• Lumen  de Ben Pastor  (Editions Actes Sud/actes noirs) ; 416 pages

    En demi-teinte

    Ce roman se déroule dans la Pologne envahie de 1939/1940, avec le meurtre d’une religieuse, et l’enquête menée conjointement par un improbable duo : un officier du renseignement allemand et un prêtre américain. Ensemble ils vont tenter de découvrir qui a assassiné cette personnalité connue pour ses prédictions mystiques, consultée à la fois par des Polonais et des officiers Allemands.

    Surtout, c’est dans la Pologne occupée telle qu’elle est vue et vécue par Martin Bora que nous emmène l’auteure. Cet officier jeune, rigoureux, obéit au début sans sourciller aux ordres donnés par sa hiérarchie il ne s’attarde pas trop sur le comportement de ses compatriotes tant il est pris par  sa volonté de bien faire. Au fur et à mesure de l’avancée de ses investigations toutefois, il va se retrouver témoin  de scènes de violence  et d’actes commis par les SD et les SS,  qui petit à petit vont le choquer et le pousser à réfléchir sur les limites de son engagement.

    Autant vous le dire tout de suite, si vous cherchez un page turner ou un récit 100% axé sur les aspects policiers, ce roman n’est pas fait pour vous ! Le rythme est lent, mesuré, et la part belle est faite à l’ambiance et aux personnages plutôt qu’à l’enquête. C’est pour moi à la fois le point faible et le point fort du livre.

    Le point faible car l’enquête est finalement noyée au milieu des autres sujets abordés par Ben Pastor : occupation,  place des femmes durant cette période (celle des pays occupés, celle des épouses laissées au loin), religion et politique, et bien sûr comportement des troupes allemandes avec les Polonais. Le point fort car il permet de laisser la part belle au questionnement, au cheminement et aux doutes de ce soldat d’origine prussienne, que les actes des SD et SS sur place vont faire évoluer de l’indifférence froide à la tentative de réaction et de dénonciation  d’actes inhumains.

    Plus qu’un roman policier duquel on attend un minimum de suspense et de rebondissement, c’est donc en fait un récit, entre les lignes, des horreurs de l’époque et du mode de pensée des militaires allemands en fonction de leur niveau d’adhésion aux théories nazies. Un récit plutôt subtile dans l’écriture, qui suggère bien plus qu’il ne décrit précisément, mais qui a parfois, à mon gout, du mal à nous proposer un tempo suffisamment prenant pour que l’on s’intéresse vraiment à l’intrigue et aux personnages.

    J’ai aussi été déçue par le peu de place accordée au personnage du prêtre américain, qui ne servait selon moi que de simple faire valoir à celui de Bora. Certes il était présent à certains moments, mais son point de vue m’a paru nettement en retrait, alors qu’il y avait un vrai potentiel à développer avec cette présence tout de même assez étonnante d’un Américain (certes pas encore en guerre, mais tout de même) au milieu de ce pays occupé.

    Bref, je suis restée au milieu du gué avec ce livre, peut-être surtout parce qu’il ne correspondait pas vraiment à ce que j’en attendais ? Mais bien sûr ceci n’est que mon humble avis !

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  •  11 juin de Matthieu Biasotto  (auto édition) ; 310 pages

    Une claque !

    Lecture numérique 

    Tout d’abord je souhaite remercier vivement  Matthieu Biasotto de m’avoir permis de découvrir son nouveau roman ! Ce remerciement est d’autant plus grand que j’ai pris une vraie claque avec cette lecture…

    Nous sommes le 11 juin, jour terrible pour Maud, qui, un autre 11 juin a vécu quelque chose qui l’a détruite, mise en charpie, quelque chose qui la tue à petit feu. Au volant de sa voiture, désespérée  et au fond du gouffre, elle va tomber sur un homme en panne au bord de la route…Voici le début de ce roman, un début sur lequel je ne peux rien dire de plus sous peine de révéler des éléments importants pour la suite.

    Maintenant que vous dire, si ce n’est de vous précipiter sur ce roman si vous aimez les histoires fortes, les retournements de situation, les livres durs, rudes, qui vous retournent justement de par leur dureté, de par leur absence de sensiblerie !

    Car ce roman est un petit diamant !

     L’écriture est précise, nette, elle nous décrit les sentiments des personnages avec une justesse incroyable. On se met à la place de cette femme qui hurle en silence une douleur qui la consume peu à peu (on devinera, puis on comprendra petit à petit pourquoi). Comme elle, aussi, on se pose des questions sur cet homme en panne au bord de la route. Puis on se met à sa place à lui, ce jeune homme en panne et paniqué car il a des choses extrêmement importantes pour lui à faire, et à faire rapidement. On partage leur indécision, leurs doutes, leurs questions. Comme eux, on vit ce malaise qui s’installe entre eux sans trop savoir pourquoi.

    L’histoire quant à elle,  est rythmée, et quand tout semble se calmer un peu, un rebondissement ou un retournement de situation se produit, toujours étonnant mais toujours cohérent, et qui nous embarque encore plus loin. Très vite, finalement on arrête de réfléchir, d’essayer à tout prix de comprendre ce qui se passe pour se laisser porter par le récit.

    Alors certes ce diamant aurait peut-être mérité qu’on le polisse encore un peu ( retirer quelques redites par ci par là, affiner un petit peu plus certains personnages pour leur donner plus de corps), mais parfois, comme ici le mieux ne peut être que l’ennemi du bien, car le livre en aurait certainement perdu de sa personnalité et de sa force.

    J’ai très peu d’expérience sur les livres auto édités,  j’ignore donc quel niveau de qualité globale ils ont comparé à ceux que nous propose l’édition « classique ». Mais une chose est sûre : ce roman ci est une vraie belle réussite, alors pour les fans du genre, jetez-vous dessus,  immédiatement !

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  • Viens mourir avec moi  de   Karen Sander  (Éditions Albin Michel) ; 400 pages

    Pas novateur mais très agréable à lire

    Merci à Babelio et aux Éditions Albin Michel  de m’avoir fait découvrir ce premier roman de Karen Sander !

    Ici il est question d’un duo allemand (un flic, une psychologue) qui va être amené à travailler ensemble afin d’arrêter un tueur de femmes particulièrement violent, tout en cherchant à identifier celui qui harcèle la jeune femme de lettres anonymes.

    Je pourrais reprocher à ce policier un certain manque d’inventivité et de surprises. Déjà le 4eme de couverture est plutôt maladroit, car il annonce un fait qui n’arrive que très tard dans le récit (je ne comprends toujours pas ce choix qui casse totalement tout effet de surprise !). Ensuite l’histoire est construite d’une telle façon que très vite les différents rebondissements se laissent deviner sans trop de peine, de même que la fin (qui personnellement m’a semblée évidente, suis-je la seule ?). Enfin, j’ai trouvé les personnages principaux plutôt classiques, avec d’un côté le flic expérimenté, tenace, un brin soupe au lait, et de l’autre la jeune profileuse brillante, têtue,  marquée par une histoire familiale difficile qu’elle essaie de faire oublier.

    Certains sujets m’ont paru   aussi manquer de profondeur : les personnages secondaires ne sont pas assez fouillés à mon gout, le traitement de l’histoire familiale de Liz m’a aussi surprise par son aspect « survolé » (notamment le personnage du père ), et certains rebondissements auraient mérité plus de place dans le récit.

    Malgré tout, j’ai apprécié cette lecture : le style est agréable, l’écriture fluide, le rythme suffisamment prenant pour vouloir aller jusqu’au bout sans lâcher le livre. Karen Sander ne nous propose certes pas un grand roman, mais un policier efficace, rondement mené et très agréable à lire. Ses personnages sont attachants, et on les suit avec un plaisir certain dans leur enquête comme dans la naissance d’une  relation dont on ne sait pas encore vraiment vers quoi elle se dirigera dans les prochains romans (déjà parus en Allemagne) : amitié, plus si affinités ?

     En cela je le trouve finalement plutôt réussi, sans que ce soit un coup de cœur, et  je le recommande à ceux qui recherchent une lecture qui les fera doucement frissonner (les meurtres sont assez sanglants mais sans se situer dans la noirceur totale ou l’ultra violence de certains auteurs).

    Quant à moi j’attends maintenant avec une certaine impatience la parution (probable) des romans suivants, afin de découvrir l’évolution de Liz et de Georg (ce qui me fait dire que malgré les défauts que j’ai pu lui trouver, ce policier m’a tout de même bien accrochée !).

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  • L’effet Domino de François Baranger (Editions Bragelonne); 646 pages

    Un excellent bond en arrière !

    Merci à lecteurs.com de m’avoir offert l’opportunité de découvrir ce nouveau roman de François Baranger.

    Ici nous  sommes très loin de Dominium Mundi, son roman précédent : pas de science fiction, mais une plongée dans le Paris de 1907, et dans une enquête policière à la poursuite d’un tueur fou qu’alors on ne nommait pas tueur en série.

    L’enquête est menée par un  quatuor assez improbable pour l’époque : un flic de province doué mais détesté par ses pairs, une jeune femme qui se bat pour être reconnue pour ses compétences, un « bleu » prometteur tout juste sortir de l’école de  police et un journaliste issu de la haute bourgeoisie et très orienté politiquement.

    Ce quatuor, nous allons le suivre dans une ville en plein bouleversement : les travaux lancés par Haussmann, quoi que très avancés,  ne sont pas encore terminés, et Paris est divisée entre beaux quartiers aux appartements et maisons cossus, et quartiers populaires extrêmement pauvres, sales, sombres, dangereux. Bourgeois et ouvriers, femmes du monde et prostituées, tous vivent dans cette ville, et se côtoient rarement. Cette description est excellente, et clairement l’auteur m’a embarqué dans ce début de 20eme siècle qui découvre les voitures,

    Il m’y a embarquée aussi du fait du vocabulaire utilisé, suranné, désuet mais tellement parlant, qui m’a ramenée des années en arrière quand, enfant, je regardais  Les brigades du Tigre et trouvais leur façon de parler tellement drôle et différentes. La gouaille de  certains personnages correspond totalement à l’image que j’ai de cette époque dans laquelle l’argot parisien était monnaie courante, et j’ai pu m’imaginer sans peine certaines scènes et dialogues.

    L’enquête, elle, est longue, ardue, mais jamais ennuyeuse ; les rebondissements et les temps plus calmes s’enchainent bien et rendent le récit à la fois prenant et didactique. Tout est cohérent et précis, chaque personnage à sa place et suffisamment intéressant pour qu’on le suive avec plaisir (peut-être la place tenue par  le jeune flic aurait-elle mérité d’être un peu plus étoffée  pour le rendre plus présent et nécessaire à l’histoire).

    Bref, j’ai retrouvé dans ce roman tout ce que j’apprécie d’un policier historique : plongeon dans le passé, réalisme et respect historique, récit qui tient la route (même s’il reste un peu en deçà de ce qui pour moi se fait de mieux dans le genre : L’aliéniste de Caleb Carr). Je vous le recommande donc chaudement !

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  • Tempêtes solaires  de Ludovic Spinosa (Éditions Persée); 228 pages

    Comment peut-on éditer ainsi  !

    Merci à livraddict et aux éditions Persée de m’avoir permis de  découvrir ce roman.

    Avec cette chronique me voici dans une situation délicate : tenter d’écrire mon ressenti  sur un roman qui pour moi n’aurait jamais dû être édité en l’état. Loin de moi l’idée de démonter un auteur, je vais donc rester principalement factuelle, et ce d’autant plus que je n’ai pas pu le terminer, tellement j’ai été  agacée par ce que je voyais !

    Les 75 pages que j’ai lues sont bourrées d’erreurs de typographie : retours à la lignes sauvages en milieu de phrase, ponctuation mal placée avec des virgules au kilomètre, majuscules manquantes, signes remplaçant la ponctuation .

    Pire, les fautes d’orthographe et de grammaire se comptent par dizaines, parfois 3,4, 5 par page. A tel point qu’il m’a été très vite totalement impossible de rester concentrée sur le récit, et que j’ai fini par ne plus voir que cela : les pluriels non respectés, les verbes mal conjugués, les accents oubliés, …

    Beaucoup de maladresses aussi : phrases sans sujets, verbes mal accordés,  temps qui se mélangent, compléments à rallonges et verbes mal accordés qui rendent certaines phrases, voire des  paragraphes, limite incompréhensibles.

    Exemple page 64 (je respecte scrupuleusement ce que je lis) :« Cette vague de feu, n'est maintenant plus qu'à vingt mètres du camion-poubelle, Flavio sent déjà
                      la rage de ne rien pouvoir faire, monter en lui, et de voir la scène sous ses yeux de ses amis se faire descendre
    . » 

    Coté vocabulaire, là aussi cela pêche franchement par moment, avec des mots ou des expressions mal choisis de mon point de vue . Exemple page 62  « C'est quand Riley reçoit un grand coup de coude à l'arcade, faisant gicler une grande salve de sang, qu'il décide de se mettre plus à l'abri » . J’ignorais qu’on parlait de « salve » de sang….

    Des exemples similaires, je pourrais vous en citer à la pelle ! comment une maison d’édition peut-elle laisser passer des défauts aussi grossiers ? Car on ne parle ni de style d’écriture, ni de récit, ni de tempo, mais bien de simple respect de la langue française. Et derrière, de respect pour l’auteur (qui a produit un travail qui lui a demandé du temps, et qui aurait mérité relecture et retravail), et pour les lecteurs ; en tout cas pour ceux tels que moi qui estiment qu’un éditeur à son rôle à jouer : conseils, corrections, qualité du « produit » livre.

    Bref, je ne vous recommande absolument pas ce roman, en tout cas pas tant qu’un vrai travail de relecture et corrections n’aura pas été mené de façon sérieuse.

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