• Derrière la haine  de Barbara Abel   (Éditions Fleuve noir) ; 320 pages

    Dévoré en quelques heures !

    Deux couples voisins qui vont devenir des amis, quoi de plus classique ? Des amis proches, très proches, de plus en plus proches, surtout que leurs enfants, des garçons, naissent à quelques mois d’intervalle, et s’entendent comme larrons en foire ! Mais un drame arrive, touchant l’un des deux familles, et là tout va petit à petit basculer. Dans la suspicion, dans le doute, puis dans le repli, dans la colère, dans la folie.

    C’est cette évolution que va nous raconter Barbara Abel, de cette rencontre presque parfaite jusqu’à la haine la plus totale.  Par petites touches, puis grands éclats. Les apéros et repas partagés deviennent portes closes, les éclats de rire des silences et non dits, les coups de main des gestes violents. Elle va distiller le malaise et nous faire poser pas mal de questions, car même si la fin peut être prévisible quand on a l’habitude de ce type de livre, elle va si loin que jusqu’aux dernières pages on doute tout de même un peu.

    Les personnages, centrés sur les deux femmes, Tiphaine et Lætitia, sont étoffés, pas forcément totalement parfaits mais suffisamment crédibles tout de même pour nous faire peur, nous étonner, nous retourner parfois aussi par leur jusqu’au boutisme. Les hommes sont plus en retrait, assez falots finalement, comme phagocytés par leurs compagnes  respectives qui décident, agissent, dominent. Le récit, même s’il est par moment excessif, nous met d’autant plus mal à l’aise, qu’il reste plausible (après tout, combien d’entre nous sont devenus amis avec nos voisins, surtout quand ils nous ressemblent ?).

    Alors, oui on pourrait dire que ce roman n’est peut-être pas ce qu’on fait de mieux en terme de style et d’innovation,  que certaines scènes peuvent paraître outrancières. Je suis peut-être aussi quelque part un peu trop positive, m’étant sentie particulièrement touchée (pour plusieurs raisons) par les thèmes développés. Mais il n’en demeure pas moins qu’il est diablement efficace car impossible à lâcher, que Barbara Abel sait doser le niveau de tension et maitrise le rythme de l’histoire. Le style d’écriture est lui efficace et fluide, au service de la narration. Des raisons qui font que je vous le recommande vivement si vous aimez le genre ! Quant à moi je suis déjà en quête de la suite, car oui il y a une suite (même si Derrière la haine peut se lire seul)

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  • Un souffle une ombre  de Christian Carayon  (Éditions Fleuve noir) ; 508 pages

     

    Un intéressant roman policier mais pas que

    Ici il est question d’un homme de 45 ans, historien chercheur et professeur à l’université de Toulouse, qui a grandi dans une petite ville ayant vécu une monstruosité en 1980 : le meurtre de 4 jeunes adolescents sur une base nautique. Lui-même marqué à vie par cette atrocité, il décide de s’intéresser au sujet, soit disant dans le cadre d’une étude historique sur la région, mais surtout afin de retrouver un intérêt à vivre.

    Le roman est donc un mélange étonnant, et un peu désarçonnant au début (en tout cas pour moi)  d’enquête sur ces meurtres, de réflexion sur notre relation à l’Histoire et de description à la mode « roman rural » de ce village et de ses habitants, un genre que je n’apprécie pas particulièrement, et qui a rendu ma lecture au départ assez difficile. Heureusement pour moi, ce 3eme aspect, très (trop) présent dans les premiers chapitres, s’estompe petit à petit pour laisser finalement  toute leur place au premier et deuxième élément !

    Et ces deux éléments sont eux maitrisés de bout en bout et particulièrement intéressants. On découvre comment cet homme se sert de ses compétences de chercheur et de son sens de la déduction pour  reprendre l’enquête pas à pas, une enquête qui va progressivement devenir son principal centre d’intérêt, le poussant à reléguer ses impératifs professionnels au second plan. Mais aussi une enquête qui curieusement, va lui redonner de son assurance perdue, et l’aider à passer le cap de moments difficiles avec certains collèges de travail peu scrupuleux.

    Dans le même temps, l’auteur, lui-même historien, va nous proposer une autre façon d’appréhender  l’Histoire, en nous faisant découvrir, derrière des querelles d’experts qui peuvent paraitre anodines, qu’il y a bien des façons de présenter un événement pourtant par ailleurs inscrit dans le marbre, une réflexion intéressante et qui sort donc le lecteur du pur roman policier.

    L’écriture et le style sont eux particulièrement soignés (tout comme les personnages),  le vocabulaire précis et riche,  et tout ceci contribue donc à construire un récit finalement prenant une fois qu’on a réussi à passer les 50 premières pages. Surtout Christian Carayon réussit à attiser doublement  notre curiosité : son personnages va-t-il retrouver le ou les assassins et va-t-il s’en sortir professionnellement face à des homologues qui n’attendent qu’une erreur de sa part pour le détruire.

    Je vous recommande donc ce roman, qui certes démarre lentement, mais qui vaut la peine qu’on s’accroche !   

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  • Un sac  de Solène Bakowski  (Éditions Milady) ; 288 pages

    Le conte d’une Causette déjantée …

    Lecture numérique !

    Merci beaucoup aux Éditions Milady et à Netgalley de m’avoir permis de découvrir ce livre, dans lequel nous suivons  la vie de Anna Marie, de sa naissance à ses 24 ans. Une vie qui commence dans la douleur, et qui sera  ponctuée de crises de violence inouïes et soudaines, seule solution que trouvera cette petite fille, puis cette adolescente,  puis cette femme,  pour gérer frustration et coups durs. C’est elle qui nous raconte son enfance, la découverte d’une mère rendue folle dont les mots qu’elle croit dits pour elle la marqueront pour toujours. C’est elle qui nous décrit la rencontre avec Camille, puis Max, deux des hommes de sa vie, qui tous les deux lui feront du mal. C’est elle qui nous parle de l’après Camille, de l’après Max, de sa survie. C’est elle enfin qui nous expliquera pourquoi elle se retrouve Place des Grands Hommes, avec ce sac, titre du roman.

    L’écriture de Solène Bakowski est belle, précise ; elle nous permet d’entrer dans la tête de son héroïne et de la suivre sans peine, et sans vraiment réussir à la juger malgré les actes fous qu’elle commet lorsqu’elle « pète les plombs », submergée par des sentiments (peur, jalousie, désespoir)  qu’elle ne sait plus contrôler.

    Vous l’avez compris : si vous cherchez une bluette, un roman léger, de la guimauve, passez votre chemin, car dans  ce récit il n’est question que de trahison, d’abandon, de mort. Les moments agréables sont rares, et présentés de façon très succincte, comme si l’auteur voulait les évacuer rapidement pour se concentrer sur la noirceur d’un destin marqué dès avant sa naissance par le malheur, et finalement quelque part prédestiné au pire. C’est peut-être la seule limite de ce roman, cette insistance à vouloir nous démontrer que tout est déjà bouclé, que pour Anna Marie, seuls le noir et l’horreur sont possibles, malgré la volonté d’avancer, malgré la recherche d’une certaine forme de normalité, puis de  rédemption.

    Ce roman n’est pas à mettre entre toutes les mains, et n’est surtout pas à lire un jour de déprime. Mais si vous aimez les romans noirs, les personnages dérangeants, les récits réalistes, je vous le recommande car vous y trouverez votre compte, avec en plus la découverte d’une auteure au style vraiment intéressant.

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  • La fille d’avant  de JP Delaney  (Éditions Mazarine) ; 428 pages

    Excellent thriller psychologique !

     

     

    Merci à Babelio et aux Éditions Mazarine de m’avoir permis de découvrir ce livre en avant première, avec en plus une édition spéciale pour les personnes qui comme moi ont eu la chance de le recevoir !

    Ce roman est une histoire à double voix : celle d’Emma et celle de Jane, qui à quelques temps d’intervalle vont habiter la même étrange maison à Londres. Une maison de rêve au loyer acceptable mais aux règles très précises, imposées à des locataires triés sur le volet par son propriétaire, homme étrange et fascinant, obnubilé par une simplicité synonyme de perfection. Bien sûr cet homme, architecte renommé et controversé, va vite prendre une place prépondérante dans la vie de chacune des deux jeunes femmes, jusqu’à ce que …

    Voici donc le début de ce récit, qui de prime abord, peut semble surfer sur la vague des thrillers psychologiques faisant se rencontrer des femmes un peu perdues,  fragilisées par des drames, et un homme séduisant, attirant mais aussi dangereux. J’ai moi-même été assez négativement surprise par les premières pages, craignant de devoir lire un énième livre aseptisé nous décrivant en long en large et en travers les actes d’un pervers narcissique. Mais très vite, l’histoire s’étoffe, ouvre des pistes, qu’elle s’empresse ensuite de brouiller. Les personnages se complexifient, deviennent moins blancs ou noirs, plus profonds, plus intéressants car bien plus ambivalents que le début ne le laissait prévoir. Le rythme s’accélère et il devient alors quasiment impossible de quitter le livre.

    Je me suis surprise à me dire « allez, plus qu’un chapitre » puis « allez, encore quelques pages » ou bien « allez, encore un Emma et un Jane et j’arrête ». Et quand il me fallait stopper ma lecture c’était en me disant que je pourrai le reprendre très très rapidement.

    Vous l’avez compris, après un court moment de doute, j’ai finalement été totalement happée par cette fille d’avant, n’ayant qu’une hâte : comprendre le pourquoi du comment et savoir comment tout ceci allait bien pouvoir se terminer.

    Avec son roman, JP Delaney réussit donc un tour de force : reprendre des thèmes il faut le dire assez éculés car très (trop ?) à la mode depuis quelques temps, pour les tordre, les retourner, les utiliser afin de mener le lecteur exactement là ou il le souhaite, en le faisant douter et passer de chausse trappe en chausse trappe. Je ne peux vous dire qu’une chose : si vous êtes amateur du genre (et d’ailleurs si vous ne l’êtes pas aussi !) jetez vous sur ce livre, car vous avez là un vrai thriller psychologique, bien construit, prenant, cohérent, et pas si simple qu’il y parait ! Bonne lecture !   

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  • En attendant Bojangles  de Olivier Bourdeaut  (Éditions Finitude) ; 160 pages

    magnifique roman d'amour et de folie

    C’est avec un mélange de curiosité et de recul que j’ai emprunté et débuté la lecture de ce petit roman dont tout le monde parle depuis sa sortie. Curiosité car la plupart des avis de lecteurs et critiques professionnelles sont excellents, recul car je me méfie toujours de cet emballement, n’ayant pas forcément les mêmes gouts que la majorité.

    Là j’ai très vite été embarquée dans cette histoire complètement folle d’amour complètement fou, vécue et racontée par un enfant. Une histoire faite de fêtes, de danses, d’alcool, de recherche d’absolue liberté, y compris celle de choisir son prénom et d’en changer aussi souvent (voire plus !) que de chemise…Une histoire qui tourne parfois à l’orage aussi avec des démons qui se réveillent et transforment une mère d’habitude lumineuse, la malmènent, l’enferment -au propre comme au figuré- dans une chambre ou une camisole chimique.

    Surtout j’ai été totalement emballée par le style et la plume de l’auteur, qui manie les mots, les phrases, les tournures comme je l’ai rarement vu. Le vocabulaire et les expressions sont à la fois enfantines et terriblement adultes, poétiques et recherchées, innovantes et désuètes, drôles et profondément tristes. On sait et on sent bien que c’est un enfant qui s’exprime, avec ce mélange si particulier de naïveté et de sérieux que seul un enfant possède. Un vrai tour de force donc que cette écriture d’adulte qui se met au service de son personnage principal si peu adulte encore, même s’il parait parfois bien plus mature que ses parents.

    Vous l’avez compris je suis littéralement tombée sous le charme, non pas tant de l’histoire que nous a proposé Olivier Bourdeaut, somme toute assez basique, mais de sa maitrise incroyable des mots et de la langue français. Sous le charme aussi du parti pris de la raconter telle que vécue par ce 3eme personnage, cet enfant qui semble parfois bien solitaire, bien perdu, comme un élément en trop pour ce couple fusionnel et centré uniquement sur elle, si solaire, si présente, si envahissante parfois. Un enfant qui un jour aussi,  va découvrir les cahiers laissés par son père et qui comprendra un peu mieux ce que celui-ci a fait pour préserver le bonheur de celle qu’il aimait par-dessus tout et par-dessus tout le monde.

     Je vous recommande donc vivement ce Bojangles tourbillonnant, romantique et réellement magique.

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