lettres anonymes.

    Je pourrais reprocher à ce policier un certain manque d’inventivité et de surprises. Déjà le 4eme de couverture est plutôt maladroit, car il annonce un fait qui n’arrive que très tard dans le récit (je ne comprends toujours pas ce choix qui casse totalement tout effet de surprise !). Ensuite l’histoire est construite d’une telle façon que très vite les différents rebondissements se laissent deviner sans trop de peine, de même que la fin (qui personnellement m’a semblée évidente, suis-je la seule ?). Enfin, j’ai trouvé les personnages principaux plutôt classiques, avec d’un côté le flic expérimenté, tenace, un brin soupe au lait, et de l’autre la jeune profileuse brillante, têtue,  marquée par une histoire familiale difficile qu’elle essaie de faire oublier.

    Certains sujets m’ont paru   aussi manquer de profondeur : les personnages secondaires ne sont pas assez fouillés à mon gout, le traitement de l’histoire familiale de Liz m’a aussi surprise par son aspect « survolé » (notamment le personnage du père ), et certains rebondissements auraient mérité plus de place dans le récit.

    Malgré tout, j’ai apprécié cette lecture : le style est agréable, l’écriture fluide, le rythme suffisamment prenant pour vouloir aller jusqu’au bout sans lâcher le livre. Karen Sander ne nous propose certes pas un grand roman, mais un policier efficace, rondement mené et très agréable à lire. Ses personnages sont attachants, et on les suit avec un plaisir certain dans leur enquête comme dans la naissance d’une  relation dont on ne sait pas encore vraiment vers quoi elle se dirigera dans les prochains romans (déjà parus en Allemagne) : amitié, plus si affinités ?

     En cela je le trouve finalement plutôt réussi, sans que ce soit un coup de cœur, et  je le recommande à ceux qui recherchent une lecture qui les fera doucement frissonner (les meurtres sont assez sanglants mais sans se situer dans la noirceur totale ou l’ultra violence de certains auteurs).

    Quant à moi j’attends maintenant avec une certaine impatience la parution (probable) des romans suivants, afin de découvrir l’évolution de Liz et de Georg (ce qui me fait dire que malgré les défauts que j’ai pu lui trouver, ce policier m’a tout de même bien accrochée !).

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  • L’effet Domino de François Baranger (Editions Bragelonne); 646 pages

    Un excellent bond en arrière !

    Merci à lecteurs.com de m’avoir offert l’opportunité de découvrir ce nouveau roman de François Baranger.

    Ici nous  sommes très loin de Dominium Mundi, son roman précédent : pas de science fiction, mais une plongée dans le Paris de 1907, et dans une enquête policière à la poursuite d’un tueur fou qu’alors on ne nommait pas tueur en série.

    L’enquête est menée par un  quatuor assez improbable pour l’époque : un flic de province doué mais détesté par ses pairs, une jeune femme qui se bat pour être reconnue pour ses compétences, un « bleu » prometteur tout juste sortir de l’école de  police et un journaliste issu de la haute bourgeoisie et très orienté politiquement.

    Ce quatuor, nous allons le suivre dans une ville en plein bouleversement : les travaux lancés par Haussmann, quoi que très avancés,  ne sont pas encore terminés, et Paris est divisée entre beaux quartiers aux appartements et maisons cossus, et quartiers populaires extrêmement pauvres, sales, sombres, dangereux. Bourgeois et ouvriers, femmes du monde et prostituées, tous vivent dans cette ville, et se côtoient rarement. Cette description est excellente, et clairement l’auteur m’a embarqué dans ce début de 20eme siècle qui découvre les voitures,

    Il m’y a embarquée aussi du fait du vocabulaire utilisé, suranné, désuet mais tellement parlant, qui m’a ramenée des années en arrière quand, enfant, je regardais  Les brigades du Tigre et trouvais leur façon de parler tellement drôle et différentes. La gouaille de  certains personnages correspond totalement à l’image que j’ai de cette époque dans laquelle l’argot parisien était monnaie courante, et j’ai pu m’imaginer sans peine certaines scènes et dialogues.

    L’enquête, elle, est longue, ardue, mais jamais ennuyeuse ; les rebondissements et les temps plus calmes s’enchainent bien et rendent le récit à la fois prenant et didactique. Tout est cohérent et précis, chaque personnage à sa place et suffisamment intéressant pour qu’on le suive avec plaisir (peut-être la place tenue par  le jeune flic aurait-elle mérité d’être un peu plus étoffée  pour le rendre plus présent et nécessaire à l’histoire).

    Bref, j’ai retrouvé dans ce roman tout ce que j’apprécie d’un policier historique : plongeon dans le passé, réalisme et respect historique, récit qui tient la route (même s’il reste un peu en deçà de ce qui pour moi se fait de mieux dans le genre : L’aliéniste de Caleb Carr). Je vous le recommande donc chaudement !

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  • Lux de Maud Mayeras (Éditions Anne Carrière); 380 pages

    Trop décousu pour moi …

    Merci à lecteurs.com de m’avoir offert l’opportunité de découvrir ce nouveau roman de Maud Mayeras, auteure par ailleurs d’un de mes coups de cœur, Reflex.

    Ici il est question d’amitié, d’amour, de mensonges, de manipulation, de tsunami, de survie, de faux semblants, de trahison, de mort et de meurtre, et de beaucoup d’autres choses encore. Beaucoup de thèmes et de sujets différents me direz-vous.

    Oui, beaucoup, et c’est bien là la difficulté pour moi, ce mélange des thèmes et des histoires, cet espèce de trois en un qui m’a perdue, voire ennuyée durant une partie du roman.

    La première partie nous parle du déracinement d’un jeune adolescent français qui doit s’adapter à la vie dans une petite ville australienne ; il s’y sent seul, désespérément seul jusqu’à sa rencontre avec un jeune Australien de son âge, et avec sa petite sœur. Puis on retrouve ce Français de retour en Australie des années plus tard, sur la trace de ce passé. Il a grandi mais semble tout aussi perdu, malgré un objectif qu’il s’est donné : se venger. Cette partie là, même si lente à se mettre en place, est intéressante avec le portrait qu’elle brosse de cet adolescent perdu qui cherche quelque chose ou quelqu’un à qui se raccrocher, puis de cet homme porté par la volonté de revenir sur son passé et de clore une histoire restée pour lui inachevée.

    Mais d’un coup on bascule dans la deuxième partie avec une catastrophe qui emporte tout sur son passage, qui détruit et qui tue. Là j’avoue que l’auteure m’a perdue : pourquoi imaginer un tsunami qui dévaste tout ? Pourquoi vouloir couper ce récit de vengeance par un tel événement ? J’ai beau essayer de comprendre, je n’ai pas réussi à trouver le moindre intérêt à cet élément, qui a coupé mon élan en même temps que le rythme du roman, et a généré chez moi une vraie envie d’abandonner le livre.

    Jusqu’à la troisième partie, une vraie réussite malgré un début incertain. Enfin on retrouver l’ensemble des protagonistes. Enfin les personnages donnent leur pleine mesure. Enfin les différents éléments s’emboitent et prennent sens, avec un final sous tension et très réussi.

    Mais ce final réussi n’a pas réussi à me faire totalement oublié l’ennui ressenti durant la partie centrale qui s’est beaucoup trop éternisée pour moi. Tout comme la qualité d’écriture (précision, clarté, style incisif) n’a pas limité mon sentiment d’avoir lu un récit par moment décousu, qui se perd trop longtemps dans cette digression « catastrophique ».  Peut-être aussi attendais-je trop de Lux, après la lecture l’an dernier de Reflex qui fut un coup de cœur total.

    E bien sûr, ceci n’est que mon humble avis !     

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  • Évangile pour un gueux de Alexis Ragougneau  (Éditions Viviane Hamy) ; 367 pages

    Attention, coup de cœur !

    Ici il est question de la rencontre entre un prêtre et une poignée de  SDF qui ont envahi la cathédrale de Notre Dame une veille de Noël, de toute une série d’évènements qui mèneront à l’assassinat de Mouss, leader  des SDF, et de l’enquête qui va être menée en parallèle par quelques flics ( que la mort de Mouss n’indiffère pas) et par le prêtre, qui va vouloir comprendre le pourquoi de ce meurtre.

    Je ne vous en dirai pas plus, si ce n’est qu’il vous faut absolument lire ce livre si vous aimez les romans noirs ! Qu’il vous faut absolument lire ce livre si vous aimez les romans policiers ! Qu’il vous faut absolument lire ce livre si vous chercher des auteurs qui possèdent une  identité, une plume ! Qu’il vous faut absolument lire ce livre si vous aimez les romans à symboles.

    Il faut le lire car l’auteur n’y va pas par quatre chemins : il ne parle pas de SDF anonymes, se fondant dans la foule, mais de clochards vivant dans leur univers, sale, noir, violent, ubuesque en plein cœur des quartiers les plus riches de Paris. Il ne parle pas de prélats catholiques engoncés dans leurs tenues et  dans leur dogme, mais de manipulateurs politiques et extrémistes pour certains. Il ne parle pas de supers flics mais d’hommes et femmes, avec leurs petits et gros défauts, qui progressent de façon pragmatique.

    Il faut le lire car l’auteur nous propose des personnages forts, emblématiques, en équilibre quasi parfait entre réalisme et caricature : ce prêtre physiquement diminué qui s’en veut et veut comprendre ; ce clochard grec à la fois mystique et roublard qui mène les flics en bateau tout en protégeant son bien le plus précieux ; ce prélat prétentieux et imbu de lui-même, enfermé dans ses idées et ses croyances.

    Il faut lire ce livre car il est bourré de symboles, des plus religieux aux plus athées, et nous embarque dans  un jeu de piste brillant  pour tous les identifier, depuis le titre jusqu’aux rôles des différents personnages, en passant par certaines scènes. Il mêle cour des miracles et références bibliques, Quasimodo et recherche de sainteté, saleté et art religieux.

    Il faut le lire car nous même si nous ne sommes pas dans un page turner le tempo du récit est intéressant. Certes il n’aligne pas  rebondissements et fausses pistes, mais il avance de façon  régulière,  comme si l’auteur voulait nous faire progresser au rythme des pas du père Kern et des flics du 36 dans les rues de Paris.   

    Il faut le lire car Alexis Ragougneau nous propose une écriture personnelle, belle, au style affirmé, assez éloignée pour le coup de pas mal de romans qui se ressemblent trop. Ses descriptions des personnages, notamment, sont particulièrement imagées et réussies, nous permettant non seulement de  les imaginer sans peine, mais aussi de nous mettre dans leur peau pour vivre et ressentir ce qu’ils vivent et ressentent.

    Vous l’avez compris, vous devez lire ce livre coup de cœur pour moi !

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  • Un cri sous la glace de Camilla Grebe  (Éditions Calmann Levy) ; 401 pages

    Quand les personnages sont (presque) plus importants que l’intrigue

    Je tiens à remercier Netgalley et les éditions Calmann levy grâce auxquels j’ai pu découvrir ce livre et son auteure

    Lecture numérique !

    Ici tout débute avec d’un côté  la découverte d’un corps de femme décapitée dans la maison de Jesper Owe, grand patron d’entreprise, qui a disparu, et de l’autre l’histoire d’une relation cachée entre Jesper et une jeune femme figurant parmi ses employés, Emma. Pendant que nous suivons les enquêteurs dans leur travail, Emma va nous raconter sa vie, son enfance et son adolescence, sa rencontre avec ce patron tout puissant qui va la séduire, son bonheur puis ses doutes,  jusqu’à ce que tout se délite peu à peu.

    Ce roman au récit somme toute assez classique dans sa partie enquête, nous propose tout de même un montage assez différent avec énormément de place laissée aux personnages et à leurs relations. L’auteur a pris le parti de nous faire vivre non seulement le déroulé de l’enquête, et donc ce qu’Emma a vécu avant la découverte du cadavre, mais aussi la vie des deux autres personnages principaux : Hanne, profileuse brillante mais malade, et Peter, un flic pris par son travail, incapable de prendre ses responsabilités dans sa vie privée.

    Ce sont ces deux relations de couples assez particulières qui sont  finalement au cœur du livre : Emma et Jesper, Hanne et Peter. Deux couples qui se ressemblent par certains aspects (les deux enquêteurs ont eu une liaison tenue secrète dix an auparavant, Jesper ne souhaite pas que sa relation avec Emma soit connue, des médias notamment), et qui sont très dissemblables par d’autres (Jesper domine Emma quand Peter et Hanne sont sur un même pied d’égalité). Peter et Hanne, malgré leur histoire passée vont devoir s’allier, travailler ensemble, et avancer pour identifier la victime et retrouver Jesper.  Emma et Jesper vont confronter leur mode de vie et leurs caractères (affirmé et possessif pour lui, en retrait et discret pour elle).

    Un cri sous la glace n’est donc pas un page turner tourné vers l’action et les rebondissements, mais un récit dans lequel  s’entremêlent tout au long des 400 pages, enquête, découverte des personnages, avancés de l’histoire, avec une brusque accélération du tempo dans les 100 dernières. En ce sens, il pourrait déplaire à ceux qui s’intéressent moins aux protagonistes qu’au déroulé. Personnellement j’y ai trouvé beaucoup d’intérêts, j’ai passé un très bon moment de lecture à suivre simultanément les avancées de ce duo d’enquêteurs et l’évolution d’Emma, et je vous le recommande donc

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