• L’effet Domino de François Baranger (Editions Bragelonne); 646 pages

    Un excellent bond en arrière !

    Merci à lecteurs.com de m’avoir offert l’opportunité de découvrir ce nouveau roman de François Baranger.

    Ici nous  sommes très loin de Dominium Mundi, son roman précédent : pas de science fiction, mais une plongée dans le Paris de 1907, et dans une enquête policière à la poursuite d’un tueur fou qu’alors on ne nommait pas tueur en série.

    L’enquête est menée par un  quatuor assez improbable pour l’époque : un flic de province doué mais détesté par ses pairs, une jeune femme qui se bat pour être reconnue pour ses compétences, un « bleu » prometteur tout juste sortir de l’école de  police et un journaliste issu de la haute bourgeoisie et très orienté politiquement.

    Ce quatuor, nous allons le suivre dans une ville en plein bouleversement : les travaux lancés par Haussmann, quoi que très avancés,  ne sont pas encore terminés, et Paris est divisée entre beaux quartiers aux appartements et maisons cossus, et quartiers populaires extrêmement pauvres, sales, sombres, dangereux. Bourgeois et ouvriers, femmes du monde et prostituées, tous vivent dans cette ville, et se côtoient rarement. Cette description est excellente, et clairement l’auteur m’a embarqué dans ce début de 20eme siècle qui découvre les voitures,

    Il m’y a embarquée aussi du fait du vocabulaire utilisé, suranné, désuet mais tellement parlant, qui m’a ramenée des années en arrière quand, enfant, je regardais  Les brigades du Tigre et trouvais leur façon de parler tellement drôle et différentes. La gouaille de  certains personnages correspond totalement à l’image que j’ai de cette époque dans laquelle l’argot parisien était monnaie courante, et j’ai pu m’imaginer sans peine certaines scènes et dialogues.

    L’enquête, elle, est longue, ardue, mais jamais ennuyeuse ; les rebondissements et les temps plus calmes s’enchainent bien et rendent le récit à la fois prenant et didactique. Tout est cohérent et précis, chaque personnage à sa place et suffisamment intéressant pour qu’on le suive avec plaisir (peut-être la place tenue par  le jeune flic aurait-elle mérité d’être un peu plus étoffée  pour le rendre plus présent et nécessaire à l’histoire).

    Bref, j’ai retrouvé dans ce roman tout ce que j’apprécie d’un policier historique : plongeon dans le passé, réalisme et respect historique, récit qui tient la route (même s’il reste un peu en deçà de ce qui pour moi se fait de mieux dans le genre : L’aliéniste de Caleb Carr). Je vous le recommande donc chaudement !

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  • Tempêtes solaires  de Ludovic Spinosa (Éditions Persée); 228 pages

    Comment peut-on éditer ainsi  !

    Merci à livraddict et aux éditions Persée de m’avoir permis de  découvrir ce roman.

    Avec cette chronique me voici dans une situation délicate : tenter d’écrire mon ressenti  sur un roman qui pour moi n’aurait jamais dû être édité en l’état. Loin de moi l’idée de démonter un auteur, je vais donc rester principalement factuelle, et ce d’autant plus que je n’ai pas pu le terminer, tellement j’ai été  agacée par ce que je voyais !

    Les 75 pages que j’ai lues sont bourrées d’erreurs de typographie : retours à la lignes sauvages en milieu de phrase, ponctuation mal placée avec des virgules au kilomètre, majuscules manquantes, signes remplaçant la ponctuation .

    Pire, les fautes d’orthographe et de grammaire se comptent par dizaines, parfois 3,4, 5 par page. A tel point qu’il m’a été très vite totalement impossible de rester concentrée sur le récit, et que j’ai fini par ne plus voir que cela : les pluriels non respectés, les verbes mal conjugués, les accents oubliés, …

    Beaucoup de maladresses aussi : phrases sans sujets, verbes mal accordés,  temps qui se mélangent, compléments à rallonges et verbes mal accordés qui rendent certaines phrases, voire des  paragraphes, limite incompréhensibles.

    Exemple page 64 (je respecte scrupuleusement ce que je lis) :« Cette vague de feu, n'est maintenant plus qu'à vingt mètres du camion-poubelle, Flavio sent déjà
                      la rage de ne rien pouvoir faire, monter en lui, et de voir la scène sous ses yeux de ses amis se faire descendre
    . » 

    Coté vocabulaire, là aussi cela pêche franchement par moment, avec des mots ou des expressions mal choisis de mon point de vue . Exemple page 62  « C'est quand Riley reçoit un grand coup de coude à l'arcade, faisant gicler une grande salve de sang, qu'il décide de se mettre plus à l'abri » . J’ignorais qu’on parlait de « salve » de sang….

    Des exemples similaires, je pourrais vous en citer à la pelle ! comment une maison d’édition peut-elle laisser passer des défauts aussi grossiers ? Car on ne parle ni de style d’écriture, ni de récit, ni de tempo, mais bien de simple respect de la langue française. Et derrière, de respect pour l’auteur (qui a produit un travail qui lui a demandé du temps, et qui aurait mérité relecture et retravail), et pour les lecteurs ; en tout cas pour ceux tels que moi qui estiment qu’un éditeur à son rôle à jouer : conseils, corrections, qualité du « produit » livre.

    Bref, je ne vous recommande absolument pas ce roman, en tout cas pas tant qu’un vrai travail de relecture et corrections n’aura pas été mené de façon sérieuse.

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  • Lux de Maud Mayeras (Éditions Anne Carrière); 380 pages

    Trop décousu pour moi …

    Merci à lecteurs.com de m’avoir offert l’opportunité de découvrir ce nouveau roman de Maud Mayeras, auteure par ailleurs d’un de mes coups de cœur, Reflex.

    Ici il est question d’amitié, d’amour, de mensonges, de manipulation, de tsunami, de survie, de faux semblants, de trahison, de mort et de meurtre, et de beaucoup d’autres choses encore. Beaucoup de thèmes et de sujets différents me direz-vous.

    Oui, beaucoup, et c’est bien là la difficulté pour moi, ce mélange des thèmes et des histoires, cet espèce de trois en un qui m’a perdue, voire ennuyée durant une partie du roman.

    La première partie nous parle du déracinement d’un jeune adolescent français qui doit s’adapter à la vie dans une petite ville australienne ; il s’y sent seul, désespérément seul jusqu’à sa rencontre avec un jeune Australien de son âge, et avec sa petite sœur. Puis on retrouve ce Français de retour en Australie des années plus tard, sur la trace de ce passé. Il a grandi mais semble tout aussi perdu, malgré un objectif qu’il s’est donné : se venger. Cette partie là, même si lente à se mettre en place, est intéressante avec le portrait qu’elle brosse de cet adolescent perdu qui cherche quelque chose ou quelqu’un à qui se raccrocher, puis de cet homme porté par la volonté de revenir sur son passé et de clore une histoire restée pour lui inachevée.

    Mais d’un coup on bascule dans la deuxième partie avec une catastrophe qui emporte tout sur son passage, qui détruit et qui tue. Là j’avoue que l’auteure m’a perdue : pourquoi imaginer un tsunami qui dévaste tout ? Pourquoi vouloir couper ce récit de vengeance par un tel événement ? J’ai beau essayer de comprendre, je n’ai pas réussi à trouver le moindre intérêt à cet élément, qui a coupé mon élan en même temps que le rythme du roman, et a généré chez moi une vraie envie d’abandonner le livre.

    Jusqu’à la troisième partie, une vraie réussite malgré un début incertain. Enfin on retrouver l’ensemble des protagonistes. Enfin les personnages donnent leur pleine mesure. Enfin les différents éléments s’emboitent et prennent sens, avec un final sous tension et très réussi.

    Mais ce final réussi n’a pas réussi à me faire totalement oublié l’ennui ressenti durant la partie centrale qui s’est beaucoup trop éternisée pour moi. Tout comme la qualité d’écriture (précision, clarté, style incisif) n’a pas limité mon sentiment d’avoir lu un récit par moment décousu, qui se perd trop longtemps dans cette digression « catastrophique ».  Peut-être aussi attendais-je trop de Lux, après la lecture l’an dernier de Reflex qui fut un coup de cœur total.

    E bien sûr, ceci n’est que mon humble avis !     

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  • Enclave tomes 1, 2,3 de  Anne Aguirre  (Editions Hachette Black Moon) ; 320 pages, 384 pages, 377 pages

    The Walking Dead version YA

    The Walking Dead version YAThe Walking Dead version YA

    Dans cette trilogie, nous nous trouvons dans un monde post apocalyptique (dont nous découvrirons petit à petit les causes) et nous suivons Trèfle, Del , Bandit et Tegan dans leur lutte pour survivre à des monstres sanguinaires qui peuplent la surface et ne souhaitent qu’une chose : les dévorer…

    Un thème assez classique donc, et des personnages principaux qui le sont aussi :  Trèfle, la tueuse de monstres née sous terre, qui ne connait rien d’autre que son Enclave et les tunnels autour ; Del  son co équipier, tout aussi efficace qu’elle, trouvé enfant dans les tunnels et recueilli dans l’Enclave ; Bandit ( qu’ils vont rencontrer après leur bannissement) le chef d’une meute ultra violente de gamins nés en surface et survivants dans les décombres de la ville ; Tegan, prisonnière de la bande de Bandit, qui va les accompagner malgré sa faiblesse apparente (qui cache en fait une vraie force intérieure).

    Les éléments classiques des romans YA sont bien là : des rebondissements réguliers, un rythme très efficace, une écriture simple, fluide, facile à lire, des héros qui grandissent et se construisent en même temps que le récit se déroule.  Certains sont à mon gout  moins réussis, comme cette histoire de triangle amoureux qui aurait nettement mérité soit d’être plus travaillée, soit d’être plus discrète dans le récit, mais c’est le genre qui veut ça.

    L’histoire délivre aussi sa dose de violence, avec notamment  des combats particulièrement sanglants par moment : cela découpe, cela décapite, cela mord à tout va, avec le sang qui gicle, en abondance, et avec de nombreuses descriptions. J’ai trouvé ces scènes parfois répétitives mais plutôt bien décrites avec ce qu’il faut de réalisme et de cruauté.

    Les aspects politiques et sociétaux sont assez bien trouvés, l’auteure nous proposant les différentes solutions de survie choisies par les communautés que les héros vont croiser : sélection brutale des plus forts, spécialisation des personnes et élimination des plus faibles pour les uns, militarisation générale pour d’autres,  protection et entraide parfois, voire vie en solitaire pour les plus aventureux ou les plus égoïstes.

    Pour résumer, cette trilogie est globalement réussie, sans énormes surprises mais prenante d’un bout à l’autre. Les personnages sont attachants, le style simple et agréable, le récit cohérent, et j’ai eu le sentiment de lire un « Walking Dead »  version YA qui tient la route et propose un équilibre intéressant entre violence réaliste et  rêve d’un avenir meilleur. Je recommande donc à ceux qui aiment le genre (attention, à ne pas faire lire avant au moins 13/14 ans).

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  • Chroniques de Jérusalem de  Guy Delisle  (Éditions Delcourt) ; 332 pages

    Une fois n’est pas coutume ….

    Vous l’avez sans doute constaté, je ne vous ai jamais parlé de BD.  Je l’avoue : je ne sais pas apprécier cette forme très particulière d’écriture qui mêle dessins et mots. Je n’en lis donc quasiment jamais, à l’exception d’un Lagaffe de temps en temps, voire d’un Blake et Mortimer tous les 2/3 ans.

    Mais dans le cadre du défi lecture dont je vous ai parlé (80 consignes, plus qu’à lire et voir combien on peut en valider…), il y avait la lecture d’un « roman graphique », ce qui m’a donné envie de sortir un peu de ma zone de confort. A la médiathèque j’ai donc trouvé ces Chroniques de Jérusalem, l’histoire d’un dessinateur expatrié en Israël durant un an,  qui nous raconte son quotidien.

    N’ayant aucune culture BD, il m’est difficile de juger de la qualité des dessins, mon avis sera donc celle d’une néophyte totale ! Je les ai toutefois  trouvés simples, efficaces, allant droit au but justement du fait de leur simplicité, et de leur unicité : du blanc, du noir, du gris et rien d’autre. Guy Delisle joue avec les ombres pour nous faire découvrir une ville et un pays étranges, singuliers, défigurés par des murs, des check points, des grilles, des grillages. Les armes sont omniprésentes dans ses dessins  des plus basiques (les pierres) ou des plus anciennes (de vieilles pétoires datant de 1947)  aux plus récentes et meurtrières (les avions de combat) ; elles font partie du quotidien et ne choque personne à l’exception de l’auteur qui ne réussira pas à s’y habituer.

    L’auteur s’exprime aussi par les mots, qui complètent et enrichissent les dessins. Il nous parle d’un pays et d’une ville divisés et qui oscillent sans cesse entre tolérance et haine ; un pays dont les populations se côtoient sans réellement vivre ensemble, une ville qui en fonction de l’endroit où vous logez vous met à disposition les mêmes services que partout en Europe (transports, ramassage des poubelles, aires de jeux,…) ou vous les refuse, par pure mesquinerie semble-t-il. C’est Kafka version moyen orientale (l’anecdote des bus notamment est navrante), avec en plus ces religions et ces religieux omniprésents et le plus souvent présentés comme au mieux incapables de s’entendre, au pire extrémistes et attisant la haine et le refus de l’autre.

    Tout ceci il nous le montre avec la vision au début candide de celui qui s’attache à nous faire découvrir en même temps que lui le quotidien des habitants de Jérusalem, qui nous est finalement totalement étranger, avec ses petites galères d’expatrié en toile de fond. Puis on sent poindre les interrogations, les incompréhensions, et parfois l’exaspération, à peine cachée sous des questions qui se veulent naïves ou des dessins ironiques, sans mots, mais qui disent tout (la planche sur son interpellation par un soldat qui lui interdit de dessiner le mur de séparation est drôle, mordante, voire moqueuse).

    J’ai donc apprécié cette incursion dans le monde du roman graphique et de la BD, sur un thème il est vrai particulier et qui m’intéresse par ailleurs, au point de me dire que j’irai probablement jeter un œil sur ses autres livres, notamment celui sur son séjour en Corée du Nord. Seul aspect un peu négatif selon moi : la sensation que dessins et histoire étaient beaucoup orientés sur la difficulté de vie des Palestiniens (qui est bien réelle) et sur la forte présence et le pouvoir des sionistes extrémistes (qui soulève de vraies questions), en laissant pas mal de côté le risque terroriste que les Israéliens vivent au quotidien. C’est mon unique bémol pour cette lecture que je vous recommande chaudement !

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