• Évangile pour un gueux de Alexis Ragougneau  (Éditions Viviane Hamy) ; 367 pages

    Attention, coup de cœur !

    Ici il est question de la rencontre entre un prêtre et une poignée de  SDF qui ont envahi la cathédrale de Notre Dame une veille de Noël, de toute une série d’évènements qui mèneront à l’assassinat de Mouss, leader  des SDF, et de l’enquête qui va être menée en parallèle par quelques flics ( que la mort de Mouss n’indiffère pas) et par le prêtre, qui va vouloir comprendre le pourquoi de ce meurtre.

    Je ne vous en dirai pas plus, si ce n’est qu’il vous faut absolument lire ce livre si vous aimez les romans noirs ! Qu’il vous faut absolument lire ce livre si vous aimez les romans policiers ! Qu’il vous faut absolument lire ce livre si vous chercher des auteurs qui possèdent une  identité, une plume ! Qu’il vous faut absolument lire ce livre si vous aimez les romans à symboles.

    Il faut le lire car l’auteur n’y va pas par quatre chemins : il ne parle pas de SDF anonymes, se fondant dans la foule, mais de clochards vivant dans leur univers, sale, noir, violent, ubuesque en plein cœur des quartiers les plus riches de Paris. Il ne parle pas de prélats catholiques engoncés dans leurs tenues et  dans leur dogme, mais de manipulateurs politiques et extrémistes pour certains. Il ne parle pas de supers flics mais d’hommes et femmes, avec leurs petits et gros défauts, qui progressent de façon pragmatique.

    Il faut le lire car l’auteur nous propose des personnages forts, emblématiques, en équilibre quasi parfait entre réalisme et caricature : ce prêtre physiquement diminué qui s’en veut et veut comprendre ; ce clochard grec à la fois mystique et roublard qui mène les flics en bateau tout en protégeant son bien le plus précieux ; ce prélat prétentieux et imbu de lui-même, enfermé dans ses idées et ses croyances.

    Il faut lire ce livre car il est bourré de symboles, des plus religieux aux plus athées, et nous embarque dans  un jeu de piste brillant  pour tous les identifier, depuis le titre jusqu’aux rôles des différents personnages, en passant par certaines scènes. Il mêle cour des miracles et références bibliques, Quasimodo et recherche de sainteté, saleté et art religieux.

    Il faut le lire car nous même si nous ne sommes pas dans un page turner le tempo du récit est intéressant. Certes il n’aligne pas  rebondissements et fausses pistes, mais il avance de façon  régulière,  comme si l’auteur voulait nous faire progresser au rythme des pas du père Kern et des flics du 36 dans les rues de Paris.   

    Il faut le lire car Alexis Ragougneau nous propose une écriture personnelle, belle, au style affirmé, assez éloignée pour le coup de pas mal de romans qui se ressemblent trop. Ses descriptions des personnages, notamment, sont particulièrement imagées et réussies, nous permettant non seulement de  les imaginer sans peine, mais aussi de nous mettre dans leur peau pour vivre et ressentir ce qu’ils vivent et ressentent.

    Vous l’avez compris, vous devez lire ce livre coup de cœur pour moi !

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  • Un cri sous la glace de Camilla Grebe  (Éditions Calmann Levy) ; 401 pages

    Quand les personnages sont (presque) plus importants que l’intrigue

    Je tiens à remercier Netgalley et les éditions Calmann levy grâce auxquels j’ai pu découvrir ce livre et son auteure

    Lecture numérique !

    Ici tout débute avec d’un côté  la découverte d’un corps de femme décapitée dans la maison de Jesper Owe, grand patron d’entreprise, qui a disparu, et de l’autre l’histoire d’une relation cachée entre Jesper et une jeune femme figurant parmi ses employés, Emma. Pendant que nous suivons les enquêteurs dans leur travail, Emma va nous raconter sa vie, son enfance et son adolescence, sa rencontre avec ce patron tout puissant qui va la séduire, son bonheur puis ses doutes,  jusqu’à ce que tout se délite peu à peu.

    Ce roman au récit somme toute assez classique dans sa partie enquête, nous propose tout de même un montage assez différent avec énormément de place laissée aux personnages et à leurs relations. L’auteur a pris le parti de nous faire vivre non seulement le déroulé de l’enquête, et donc ce qu’Emma a vécu avant la découverte du cadavre, mais aussi la vie des deux autres personnages principaux : Hanne, profileuse brillante mais malade, et Peter, un flic pris par son travail, incapable de prendre ses responsabilités dans sa vie privée.

    Ce sont ces deux relations de couples assez particulières qui sont  finalement au cœur du livre : Emma et Jesper, Hanne et Peter. Deux couples qui se ressemblent par certains aspects (les deux enquêteurs ont eu une liaison tenue secrète dix an auparavant, Jesper ne souhaite pas que sa relation avec Emma soit connue, des médias notamment), et qui sont très dissemblables par d’autres (Jesper domine Emma quand Peter et Hanne sont sur un même pied d’égalité). Peter et Hanne, malgré leur histoire passée vont devoir s’allier, travailler ensemble, et avancer pour identifier la victime et retrouver Jesper.  Emma et Jesper vont confronter leur mode de vie et leurs caractères (affirmé et possessif pour lui, en retrait et discret pour elle).

    Un cri sous la glace n’est donc pas un page turner tourné vers l’action et les rebondissements, mais un récit dans lequel  s’entremêlent tout au long des 400 pages, enquête, découverte des personnages, avancés de l’histoire, avec une brusque accélération du tempo dans les 100 dernières. En ce sens, il pourrait déplaire à ceux qui s’intéressent moins aux protagonistes qu’au déroulé. Personnellement j’y ai trouvé beaucoup d’intérêts, j’ai passé un très bon moment de lecture à suivre simultanément les avancées de ce duo d’enquêteurs et l’évolution d’Emma, et je vous le recommande donc

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  • Apnée de Joakim Zander  (Éditions Actes Sud) ; 384 pages

    A quand le film ?

    Ce roman débute en 1980 en Syrie avec l’explosion d’une voiture pour se terminer de nos jours sur une ile suédoise dans la fureur et le sang, avec en fil rouge l’histoire d’un homme qui a dû abandonner sa fille pour la sauver et s’en veut de ses choix.

    Joakim Zander va nous proposer une montée progressive en tension, avec un début assez lent mais qui va permettre de faire connaissance avec les protagonistes et d’installer le récit. Un récit qui peu à peu va s’emballer pour finir par nous  embarquer dans une course folle à travers l’Europe, à la suite des personnages principaux, qui fuient pour sauver leur vie.

    Mais il n’est pas question que d’action et de rebondissements dans le livre ; c’est aussi le portrait d’un homme qui nous est proposé, un homme profondément seul et marqué par la mort de sa compagne et l’abandon de son bébé. Un homme qui nage durant des heures pour tenter d’oublier ses doutes quant à son métier et ses choix (ou ses non choix parfois),   un homme qui s’ennuie lorsqu’il se trouve loin du terrain, mais qui y étouffe dès qu’il y retourne.

    Les autres personnages sont, pour moi, la partie la moins aboutie du roman, l’auteur se contentant  de stéréotypes assez flagrants : la jeune cadre dynamique, le chercheur curieux, l’avocat d’affaire peu scrupuleux, les espions en tout genre (celui qui dirige, les gros bras, la tueuse, ..).

    C’est certainement là que Zander aurait d’après moi à gagner en intérêt, dans la complexité et l’épaisseur de ses personnages, car pour le reste, son roman décrit un sujet certes classique mais maitrisé d’un bout à l’autre, et particulièrement réussi dans son tempo et ses descriptions. Par ces aspects là, le titre est tout à fait mérité, il traduit bien cette sensation d’essoufflement que l’ont ressent dès le premier tiers du livre, et je verrais très bien un réalisateur s’y intéresser pour en faire un bon film d’action ! Alors si vous aimez le genre, n’hésitez pas, plongez vous dans Apnée, vous passerez, comme moi, un très bon moment de lecture

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  • Hortense de Jacques Expert  (Editions Sonatine) ; 336 pages

    Déçue par ce dernier Expert

    Il fallait bien que cela arrive… Il fallait bien qu’un jour je tombe sur un roman de Jacques Expert qui allait me décevoir, et voilà c’est fait, avec Hortense.

    Pourtant, l’idée était intéressante : une petite fille est enlevée il y a 20 ans,  et un jour dans la rue sa mère Sophie croise une jeune fille, Emmanuelle, et immédiatement elle en est persuadée, elle sait que cette jeune fille, c’est Hortense, son enfant.

    Comme bien souvent, Jacques Expert va nous faire plonger dans la folie ordinaire. Celle de cette femme absolument et totalement convaincue qu’Emmanuelle est son enfant chérie, celle autour de qui toute sa vie tournait il y a 20 ans, celle autour de qui tourne encore toute sa vie, une vie terne, transparente, sans aucune joie. Mais est ce de la folie ou bien le hasard a-t-il bien fait les choses ?

    C’est sur cette question que repose en fait tout le cheminement du livre, et c’est à cette question que j’ai eu du mal à adhérer, ne retrouvant pas dans ce récit les effets de surprise que Expert contrôle si bien d’habitude. Dès les premières pages, je me suis fait un avis (validé par la fin), et mon plaisir en a été gâché. Je n’ai pas non plus retrouvé la maitrise du rythme et du crescendo qui font  la force de ses romans précédents, et disons le, je me suis ennuyée. J’ai trouvé le récit lent, long,  beaucoup trop linéaire, sans aspérité ni rebondissement, totalement plat.

    A l’exception de Sophie, les personnages ont pour moi peu d’envergure, peu d’aspérités, ils manquent de complexité, de cette ambigüité qu’Expert nous propose habituellement et qui font pour partie la richesse et l’intérêt de ses livres.

      Pourtant la plume de l’auteur est toujours là, avec sa qualité d’écriture ; on retrouve aussi ce qu’il aime mettre en avant : un protagoniste central autour duquel l’histoire tourne et progresse. Mais cette fois ci cela n’a pas fonctionné sur moi. Peut-être que je connais trop bien son univers maintenant pour être surprise ? Peut-être attends-je toujours plus de lui ? Je n’en sais rien. Je ne vous recommanderai donc pas Hortense, ce qui n’enlève rien à la qualité de ses autres romans ! Et bien sûr, ceci n’est que mon humble avis …

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  • Quand la neige danse  de Sonja Delzongle   (Éditions Denoel) ; 432 pages

    Au top !

    Avec Dust, Sonja Delzongle nous emmenait au Kenya, dans la chaleur africaine. Ici c’est dans l’hiver nord américain qu’elle  nous embarque avec ce roman, dans lequel il est question de disparition de 4 petites filles, dont les parents vont recevoir un cadeau aussi étrange qu’effrayant : une poupée coiffée et habillée comme leurs filles. Hannah, la profileuse va aider le père de l’une d’elle à enquêter sur cette disparition.

    Comme avec Dust, j’ai été emballée par la capacité de l’auteure à nous faire vivre et ressentir les émotions de ses personnages, et surtout à nous donner l’impression de nous retrouver nous aussi dans ce froid limite polaire, au milieu de cette neige, de ces lacs et forêts gelées. Elle réussit si bien à décrire les sensations qu’elle m’a réellement transmis le sentiment que j’avais froid, au point que je me suis surprise à aller chercher un gilet alors que j’étais tranquillement installée chez moi dans un fauteuil, bien au chaud !

     Le récit est lui prenant du début à la fin, avec un rythme d’abord plutôt tranquille, histoire d’installer contexte et personnages, puis qui s’accélère progressivement, jusqu’aux 100 dernières pages totalement impossibles à lâcher ! Il est par ailleurs suffisamment complexe pour proposer plusieurs pistes parfaitement plausibles, nous faisant douter plus d’une fois sur le fameux « qui a fait quoi et pourquoi » sur lequel tous les lecteurs de policier s’interrogent. La tension est, elle,  maitrisée d’un bout à l’autre, avec un crescendo qui rend le roman impossible à lâcher avant la fin (en tout cas me concernant !)

    L’écriture est simple, fluide, efficace, au service de l’histoire, avec de réelles qualités descriptives : moi qui n’aime pas les longs passages sur les paysages, je ne me suis là pas du tout ennuyée lorsque l’auteure évoque les forêts, le lac, la neige. Sonja Delzongle parvient à trouver le bon équilibre entre descriptions, nécessaires pour nous mettre dans l’ambiance, et déroulé de l’action.

    Le personnage de Hannah prend encore de l’ampleur tout en laissant la juste place aux autres protagonistes : le père d’un des fillettes, partagé entre désespoir et rage de retrouver sa fille en vie, le chef de la police locale prêt à accepter toutes les aides pour avancer et qui fait son boulot le mieux possible, les personnages secondaires, qui tous apportent des éléments importants.

    Vous l’avez compris, j’ai passé un excellent moment de lecture, je n’ai pas pu lâcher ce livre dans ses 200 dernières pages, et je vous le recommande vivement, car dans le genre je trouve que c’est une vraie réussite ! Et maintenant je n’ai plus qu’à attendre la sortie du prochain Delzongle, qui est entrée dans la liste de mes auteurs à suivre, tout en essayant de dénicher ses romans précédents (qui ne sont malheureusement pas disponible dans ma médiathèque, je sens que ma PAL va encore grimper) !

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